Il paraît qu'on m'attaque ici avec style ! C'est déjà plus rare que d'ordinaire. L'occasion est trop belle, relevons le gant ! J'apprends donc, sous cette plume, que j'aurais l'ambition d'une reine et la patience d'une araignée. Soit. On m'a comparée à pire, et par de moins bons auteurs. Le talon d'Achille de l'exercice, c'est qu'à force de vouloir me peindre en Machiavel en jupons, on finit par avouer une chose : on ne sait expliquer une femme qui dérange que par l'intrigue. Circé, Milady, Lucrèce Borgia. On me fait l'honneur d'une riche galerie, mais c'est toujours le même cadre, et il est bien poussiéreux. Le propos est joliment tourné, mais il est terriblement convenu. Le plus savoureux, c'est de le trouver sous la plume d'une femme qui vient de consacrer un livre entier aux masculinistes. Elle les a tant combattus qu'elle a fini par leur emprunter leur imaginaire : la femme qui monte est forcément une intrigante qui a rusé ou séduit. Il est des portraits qui en disent plus long sur leur auteur que sur leur sujet. On y trouve plus de fiel que de faits, plus de style que de vérité. On attendait La Bruyère, on a eu Closer. Écrivez, chère Ophélie, continuez d'aiguiser la plume. Faites vivre la liberté artistique, celle qui vous autorise tout, même de travestir la vérité. Souvenez-vous seulement qu'il est plus difficile de bâtir que de mordre, que le venin seul ne peut tenir lieu de talent, et que l'Histoire, la vraie, a la fâcheuse habitude d'oublier les portraitistes pour ne garder que leurs modèles. Vous voilà prévenue ! Sans rancune.