Ensuite, nous pouvons d’ores et déjà rendre plus lisible le droit applicable en renforçant l’efficacité de l’arbitrage : consacrer la tierce opposition contre les décisions judiciaires ou encore le principe compétence-compétence ; reconnaître la possibilité pour le tribunal arbitral de regrouper des procédures ou de liquider des astreintes. Ces mesures sont simples et puissantes. Enfin, nous apporterons des garanties supplémentaires aux parties recourant à l’arbitrage en France en consacrant l’obligation d’imparité des tribunaux arbitraux ou leur composition par des personnes physiques. Je ne suis pas exhaustif mais vous aurez compris que ces ajustements, techniques, consensuels mais décisifs, renforceront la lisibilité et la compétitivité de notre droit. L’acte 2 se construira autour d’un cycle de consultations que j’ouvrirai dans les semaines à venir. Il permettra d’approfondir les points de controverse pour construire des points d’équilibre qui seront repris au parlement et par voie réglementaire au printemps 2026. Il portera sur les sujets sensibles : l’unification du contentieux arbitral, l’arbitrabilité en matière de consommation ou de droit du travail, l’évolution du rôle du juge d’appui, le traitement des recours en arbitrage publicou encore le lien entre les règles d’arbitrage interne et d’arbitrage international. Il ne s’agit pas d’imposer un modèle, mais d’ouvrir le débat. Les consultations associeront barreaux, juridictions, universités et fédérations. Ce cycle donnera lieu à une restitution publique, dans un esprit de transparence et d’inclusivité. Le droit ne se gouverne pas dans l’ombre. Il s’éclaire dans le dialogue. L’acte III, enfin, visera à donner une forme unifiée et lisible à l’ensemble du droit français de l’arbitrage. Il s’agit de la création d’un code de l’arbitrage à l’automne 2026. Ce code autonome ne bouleversera pas les équilibres, mais en consacrera la cohérence. Il sera un outil de pédagogie, un levier d’attractivité, un vecteur d’identité juridique. Mais surtout, il enverra un signal fort : celui d’un droit français qui ne se contente pas de suivre les standards internationaux, mais qui entend dialoguer avec eux, proposer un modèle robuste, lisible, stable. La codification n’est pas une fin en soi. C’est une stratégie d’influence. Si Paris est aujourd’hui une capitale mondiale de l’arbitrage, ce n’est pas un hasard. C’est le fruit d’un travail collectif. C’est aussi la preuve qu’un droit peut devenir une puissance lorsqu’il est stable, prévisible, accueillant et respecté. La force de Paris, c’est son écosystème : des juridictions expérimentées, une Chambre commerciale internationale ; une communauté d’avocats et d’arbitres formés à la diversité des traditions ; des centres compétitifs ; une doctrine structurée, exigeante ; une culture juridique fondée sur l’autonomie des volontés et la loyauté procédurale. La Paris Arbitration Week est le reflet éclatant de cette vitalité. Elle témoigne d’une ville-monde du droit, d’un espace de diplomatie juridique, où se construisent les ponts entre les cultures, les équilibres entre les principes et les réalités du commerce international. L’arbitrage est une forme de régulation internationale. Il est un lieu de confrontation des modèles, de négociation des règles, de gouvernance économique globalisée. Dans ce contexte, la France a un rôle à jouer : non pas en imposant, mais en proposant ; non pas en s’isolant, mais en animant. Compris ainsi, l’arbitrage devient un levier de rayonnement juridique. Il démontre la capacité du droit français à conjuguer rigueur procédurale et souplesse d’organisation. La diplomatie juridique n’est pas une politique des grands mots. C’est une stratégie discrète, mais déterminée, fondée sur l’influence des principes, la diffusion des modèles, la confiance dans une régulation équitable. Et l’arbitrage en est l’un des vecteurs les plus puissants.