« Qu’attend-on de nous ? » C’est Bruno Dufayet, à l’époque président de la Fédération nationale bovine, lui-même éleveur, qui interpelait ainsi les députés : « Vous voulez la compétition, le modèle néo-zélandais ? On le fera. Une agriculture familiale de proximité, qui intègre le bien-être animal ? On le fera. Vous voulez tout à la fois ? C’est aux Français et à vous, les politiques, de fixer un cap. » Dans l’après-guerre, les politiques ont fixé un objectif clair à l’agriculture française : retrouver notre souveraineté alimentaire. Et oui, avec la mécanique, la chimie, les remembrements, avec des défauts a posteriori, mais nos grands-parents ont rempli le contrat : en une génération, dès 1972, c’est fait, la France a retrouvé son autonomie, ne dépend plus des importations. C’est alors qu’on pouvait changer de cap, mais non, par inertie, nous poursuivons sur le même chemin : produire plus, avec l’ambition de nourrir l’Afrique ou le monde, « la mission exportatrice de l’agriculture française ». Depuis, on en voit les dégâts, pour les paysans de là-bas comme pour ceux d’ici, toujours moins nombreux, sur des « exploitations » toujours plus grandes. Et avec les sols, la nature, le vivant qui en souffrent. Alors, « les politiques » demandent désormais tout et son contraire aux agriculteurs : de « monter en gamme », d’éliminer des pesticides, de se passer des néonicotinoïdes, et en même temps, en même temps, d’être compétitifs avec les latifundias brésiliennes, les fermes-usines ukrainiennes. Avec les conséquences que l’on sait, que l’on voit : des marchés qui fluctuent, des prix qui ne rémunèrent pas, et une crise agricole tous les six mois. Pour nous, il n’y a pas de « en même temps », pas de schizophrénie, pas d’hésitation. Le cap est tranché : il s’agit de nourrir les 67 millions de Français, et de bien les nourrir. Point-barre. Et s’il y a des surplus, eh bien, soit, ce sera exporté, mais l’objectif n’est plus là. Voilà le but. Et pour y parvenir, deux moyens, prioritaires : - Des protections à nos frontières, des quotas d’importation, des barrières douanières. C’est-à-dire, une rupture nette avec le libre-échange qui a cours, des accords de l’Uruguay round (1994) aux traités récents avec le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Mercosur, etc. Il nous faut une exception agriculturelle, tout comme nous avons fait une exception culturelle. - Des régulations intérieures : des prix planchers au coefficient multiplicateur en passant par les quotas de production. Ces instruments ont existé jusqu’aux années 80, et ont apporté, durant des décennies, une relative stabilité et prospérité. Changer de modèle passe par là : se mettre d’accord, avec tout le monde agricole, sur un cap que nous tiendrons dans la durée, avec un consensus dans la société, et même indépendamment des gouvernements. Et leur assurer qu’ils seront payés, et bien payés, pour leur travail, essentiel, fondamental. Pour une exception agriculturelle français, notre nouveau cahier de campagne : https://t.co/w5lcVHD6hf