La guerre en Iran a franchi un palier du seul fait de la république islamique d’Iran. Cette situation impose une robuste solidarité entre pays occidentaux. Au-delà des considérations des uns et des autres sur les responsabilités dans le conflit en cours, il était déjà bien naïf de croire qu’existait un espace de négociation de bonne foi avec un régime iranien qui ment depuis des décennies, finance des réseaux terroristes et massacre son propre peuple. Téhéran vise désormais systématiquement les infrastructures pétrolières de ses voisins pacifiques ; tire des missiles vers la Turquie, membre de l’OTAN pourtant indulgente envers lui jusqu’ici ; a visé une base britannique à Chypre et italienne, au Koweït ; finance et arme une milice en Irak qui a tué un de nos compatriotes déployé dans le cadre d’une opération contre Daech. Surtout, Téhéran prend à la gorge l’économie mondiale en menaçant de frapper les pétroliers empruntant le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole de la planète. La France est tout à fait légitime à agir, que ce soit en frappant les milices qui agressent ses soldats dans le Kurdistan irakien, ou en aidant à lutter contre missiles et drones iraniens les monarchies du Golfe, notamment les Emirats arabes unis, avec laquelle nous avons des accords de défense. Des actions qui, couplées à une vigilance accrue sur le risque terroriste sur notre sol, ne feront pas de nous des belligérants pour autant. Surtout, la France doit prendre sa part dans le rétablissement, vital pour notre prospérité et nos emplois, de la liberté de circulation des pétroliers, en association avec les autres pays européens et, bien sûr les Etats-Unis comme la Maison-Blanche vient de l’invoquer. Sans brûler les étapes et se montrer imprudent : si aucune frégate de quiconque n’est actuellement déployée dans le détroit d’Ormuz il y a de bonnes raisons à cela, tant que les capacités de lancement de missiles de Téhéran pouvant frapper des navires n’ont pas été suffisamment dégradées. Cela pourrait être le cas bientôt. Les raids américains et israéliens se montrent en effet bien plus efficaces que ne le prétendent les stratèges de salon qui, nourris parfois d’un anti-américanisme instinctif, évoquent un enlisement digne du Vietnam (58.000 soldats perdus alors pour les Etats-Unis… contre 11 dans le conflit en cours). Bien sûr, il faut exiger des Etats-Unis et d’Israël les plus grandes précautions afin de réduire au minimum possible les victimes civiles collatérales (1.300 en Iran c’est, certes, très inférieur aux standards historiques d’un conflit de haute intensité, mais cela reste 1.300 de trop). Mais force est de constater que mettre hors d’état de nuire le régime islamique d’Iran, but de guerre clair, en fait, de Washington, est en bonne voie. Après 7.000 raids, ont déjà été détruits vraisemblablement de nombreux sites de stockage de munitions de Téhéran, la majorité des casernes et les deux tiers de ses 600 lanceurs de missiles balistiques, dont les salves ont été divisées par quinze depuis le début de la guerre. Un moyen d’intimidation des voisins en moins, d’autant plus que 85 % de ces missiles sont interceptés. La marine de guerre iranienne est pour l’essentiel au fond de l’eau. Il faudrait d’ores et déjà des décennies à l’Iran pour reconstituer sa marine et ses missiles. Dans ce contexte, sécuriser le détroit d’Ormuz semble tout à fait faisable sur le plan militaire, d’autant plus que de grands progrès technologiques ont été accomplis depuis le dernier épisode de minage du détroit, il y a quarante ans. La France peut et doit se tenir aux côtés de tous les pays du monde, pas seulement occidentaux d’ailleurs, qui ont un intérêt vital au déblocage d’Ormuz et qui peuvent agir de manière coordonnée, raisonnable et ferme.