Rencontre : Anita, en transition. On est dans cette petite commune pour discuter permis et Bafa. Et le maire nous présente « Etienne* », ongles mauves, poitrine naissante, cheveux longs. On apprend qu’Anita est « en transition ». « Je faisais des études à Montpellier, de théâtre, mais je manquais de moyens. J’avais des difficultés à payer le Crous, le loyer, avec ma petite bourse. Je n’avais pas de travail à côté. À la fin de l’année, j’ai dû remonter dans le nord, chez mes parents… -Tu étais déprimée ? -Ça oui. Quand tu es habituée à une indépendance, que tu retournes dans ta famille, c’est compliqué. Surtout pour moi… Je me levais à des midis, treize heures. Je passais mon après-midi à chercher des boulots, adaptés à moi : je ne me voyais vraiment pas dans l’industrie. J’ai eu dix entretiens, mais pour me prendre aucun. -Tu penses qu’il y avait une discrimination ? -Oui. Le retour des employeurs, je l’apprenais par la bande, c’était : ‘Il est bizarre.’ Sans regarder mes compétences. -Est-ce que tu permets que j’aborde ce sujet ? Tu es en transition ? -Oui, depuis trois ans. C’est douloureux pour moi, avec ma famille. Dès l’enfance, j’ai éprouvé un mal-être, et adolescent, j’ai compris que je me sentais une femme. À Montpellier, tout le monde m’appelait « Anita ». Ça me fait mal, aujourd’hui, de ne pas être genrée correctement. -Parce que tu n’as pas fait les démarches devant le tribunal ? -Non, administrativement, je n’ai rien commencé. Tant que je suis chez mes parents, je ne peux pas. J’ai peur de me retrouver à la rue rapidement. J’attends d’avoir mon chez-moi. -Pourtant, ton corps, lui, est déjà transformé. -Oui, mais étrangement, pour mes parents, ça compte moins. C’est juste une lubie. » *Le prénom a été changé