En décembre 1965, interviewé entre les deux tours de l’élection présidentielle, Charles de Gaulle rappelait combien la IVe République, qu’il qualifiait de « régime des partis », avait été néfaste pour le pays et avertissait du danger encouru si ce système politique resurgissait après son départ. Eh bien voilà, c’est fait ! Lisez ces extraits, c’est édifiant ! « Des institutions, une constitution, c'est une enveloppe. La question est de savoir ce qu'il y a dedans. J’ai proposé au pays de faire la Constitution de 1958, après les drames que vous savez, et dans l'intention (que, d'ailleurs, j'avais annoncée de la façon la plus formelle et la plus publique) de mettre un terme au régime des partis. Il s'agissait d'empêcher que la République, que l’État fut, comme il l'était avant, à la discrétion des partis. Et c'est dans cet esprit que la Constitution a été faite et c'est dans cet esprit que je l'ai proposée au peuple, qui l'a approuvée. Je suis sûr qu’il l’a approuvée dans cet esprit. Alors, si malgré l'enveloppe, malgré les termes, malgré l'esprit de ce qui a été voté en 1958, les partis se réemparent des institutions, de la République, de l'État, alors évidemment, rien ne vaut plus ! Si on a fait des confessionnaux, c'est pour tâcher de repousser le diable, w we mais si le diable est dans le confessionnal, alors ça change tout ! Or, ce qui en train d'être essayé, c'est, par le détour de l'élection du président de la République au suffrage universel, de rendre l’État à la discrétion des partis. Car comment peut marcher la Constitution de 1958 et comment marche-t-elle - et marche-t-elle très bien, je crois - depuis sept ans ? Elle marche grâce à un chef d’État qui n'appartient pas aux partis, qui n'est pas délégué par plusieurs partis, et même à plus forte raison par tous, qui est là pour le pays, qui a été désigné, sans doute, par les événements, mais qui, en outre, répond à quelque chose qui est commun à tous les Français par-dessus les partis et qui est leur intérêt commun, leur intérêt national. C'est comme ça que la Constitution marche depuis 1958. Si, à la place de ce chef d’État qui est fait pour empêcher que la République ne retombe à la discrétion des partis, on met un chef d’État qui n'est que l'émanation des partis, alors, je vous le répète, on n'aura rien fait du tout et tout ce qu'on aura écrit dans la Constitution ne changera rien à rien : on en reviendra à ce qui était avant, avec, peut-être, quelques formes légèrement différentes, mais on en reviendra au gouvernement - si tant est qu'on puisse l'appeler comme ça - des partis. Et ce serait, j'en suis sûr, comme j'en ai toujours été sûr, une catastrophe nationale ! […] La France, c'est tout à la fois. C'est tous les Français. C'est pas la gauche, la France ! C’est pas la droite, la France ! Naturellement, les Français ressentent en eux des courants. Il y a l'éternel courant du mouvement, qui va aux réformes, qui va au changement, qui est naturellement nécessaire. Et puis, il y aussi un courant de l'ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C'est avec tout ça qu'on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c'est une erreur grave. Et prétendre représenter la France au nom d'une fraction, cela, c'est une erreur nationale impardonnable. Vous me dites : « À droite, on dit que vous faites une politique de gauche au-dehors ». À gauche, du reste, vous le savez bien, on dit : « De Gaulle, il est là pour la droite, pour les monopoles », pour je ne sais pas quoi. Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche me déclarent que j'appartiens à l'autre côté prouve précisément ce que je vous dit, c'est-à-dire que, maintenant comme toujours, je ne suis pas d'un côté, je ne suis pas de l'autre : je suis pour la France. 1/2