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François Ruffin

2026-10-18 13:44 original

J'ai mal à ma France. Je suis triste pour notre République. Comme des centaines de milliers de Français, j'ai manifesté hier contre la vie chère. À Amiens, ma ville, j'ai retrouvé des copains militants et syndicalistes, et surtout énormément de jeunes. Partout, un même cri : « On en a marre ! » Marre de ne pas être écoutés. Marre de ne plus pouvoir boucler les fins de mois. Marre de voir nos écoles, nos hôpitaux, nos services publics se dégrader. Et puis, comme des millions de Français, je me suis réveillé ce matin sidéré, dépité, devant les images de désolation. Ces centres-villes dévastés par des bandes, ces commerces détruits et pillés par des voyous, ces affrontements, ces blessés. Ces violences, je les ai toujours condamnées et je les condamne encore sans ambiguïté. Comme une faute morale. Comme une faute politique : elle conduisent tout mouvement, fut-il juste, à se faire détester, à être rejeté de la vaste majorité. Je pense ce matin aux commerçants et à leurs salariés qui ont vécu une soirée cauchemardesque. Aux habitants attristés et en colère qui découvrent les dégâts. Aux agents municipaux mobilisés depuis l'aube pour nettoyer, réparer nos villes. Aux pompiers, une nouvelle fois héroïques. Aux manifestants blessés, parfois traumatisés. Aux policiers blessés également. Notre pays est profondément fracturé. Dix années de macronisme s'achèvent dans le chaos. Quelle chaîne de responsabilités aboutit à un pareil naufrage, naufrage sécuritaire, naufrage éducatif, naufrage militant ? Mais nous n'avons pas à choisir entre la justice et l'ordre, entre l'égalité et la sécurité. Les Français ont droit aux deux. Aujourd'hui, il faut retrouver le calme, réparer ce qui a été détruit, punir les pilleurs, sans hésiter. Mais aussi répondre, politiquement, aux revendications qui s'expriment depuis des semaines, des mois, des années, des Gilets jaunes aux lycéens en passant par les retraites. Des mouvements pour lesquels, à chaque fois, les gouvernements ont choisi le pourrissement. Il est temps de réparer nos villes, de réparer notre pays. Et d'apaiser la France.