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Marine Tondelier

2026-09-30 20:51 original

Allaiter ou ne pas allaiter : ce choix appartient à chaque femme. ❤️ Sans injonction. Sans jugement. Sans culpabilité. Mais pour celles qui choisissent d’allaiter, il faut aussi parler de la réalité. Il y a ces moments suspendus, ce petit corps contre soi, cette sensation assez folle de nourrir son bébé. Et puis il y a les nuits hachées. Les tétées qui s’enchaînent. La douleur parfois. La fatigue. Les doutes : est-ce qu’il boit assez ? Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je vais tenir ? Une tétée après l’autre. Un jour après l’autre. La mise en place de l’allaitement est très souvent un vrai défi ! Ce qui me frappe, c’est qu’on explique beaucoup aux femmes pourquoi l’allaitement est bénéfique. On les encourage à allaiter. Mais ensuite, on les laisse encore trop souvent se débrouiller seules. Comme si allaiter était uniquement une affaire de volonté individuelle, alors que les conditions dans lesquelles on devient mère comptent énormément : le soutien que l’on reçoit, le travail que l’on reprend, le temps dont on dispose, les personnes qui nous entourent. Et même dans l’espace public, allaiter reste parfois quelque chose qu’il faudrait faire discrètement, presque en se cachant. On voit encore des femmes à qui l’on demande de se couvrir, de se déplacer, ou que l’on regarde de travers parce qu’elles allaitent dans un restaurant, un magasin ou un lieu public. Un ami il y a quelques années m’a raconté qu’avec sa femme, ils s’étaient vu reprocher un allaitement… dans la salle d’attente d’un commissariat ! Un bébé qui a faim n’a pourtant pas à attendre que sa mère trouve un endroit où elle ne dérangera personne. Allaiter dans l’espace public ne devrait être considéré ni comme une provocation, ni comme un acte militant, ni comme un inconfort pour les voisins… ni même comme un sujet de débat. Ça devrait simplement être banal. Et ça aussi, c’est politique. En France, une salariée dispose déjà, pendant la première année de son enfant, d’un temps prévu par le Code du travail pour allaiter ou tirer son lait. Mais ce temps n’est pas nécessairement rémunéré. Et entre reconnaître un droit et permettre réellement aux femmes de l’exercer, il y a encore un écart. Si nous voulons que celles qui souhaitent allaiter puissent réellement le faire, il faut leur en donner les moyens. ➡️ Des pauses d’allaitement effectives et rémunérées, avec des lieux adaptés pour tirer et conserver son lait. ➡️ La possibilité d’un congé d’allaitement choisi et indemnisé, pour ne pas avoir à arbitrer entre son allaitement, son travail et son salaire (cela a bel et bien existé en France entre les années 1950 et 1975 - seules quelques conventions collectives le mentionnent aujourd’hui, comme celle de la Croix-Rouge ou encore celle du secteur audiovisuel mais seulement si « la nécessité d’allaiter est attestée par un certificat médical »). ➡️ Un véritable accompagnement après la sortie de la maternité : sages-femmes, consultantes en lactation, PMI, visites à domicile. Parce que c’est souvent une fois rentrée chez soi que les difficultés commencent. ➡️ Un retour au travail plus souple : horaires adaptés, télétravail lorsque c’est possible, reprise progressive. ➡️ Et du temps pour le deuxième parent aussi. Parce qu’une femme qui allaite ne devrait pas avoir à assurer, en plus, toute la logistique de la maison et du bébé. L’allaitement ne devrait pas être un privilège réservé à celles qui ont suffisamment de temps, de moyens ou un travail compatible. Et il ne devrait pas non plus devenir une épreuve de volonté. Une société qui dit aux femmes « l’allaitement c'est important » doit être capable de leur dire aussi : « alors, nous allons vous donner les moyens de le faire ». À celles qui allaitent en ce moment, peut-être cette nuit, épuisées, un bébé au sein et les yeux à moitié fermés : courage. ❤️ Vous n’avez rien à prouver. Et si vous souhaitez continuer, ce n’est pas seulement à vous de tenir. C’est aussi à la société de vous soutenir.