« Comme autant d’Oradours. » Tout mon soutien à Jean-Michel Aphatie. Au nom de la liberté d’expression, oui, du débat, de la contradiction. Mais aussi pour que nous regardions notre histoire en face : « Connaître sa honte, soutenir sa gloire. » Après-guerre, le cinéaste René Vautier se rendait en Afrique. Il y filmait la joie des enfants, les durs travaux, les firmes prospères, mais aussi les carnages en cours : « Ici se trouvait le village Palaka, dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Le chef du village n’a pas pu payer un reliquat d’impôt. 3700 F. Le 27 février 1949, à 5 h du matin, les troupes sont venues, elles ont cerné le village, elles ont brûlé, elles ont tiré, elles ont tué. Ici, le chef du village Sikoli Ouattara a été enfumé et abattu d’une balle dans la nuque. D’une balle française. Ici, une enfant de sept mois a été tuée, une balle française lui a fait sauter le crâne. Ici, su sang sur le mur, une femme enceinte est venue mourir, deux balles françaises dans le ventre. Sous cette terre d’Afrique, quatre cadavres, trois hommes, une femme, assassinés en notre nom à nous, gens de France. La colonisation, ici comme partout, c’est le règne des vautours. » Voilà ce qui le scandalise, lui, l’ancien résistant : que les balles soient françaises. Que nous qui avons subi l’occupant, nous prenions le rôle du bourreau : « Les camions militaires surgissent, semant partout la ruine. La ruine et la mort. En notre nom à nous, gens de France. Dinboka, Séguéla, Daloa, Ouaflé, des ruines, des rafles, des fusillades, des noms de villages sonnant aux Africains comme autant d’Oradours. » A sa sortie, le film fut interdit, René Vautier poursuivi. Alors, bien sûr, l’armée française n’est pas l’armée nazie : mais de Sétif à Thiaroye, Casablanca à Madagascar, oui, au nom de la France, de nombreux crimes furent commis. C’est en patriote que je le dis, en homme fier de notre histoire, de nos pages de lumière : nos zones d’ombre, nous devons les affronter. Pas les oublier, et encore moins les censurer.