« J’ai bossé 35 ans chez Goodyear. – Ah mais c’est pour ça que votre tête me dit quelque chose ! » A Plaine en fête, les Jeunes agriculteurs ont transformé un champ de 50 hectares juste devant la Baie de Somme en grand salon de l’agriculture. Lors des discours d’inauguration sur le camion-plateau, chacun a d’abord félicité les 150 bénévoles, avant d’aborder les grands sujets qui touchent les agriculteurs aujourd’hui : normes, pesticides, concurrence déloyale et libre-échange, accidents de travail… Mais pas que. L’autre élément important des discours, c’était la chasse. Ou plutôt, la manière dont a été perçue et critiquée par certains la présence de la Fédération de chasse à Plaine en fête. Pour comprendre, je me suis rendu à l’autre bout de la fête, pour rencontrer les chasseurs. Autour d’une mare artificielle, une dizaine de stands, et, donc, des chasseurs : « Je suis chasseur oui, c’est un loisir. Mais mon boulot, c’est guide nature en Baie de Somme. Et là, on m’empêche de le faire, ce n’est pas normal ! – Comment ça ? – Il y a des gens qui sont contre la chasse, ils appellent l’office de tourisme du coin pour demander si ce sont des chasseurs qui font les visites guidées. Et si c’est le cas, ils disent qu’ils ne vont pas venir, ou ils annulent des visites. Et ils mettent aussi des commentaires négatifs sur Internet et des mauvaises notes. Ça a fait perdre de la clientèle. On enchaine les rendez-vous bancaires pour trouver une solution. – Mais c’est nouveau, ça ? – Oui, c’est de cet été. – Vous faites ça depuis longtemps, guide nature ? – Une dizaine d’années. Avant, j’ai bossé 35 ans chez Goodyear. – Ah mais c’est pour ça que votre tête me dit quelque chose ! – Un week-end, on a appris : 1173 licenciements. J’étais dedans. J’étais à la CGT, on s’est bagarrés, mais on a été virés. Avec cellule de reclassement, et tout le bazar. Je n’étais qu’un ouvrier, je ne savais pas faire grand-chose d’autre. Mais il fallait bien continuer à payer la maison. Alors j’ai tenté une reconversion, j’ai suivi une formation de guide. – Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ça ? – La passion de la nature. J’ai toujours été passionné le faune et de la flore. Dans ce boulot, je me suis épanoui, je vais travailler avec le sourire. On n’est pas des méchants, on aime la Baie de Somme, on aime la faire découvrir. Mais là ce qui nous tombe dessus, c’est de la discrimination. On est 35 professionnels dans la Baie, on est tous formés. Même si les gens n’apprécient pas notre loisir, on doit au moins être respectés. »