En parallèle de la constellation satellitaire civile et militaire européenne, l'Allemagne construit son propre réseau de 100 satellites militaires avec Rheinmetall et Airbus. Berlin joue un jeu national et l'assume, en se servant de l'UE comme levier. Contrairement à la France qui aborde ces défis du 21e siècle avec une dette de 3500 milliards, l'Allemagne investit massivement dans son budget spatial et militaire. Berlin est par ailleurs devenu le premier acheteur européen de gaz naturel liquéfié américain, dans le cadre d'un alignement économique avec Washington scellé par des engagements de plusieurs centaines de milliards de dollars. Un État dépendant énergétiquement tend à aligner ses choix militaires sur ceux de son fournisseur. La France dispose du nucléaire. Elle est le seul grand pays européen à pouvoir ainsi viser une indépendance électrique réelle, et donc une vulnérabilité énergétique bien moindre que ses voisins. C'est pourquoi elle doit enfin décider d'en faire un avantage comparatif offensif, y compris face aux critiques allemandes sur ce sujet. Cet atout est considérable à condition de cesser de le diluer dans des projets communs quand nos partenaires défendent exclusivement leurs intérêts nationaux. Berlin avait déjà lancé en 2022 l'European Sky Shield en intégrant des missiles américains Patriot plutôt que des équipements européens. Elle a choisi le P-8 Poseidon américain pour sa patrouille maritime au lieu du programme franco-allemand et achète dès missiles Arrow américano-israéliens. Elle somme aujourd'hui Airbus et Dassault de s'entendre d'ici mi-avril sur le SCAF, sous peine de bloquer le programme. En matière de défense et de technologie militaire, chaque nation agit d'abord en fonction de ce qu'elle considère être ses intérêts stratégiques vitaux. La France doit enfin accélérer ses propres capacités spatiales militaires, sécuriser ses filières industrielles - Thales, ArianeGroup, Eutelsat, Dassault - et sortir de l'illusion d'un projet européen commun qui se substituerait à une stratégie nationale.