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Marine Tondelier

2026-05-17 19:43 quote no longer on X

Vincent Bolloré veut réduire au silence le cinéma français. Dans une tribune très courageuse, 600 signataires de l'industrie ont dénoncé l'emprise du milliardaire d'extrême droite sur le septième art en France. La réponse ne s'est pas faite attendre longtemps. L'homme de confiance de Vincent Bolloré à la tête de Canal+, Maxime Saada, vient d'annoncer qu'il allait blacklister tous·tes les signataires de la tribune. Ce faisant, il confirme exactement le propos de la tribune en question, à savoir que Canal+ menace la liberté d'expression de toutes les personnes qui travaillent de près ou de loin avec le groupe. Or, Canal+ est le principal financeur du cinéma français, et je ne parle même pas des séries et des documentaires. Une grande partie de la filière est dépendante de l'argent de Vincent Bolloré, et Canal+ utilise d'ailleurs systématiquement cette position de force pour imposer ses conditions, par exemple sur la chronologie des médias. Cette situation est dangereuse, car l'idéologie de Vincent Bolloré pourrait menacer aussi directement la liberté de création, quand il le décidera. Si rien n'est fait, il fera bientôt l'acquisition du groupe UGC et de ses énormes multiplexes. Avec une grave conséquence : il contrôlera ainsi l'ensemble de la chaîne économique du cinéma français, du financement (via StudioCanal par exemple) à la diffusion. Vous réalisez la menace que cela fait peser sur la diversité des oeuvres produites et diffusées ? Souvenez-vous qu'à l'été 2024, l'artiste Zaho de Sagazan avait été déprogrammée des radios qu'il contrôle, parce qu'elle avait osé critiquer Cyril Hanouna. Demain, cette terreur qu'il fait déjà régner insidieusement dans le cinéma français, en décourageant les prises de position comme celles exprimées dans la tribune, pourrait devenir la norme. Je ne le souhaite pas, et je salue le courage des professionnel·les du secteur qui ont osé prendre position à Cannes, où le logo de Canal+ n'a pas eu droit aux mêmes applaudissements que les autres financeurs. Il a même parfois été hué. De retour de Cannes, où j'ai rencontré beaucoup de travailleurs·euses du cinéma français, je veux leur redire mon soutien face à cette situation. Et face à l'extrême droite, qui dans la lignée du rapport Alloncle, veut supprimer le CNC et privatiser l'audiovisuel public, c'est l'ensemble du cinéma français qui affronte une menace existentielle. Il faut rappeler une chose simple : les films français ne sont pas financés par nos impôts comme certains aiment le faire croire. Ils le sont par une taxe prélevée par le CNC sur les entrées, et un système redistributif vertueux, une exception culturelle que toute l’Europe et le monde nous envient. Cette diversité de production fait de la France le premier marché européen pour le cinéma (181,5 millions d'entrées en 2024, dont 44,8 % pour les films français). C'est aussi cela que nous devons préserver, n'en déplaise à Vincent Bolloré.