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Bruno Retailleau

2023-08-04 18:03 original

Je viens de lire les propos d’Emmanuel Macron dans Le Figaro Magazine, et je les trouve profondément désespérants. Car ils sont la cause très exacte du déclin dans lequel s’enfonce notre pays. Emmanuel Macron n’en est évidemment pas le seul responsable. Mais les mots qu’il emploie et les raisonnements qu’il formule disent tout de la faillite de la politique française, qui a successivement produit l’impuissance publique, la défiance des citoyens et la déliquescence du sentiment national. Cette faillite de la politique est essentiellement une faillite morale, au moins sur le plan intellectuel. Ou pour le dire autrement, Emmanuel Macron est le produit d’une politique intellectuellement immorale et c’est de ce naufrage de la raison que proviennent la plupart de nos maux. Car oui, il est profondément immoral de déplorer les conséquences de nos malheurs quand on s’acharne à en favoriser les causes. En appeler à l’autorité des parents quand on a tout fait pour déstabiliser la famille, sur le plan économique mais aussi anthropologique. Pointer la faiblesse de l’école quand on a systématiquement sapé la supériorité du maître sur l’élève. Regretter l’échec de l’intégration en refusant de reconnaître que c’est précisément l’immigration de masse qui a empêché tout processus d’assimilation. C’est vrai, il y a une immense colère dans le pays contre les responsables politiques et comment ne pas comprendre cette colère quand la parole publique semble à ce point être un formidable bras d’honneur à tout ce qui est sensé, à tout ce qui est raisonnable, à tout ce qui est évident ? Il est insensé de dire comme Emmanuel Macron qu’un père peut être aussi une mère et déplorer l’absence de l’autorité paternelle chez les jeunes émeutiers. Il est déraisonnable de faire de l’école l’une des priorités de l’action gouvernementale et laisser faire de nos classes non pas le lieu de l’apprentissage des savoirs, mais le réceptacle des idéologies les plus fumeuses. Et c’est nier l’évidence que de refuser de faire un lien entre les émeutes et l’immigration (tout en regrettant l’échec de l’intégration !) au point de théoriser une politique de peuplement qui ne fera qu’exporter les problèmes de nos banlieues dans les campagnes françaises. Òn a beaucoup glosé pendant la dernière présidentielle sur le concept de remigration. Mais qu’est ce que le peuplement migratoire sinon la face radicalement inversée de la remigration ? Chez Emmanuel Macron, les mots ne sonnent pas seulement faux, il sont faux. Emmanuel Macron ne peut pas annoncer tous les six mois un nouveau tournant politique - d’abord « le monde nouveau », et puis « le grand débat », et puis le Conseil National de la Refondation, et puis « les 100 jours », et désormais « une initiative politique d’ampleur » qui doit amorcer « les temps nouveaux »- sans d’abord respecter l’esprit de nos institutions : quand il y a un blocage politique, seul le recours au peuple peut débloquer la situation  Il ne peut pas non plus décréter que la priorité est de « faire nation » et faire de l’Europe l’alpha et l’oméga du débat public alors que, précisément, ce sujet divise les Français, on l’a vu en 2005. Surtout, il n’a pas le droit de dénoncer le relativisme après avoir théorisé le En même temps, déplorer l’individualisme après s’être fait le chantre de l’émancipation individuelle, en appeler au besoin d’enracinement après avoir vanté les mérites du multiculturalisme. Mais comment le Président de la République ne voit-il pas que les Français n’en peuvent plus de ce salmigondis de concepts creux et contradictoires, de ces slogans amphigouriques qui ne parviennent plus à masquer l’ère du vide qui préside désormais aux destinées du pays ?