Mesdames et Messieurs, Je suis honoré d’ouvrir ce colloque au cœur de la Sorbonne, sous les auspices de la Paris Arbitration Week. Dans ce lieu de pensée et de transmission, nous nous réunissons pour parler d’arbitrage : non comme d’une technique parmi d’autres, mais comme d’une pierre angulaire du droit économique mondial. L’arbitrage est aujourd’hui un pilier de la gouvernance mondiale des litiges. Il est un instrument de justice volontaire, de liberté contractuelle et de sécurité juridique. Il exige de nous une politique publique claire, exigeante, à la hauteur de la confiance que les entreprises, les États, les investisseurs, les praticiens placent dans la France et dans Paris. Réformer l’arbitrage aujourd’hui, c’est plus que moderniser un contentieux. C’est affirmer une vision du droit comme levier de souveraineté et de stabilité dans un monde incertain. La réforme que nous engageons aujourd’hui ne part pas d’une crise. Elle naît d’une ambition. Notre droit n’est ni obsolète, ni marginal. Il est parmi les plus modernes du monde. Paris est l’une des premières places d’arbitrage au monde — et ce n’est pas un slogan : c’est une réalité confirmée par les chiffres, les affaires, les acteurs. Mais à l’image de Singapour ou de Londres, qui renouvellent régulièrement leurs dispositifs, l’excellence suppose le mouvement. Et la confiance que nous inspirons se nourrit d’un droit clair, prévisible, adapté, discuté. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui une stratégie en trois actes. Cette stratégie est le fruit d’un travail collectif, rigoureux et ouvert. Il faut ici saluer le travail accompli par le groupe présidé par François Ancel et Thomas Clay. Leur rapport n’est pas un catalogue. C’est une architecture. Lors de la remise du rapport Place Vendôme, j’ai appelé à ce que chacun s’en empare, le commente et le challenge. A cet égard, je ne peux que me féliciter d’avoir été autant écouté ! Les nombreux retours que la chancellerie a reçus ses dernières semaines et jusqu’à ses derniers jours, ont permis de dégager, au sein des recommandations du groupe de travail, ce que l’on pourrait appeler un bloc de consensus :des propositions techniquement prêtes, sans controverses majeures, et dont l’intérêt est partagé. D’autres mesures donnent lieu à des débats importants : soit parce qu’elles posent des questions de principes, soit parce qu’elles méritent d’être concertées dans un temps plus long que celui qui a été octroyé au groupe de travail. Enfin, se pose la question de la codification et de la valorisation de nos règles auprès de nos partenaires internationaux. La réforme en trois actes que j’annonce aujourd’hui se veut donc pragmatique, efficiente et surtout inscrite dans un calendrier ambitieux mais réaliste. Le bloc de consensus dont je vous ai parlé, qui peut être immédiatement mis en œuvre, constituera l’acte 1 de la réforme. Il reposera donc sur une série d’ajustements réglementaires mis en œuvre dès l’automne 2025. Il s’agira de clarifier, moderniser et sécuriser notre droit. Cette première série de réforme sera évidemment faite en transparence et donnera lieu à une consultation des acteurs concernés. La définition de l’arbitrage international, par exemple, doit évoluer pour intégrer la notion d’intérêts économiques internationaux. De la même façon, il convient de donner une définition claire de la sentence arbitrale, pour sécuriser les praticiens et les juridictions. Il s’agit aussi d’apporter de la souplesse et de la modernité en consacrant la possibilité de rendre une arbitrale électronique et en assouplissant le formalisme de la convention d’arbitrage. La suppression de l’obligation de l’écrit et de la détermination de l’objet du litige s’inscrira dans une logique de souplesse contractuelle et de confiance dans la volonté des parties.