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David Lisnard

2026-02-11 00:23 quote

La France a besoin d'une stratégie énergétique ambitieuse pour que ses entreprises et ses habitants bénéficient d'une énergie la moins chère possible, fiable et décarbonée, en réduisant autant que possible sa dépendance dans un contexte géopolitique transformé. Il s’agit d’un impératif de compétitivité et de souveraineté, d’une condition sine qua non pour l’industrie et le numérique, d’une nécessité de confort de vie et de pouvoir d’achat pour les ménages. Ce n'est pas avec la PPE3 que le Premier ministre s'apprête à signer par simple décret, sans débat ni vote des parlementaires, qu'elle y parviendra. Oui, il faut davantage d'électricité bas-carbone dans notre bouquet énergétique pour réduire la part des énergies fossiles : l'électrification de la France est une obligation qui ne fait pas débat. Mais elle exige une électricité compétitive, un signal prix stable et prévisible et des choix de filières hiérarchisés selon leur coût réel complet. Pas un empilement d'investissements dictés par les lobbies et les échéances politiques. Or, ce que promet la PPE3, c'est un alourdissement de la facture électrique qui va détourner les Français de l'électricité, à l'encontre même du but recherché. Pourquoi ? Parce le besoin n’est pas aujourd'hui un ajout massif de capacités de production mais d'incitations à choisir l'électricité plutôt que les énergies fossiles. Les faits sont têtus. La France a produit 544 TWh d'électricité en 2025 et en a consommé 450. Elle a exporté un volume record de 92 TWh. Le système est en surcapacité massive. Malgré cela, la PPE3 programme simultanément de nouveaux réacteurs, de l'éolien terrestre et des dizaines de parcs offshore sur la base d'une consommation de 550 à 670 TWh que rien - aucune commande industrielle, aucun contrat, aucun investissement privé - ne laisse aujourd'hui présager. Les coûts sont connus. 200 milliards d'euros d'investissements dans le réseau d'ici 2040, dont des dépenses de maintenance nécessaires, PPE ou pas. Des parcs éoliens en mer payés entre 164 et 196 €/MWh pour ceux en service, chiffres qui pourraient atteindre jusqu'à 310 €/MWh pour d'autres annoncés si l'on regarde ce qui se passe au Royaume-Uni pour l'éolien flottant. Le tout répercuté sur les factures des consommateurs et le budget de l'État, donc nos feuilles d'impôt. Produire plus d'électricité sans débouchés réels ne crée pas de demande. C'est l'inverse : cela renchérit le coût unitaire et détruit les conditions de la compétitivité et de l'électrification qu'on prétend accélérer. Plus grave, le nucléaire existant est menacé. Pour intégrer des sources intermittentes prioritaires sur le réseau, on impose au parc nucléaire une modulation structurelle qui dégrade sa rentabilité, accélère l'usure des installations et compromet leur prolongation, alors que c'est de loin l'option de politique énergétique la moins chère. On fragilise le seul actif bas-carbone compétitif du pays ; celui-là même qui nous donne un avantage comparatif par rapport à tous nos voisins européens. Maximiser et optimiser le parc existant. Redonner confiance dans le choix de l'électricité aux consommateurs. N'investir que là où la demande est démontrée. Renoncer aux filières les plus coûteuses. Exiger la transparence des coûts complets. Et soumettre ces choix qui engagent la Nation pour des décennies au débat et au vote de la représentation nationale. Voilà ce que doit être une politique énergétique digne de ce nom. Au lieu de cela, l'exécutif engage la France pour des décennies par un décret que personne n'a débattu, que personne n'a voté, fondé sur des projections que tout contredit, au profit de filières dont les coûts explosent. Je pèse mes mots, c’est irresponsable et irrespectueux du processus démocratique. Et de façon concrète, nous consommateurs allons payer la facture.