Ces paroles du général de Gaulle, il y a 59 ans jour pour jour, le 15 décembre 1965, résonnent particulièrement dans le marasme actuel… « J’ai proposé au pays de faire la Constitution de 1958 dans l'intention de mettre un terme au régime des partis. Il s'agissait d'empêcher que l’État fut, comme il l'était avant, à la discrétion des partis. Et c'est dans cet esprit que la Constitution a été faite, et c'est dans cet esprit que je l'ai proposée au peuple, qui l'a approuvée. Si, malgré l'enveloppe, malgré les termes, malgré l'esprit de ce qui a été voté en 1958, les partis se réemparent des institutions, de la République, de l'État, évidemment, rien ne vaut plus ! On a fait des confessionnaux, c'est pour tâcher de repousser le diable… Mais si le diable est dans le confessionnal, alors ça change tout ! Or, ce qui en train d'être essayé, c'est de rendre l’État à la discrétion des partis. Car comment peut marcher la Constitution de 1958, et comment marche-t-elle, et marche-t-elle très bien, je crois, depuis sept ans ? Elle marche grâce à un chef d'État qui n'appartient pas aux partis, qui n'est pas délégué par plusieurs partis, et même à plus forte raison par tous, qui est là pour le pays et qui répond à quelque chose qui est commun à tous les Français par-dessus les partis : leur intérêt commun, leur intérêt national. C'est comme ça que la Constitution marche depuis 1958. Si, à la place de ce chef d’État qui est fait pour empêcher que la République ne retombe à la discrétion des partis, on met un chef d’État qui n'est que l'émanation des partis, alors, je vous le répète, on n'aura rien fait du tout, et tout ce qu'on aura écrit dans la Constitution ne changera rien à rien : on en reviendra à ce qui était avant, avec peut-être quelques formes légèrement différentes, mais on en reviendra au gouvernement - si tant est qu'on puisse l'appeler comme ça - des partis. Et ce serait, j'en suis sûr, comme j'en ai toujours été sûr, une catastrophe nationale. » « La France, c'est tout à la fois. C'est tous les Français. C'est pas la gauche, la France ! C’est pas la droite, la France ! Naturellement, les Français, comme de tout temps - ils l'ont eu -, ressentent en eux des courants. Il y a l'éternel courant du mouvement, qui va aux réformes, qui va au changement, qui est naturellement nécessaire. Et puis, il y a aussi un courant de l'ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C'est avec tout ça qu'on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c'est une erreur grave. Et prétendre représenter la France au nom d'une fraction, cela, c'est une erreur nationale impardonnable. Vous me dites : "À droite, on dit que vous faites une politique de gauche au-dehors". À gauche, du reste, vous le savez bien, on dit : "De Gaulle, il est là pour la droite, pour les monopoles". Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche me déclarent que j'appartiens à l'autre côté prouve précisément ce que je vous dis, c’est-à-dire que maintenant, comme toujours, je ne suis pas d'un côté, je ne suis pas de l'autre, je suis pour la France. Il y a, pour ce qui est de la France, ce qui se passe dans une maison. La maîtresse de maison, la ménagère, elle veut avoir un aspirateur, elle veut avoir un frigidaire, elle veut avoir une machine à laver, et même, si c'est possible, qu'on ait une auto. Ça, c'est le mouvement. Et en même temps, elle ne veut pas que son mari s'en aille bambocher de toutes parts, que les garçons mettent les pieds sur la table et que les filles ne rentrent pas la nuit. Ça, c'est l'ordre. Et la ménagère veut le progrès, mais elle ne veut pas la pagaille. Eh bien c'est vrai aussi pour la France. Il faut le progrès, il ne faut pas la pagaille. Or, le régime des partis, c'est la pagaille. »