Cher Olivier Nora, Je suis profondément attristé par votre départ de la vigie de la maison Grasset, un éditeur historique, si particulier et si exigeant, qui a longtemps incarné l’esprit de l’édition parisienne et fait partie du patrimoine vivant de notre pays. Je veux vous apporter mon plein soutien face à des méthodes inacceptables, qui traduisent un esprit de propriété totale et illimitée, traitant au fond une entreprise honorable comme un jouet personnel ou, pire, comme l’instrument d’une croisade idéologique, sans égard pour les femmes et les hommes, éditrices et éditeurs, autrices et auteurs, qui en font l’identité. Je m’opposerai à toute réédition de mon livre Mémoire de paix pour temps de guerre par le groupe Hachette tant que ces circonstances prévaudront. Faisons en sorte que cette déclaration d’hostilité du propriétaire d’Hachette soit un moment d’éveil et de renouveau pour l’édition française, afin de renouer avec ses valeurs d’indépendance, de pluralisme, de rigueur, de curiosité et d’engagement, qui ont fait son honneur au cours des siècles passés. Dominique de Villepin
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
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LA VICTOIRE DE L'ESPOIR FACE À L'ESPRIT DE DÉFAITE La fin de l’ère Orbán en Hongrie est un signe clair. L’extrême droite antilibérale, anti-européenne et anti-immigrés n’est pas invincible. C’est peut-être même le commencement timide du printemps démocratique en Europe. Le trumpisme n’a pas le vent en poupe, il parait d’ores et déjà politiquement déclinant, sinon moralement agonisant. Pourtant l’extrême droite mondiale n’a pas ménagé son soutien : JD Vance en se rendant à Budapest, Javier Milei et Benjamin Netanyahou en envoyant desmessages, Marine Le Pen en célébrant son « partenaire et allié » et « ami ». Une hirondelle ne fait pas le printemps. Le signal est fragile, car il faut se souvenir qu’à la victoire de Donald Tusk contre le régime illibéral du PiS a succédé la victoire du candidat du PiS à la présidence de la République. Ce printemps démocratique n’est pas l’affaire d’une élection, mais d’un long processus de libération des peurs, des ressentiments, des fantasmes irréalistes. Pourtant, quel contraste entre les rues de Budapest et le climat en France, où nous risquons les « saints de glace », ces gelées tardives qui compromettent les fruits et provoquent les années sans vin. Car dans le même temps en France, tous les signaux pointent dans l’autre direction. Quelque chose est en train de céder dans le pays. Les rencontres et dîners entre le patronat et le RN se multiplient. Nous aurions ainsi l’identitarisme aussi tardif en 2027 que nous avons eu le socialisme tardif en 1981, à contre-courant du reste du monde occidental et à vrai dire même du Bloc de l’est. Cet épisode a rogné notre place dans le monde et bridé nos forces économiques et innovatrices. Nous ne sommes pas obligés d’être toujours à la pointe de la mode d’hier ! Cela amène une question de fond : pourquoi ces phénomènes tardifs se répètent-ils en France ? Sans doute un peu à cause de l’esprit contraire, si français, qui aime les contre-pieds et parfois les radicalités abstraites. Mais il y a quelque chose de plus structurel, c’est le rôle des élites dans notre pays. Car l’histoire de 1981, c’est celle d’une demande de justice sociale qui ne trouvait plus de débouché dans un giscardisme qui faisait la part belle aux élites sociales triomphantes et ne voyait monter ni le chômage de masse, ni la première désindustrialisation. Mais ces élites ont su retarder sans cesse l’inévitable, jusqu’à conduire à l’échec du tournant de la rigueur de 1983. C’est un mécanisme ancien. Depuis deux cents ans les élites sont tenues sous haute suspicion en France, depuis deux cents ans, ce sont elles qui ralentissent les changements autant qu’elles peuvent, puis cèdent brusquement, se radicalisent et poussent encore plus loin la logique de la rupture. Révolutions et affaissements se sont, à chaque fois, produits d’abord dans la bourgeoisie, la haute noblesse, le haut clergé avant de devenir le mouvement irrésistible de la Révolution Française ; en 1848 ; en 1870 ; en 1940 – dans un sens ou dans un autre, car il ne s’agit pas de dire que toutes ces bascules se valent, mais qu’elles sont toutes des mouvements de balancier plus brutaux que ceux vécus dans d’autres pays. Entre le dégagisme de LFI et d’une partie du RN et l’élitisme conservateur du macronisme, arc-bouté sur ses privilèges, figé dans une politique statique et une posture esthétique, la France est une nouvelle fois prise au piège. Etrange symbole d’ailleurs de successeurs autoproclamés à Emmanuel Macron qui décident de s’attaquer au symbole du 1er Mai, le seul jour férié officiellement chômé et payé de France, jour de l’unité populaire. Tant qu’elles le peuvent, les élites s’évadent ; elles se replient dans l’entre-soi ; elles choisissent le séparatisme. Puis, quand la peur du peuple devient trop grande, elles se résolvent à pactiser avec le chien de garde qui promettra de les protéger des colères populaires et acceptera de trahir ses engagements populistes.C’est en un mot l’esprit de défaite qui est le principal danger. Cette petite voix qui intime de céder, qui dit que c’est trop tard, qu’il faut enfourcher la rupture brutale pour continuer à dominer. C’est le lâche soulagement des élites économiques, intellectuelles, sociales. Celui qui conduit à multiplier des tablées patronales autour de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, des sortes de banquets antirépublicains qui mettent à l’ordre du jour le ralliement à bas bruit. C’est le renoncement, le repli, le cynisme. La maladie des élites françaises c’est encore et toujours l’esprit de cour, ce parisianisme de dîners en ville où se font et se défont les dynasties régnantes, où l’on peut s’ébahir des beaux chromos d’un prince consort en vacances qu’on imagine déjà en futur président. Il est temps de renouveler ces élites, d’ouvrir leurs portes aux forces vives de la nation. C’est pourquoi la clé de l’élection de 2027 sera la remise en route de l’ascenseur social. La bataille contre l’esprit de défaite se gagnera à l’école et par l’emploi. C’est la clé d’un traité de paix entre le peuple et les élites. Il s’agit d’accomplir la reconstitution d’une élite publique de fonctionnaires issus de tout le peuple et dévoués au service de l’intérêt général. D’obtenir l’émergence de voix intellectuelles représentatives de toutes les diversités sociales, géographiques et culturelles. Defavoriser l’ascension d’une génération d’entrepreneurs et de fondateurs qui font vivre l’esprit d’une nation d’ingénieurs et d’inventeurs. Nous avons besoin d’une nouvelle dynamique politique pour y parvenir. Le mouvement par le rassemblement, le rassemblement par le mouvement, voilà la conscience historique profonde du gaullisme qui sait que la justice sociale est le préalable à l’autorité de l’Etat, qui est la condition d’une ambition de transformation collective, écologique et économique. Il y a quelques moments presque miraculeux de renouvellement sans rupture ni dérive, des moments réformateurs et refondateurs du lien entre le peuple et l’élite, comme ce fut le cas en 1881 avec les grandes lois républicaines et l’école gratuite, laïque et obligatoire. Comme ce fut le cas en 1936 avec le Front populaire. Comme ce fut le cas en 1958 avec la refondation de la Ve République. C’est quand elle se renouvelle que la France parle vraiment au monde. Dominique de Villepin
LAVICTOIRE DE L'ESPOIR FACE À L'ESPRIT DE DÉFAITE La fin de l’ère Orbán en Hongrie est un signe clair. L’extrême droite antilibérale, anti-européenne et anti-immigrés n’est pas invincible. C’est peut-être même le commencement timide du printemps démocratique en Europe. Le trumpisme n’a pas le vent en poupe, il parait d’ores et déjà politiquement déclinant, sinon moralement agonisant. Pourtant l’extrême droite mondiale n’a pas ménagé son soutien : JD Vance en se rendant à Budapest, Javier Milei et Benjamin Netanyahou en envoyant desmessages, Marine Le Pen en célébrant son « partenaire et allié » et « ami ». Une hirondelle ne fait pas le printemps. Le signal est fragile, car il faut se souvenir qu’à la victoire de Donald Tusk contre le régime illibéral du PiS a succédé la victoire du candidat du PiS à la présidence de la République. Ce printemps démocratique n’est pas l’affaire d’une élection, mais d’un long processus de libération des peurs, des ressentiments, des fantasmes irréalistes. Pourtant, quel contraste entre les rues de Budapest et le climat en France, où nous risquons les « saints de glace », ces gelées tardives qui compromettent les fruits et provoquent les années sans vin. Car dans le même temps en France, tous les signaux pointent dans l’autre direction. Quelque chose est en train de céder dans le pays. Les rencontres et dîners entre le patronat et le RN se multiplient. Nous aurions ainsi l’identitarisme aussi tardif en 2027 que nous avons eu le socialisme tardif en 1981, à contre-courant du reste du monde occidental et à vrai dire même du Bloc de l’est. Cet épisode a rogné notre place dans le monde et bridé nos forces économiques et innovatrices. Nous ne sommes pas obligés d’être toujours à la pointe de la mode d’hier ! Cela amène une question de fond : pourquoi ces phénomènes tardifs se répètent-ils en France ? Sans doute un peu à cause de l’esprit contraire, si français, qui aime les contre-pieds et parfois les radicalités abstraites. Mais il y a quelque chose de plus structurel, c’est le rôle des élites dans notre pays. Car l’histoire de 1981, c’est celle d’une demande de justice sociale qui ne trouvait plus de débouché dans un giscardisme qui faisait la part belle aux élites sociales triomphantes et ne voyait monter ni le chômage de masse, ni la première désindustrialisation. Mais ces élites ont su retarder sans cesse l’inévitable, jusqu’à conduire à l’échec du tournant de la rigueur de 1983. C’est un mécanisme ancien. Depuis deux cents ans les élites sont tenues sous haute suspicion en France, depuis deux cents ans, ce sont elles qui ralentissent les changements autant qu’elles peuvent, puis cèdent brusquement, se radicalisent et poussent encore plus loin la logique de la rupture. Révolutions et affaissements se sont, à chaque fois, produits d’abord dans la bourgeoisie, la haute noblesse, le haut clergé avant de devenir le mouvement irrésistible de la Révolution Française ; en 1848 ; en 1870 ; en 1940 – dans un sens ou dans un autre, car il ne s’agit pas de dire que toutes ces bascules se valent, mais qu’elles sont toutes des mouvements de balancier plus brutaux que ceux vécus dans d’autres pays. Entre le dégagisme de LFI et d’une partie du RN et l’élitisme conservateur du macronisme, arc-bouté sur ses privilèges, figé dans une politique statique et une posture esthétique, la France est une nouvelle fois prise au piège. Etrange symbole d’ailleurs de successeurs autoproclamés à Emmanuel Macron qui décident de s’attaquer au symbole du 1er Mai, le seul jour férié officiellement chômé et payé de France, jour de l’unité populaire. Tant qu’elles le peuvent, les élites s’évadent ; elles se replient dans l’entre-soi ; elles choisissent le séparatisme. Puis, quand la peur du peuple devient trop grande, elles se résolvent à pactiser avec le chien de garde qui promettra de les protéger des colères populaires et acceptera de trahir ses engagements populistes.C’est en un mot l’esprit de défaite qui est le principal danger. Cette petite voix qui intime de céder, qui dit que c’est trop tard, qu’il faut enfourcher la rupture brutale pour continuer à dominer. C’est le lâche soulagement des élites économiques, intellectuelles, sociales. Celui qui conduit à multiplier des tablées patronales autour de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, des sortes de banquets antirépublicains qui mettent à l’ordre du jour le ralliement à bas bruit. C’est le renoncement, le repli, le cynisme. La maladie des élites françaises c’est encore et toujours l’esprit de cour, ce parisianisme de dîners en ville où se font et se défont les dynasties régnantes, où l’on peut s’ébahir des beaux chromos d’un prince consort en vacances qu’on imagine déjà en futur président. Il est temps de renouveler ces élites, d’ouvrir leurs portes aux forces vives de la nation. C’est pourquoi la clé de l’élection de 2027 sera la remise en route de l’ascenseur social. La bataille contre l’esprit de défaite se gagnera à l’école et par l’emploi. C’est la clé d’un traité de paix entre le peuple et les élites. Il s’agit d’accomplir la reconstitution d’une élite publique de fonctionnaires issus de tout le peuple et dévoués au service de l’intérêt général. D’obtenir l’émergence de voix intellectuelles représentatives de toutes les diversités sociales, géographiques et culturelles. Defavoriser l’ascension d’une génération d’entrepreneurs et de fondateurs qui font vivre l’esprit d’une nation d’ingénieurs et d’inventeurs. Nous avons besoin d’une nouvelle dynamique politique pour y parvenir. Le mouvement par le rassemblement, le rassemblement par le mouvement, voilà la conscience historique profonde du gaullisme qui sait que la justice sociale est le préalable à l’autorité de l’Etat, qui est la condition d’une ambition de transformation collective, écologique et économique. Il y a quelques moments presque miraculeux de renouvellement sans rupture ni dérive, des moments réformateurs et refondateurs du lien entre le peuple et l’élite, comme ce fut le cas en 1881 avec les grandes lois républicaines et l’école gratuite, laïque et obligatoire. Comme ce fut le cas en 1936 avec le Front populaire. Comme ce fut le cas en 1958 avec la refondation de la Ve République. C’est quand elle se renouvelle que la France parle vraiment au monde. Dominique de Villepin
Dans cette nouvelle série de vidéos, je souhaiterais explorer avec vous les « Non » qui ont fait l’histoire. L’histoire des idées, des combats, de la littérature, de la politique, de l’humanité. Et s’il en est un qui résonne particulièrement, c’est le « Non » de Rosa Parks. Dans l’Alabama ségrégationniste, cet acte de désobéissance civile, ce refus de céder sa place, ce courage, né d’une fidélité intérieure, affirmait que la dignité n’était pas, et ne serait jamais, négociable. C’est une révolution de la retenue, une force sans fracas, qui cherche à réveiller les consciences plutôt qu’à vaincre l’adversaire, en acceptant de payer de sa personne pour que la justice cesse d’être une idée abstraite. Trois leçons découlent de ce geste. D’abord, le « non » solitaire n’a de puissance que s’il devient un « nous », collectif et organisé. Ensuite, le refus de l’aveuglement : oser voir, et dire ce que l’on voit, nommer l’inacceptable. Enfin, le « non » comme un « oui » plus grand : un oui à la dignité et à la possibilité de vivre ensemble sans que l’un ait besoin d’écraser l’autre. Aujourd’hui, Rosa Parks demeure une boussole face à la résignation. Elle nous lègue la force d’un refus qui n’abîme pas, nous rappelant que le courage civique, c’est savoir dire « non » à ce qui nous diminue pour protéger ce à quoi nous avons le courage de dire « oui ».
La France que nous aimons. https://t.co/KqVZPLFkW4
La France qu'on aime. https://t.co/eLOs8R7P3h
La libération de nos otages en Iran, Cécile Kohler et Jacques Paris, enfermés à l’ambassade de France depuis leur sortie de prison est un immense soulagement alors que Téhéran est sous la menace d’une aggravation imminente des bombardements américains et israéliens. La joie de leurs familles à quelques heures de retrouvailles tant attendues est aujourd’hui la joie partagée de tout le peuple français. Dominique de Villepin ©️ AFP/Family Handout
ONE HEALTH : L'HEURE DE VÉRITÉ Nous vivons une heure de vérité. Le monde se fragmente. Les conflits s’étendent. Les rapports de force s’imposent. Le multilatéralisme recule. Et dans ce basculement du monde, une évidence devrait s’imposer à tous : la santé mondiale n’est pas une cause secondaire, encore moins un luxe pour temps calmes. Elle est au cœur de la sécurité des peuples, de la stabilité des nations, de la paix entre les continents. Car qu’est-ce qu’une pandémie, sinon une crise totale ? Elle désorganise les économies, déstabilise les États, fracture les sociétés, nourrit les peurs, affaiblit la confiance démocratique. Qu’est-ce qu’un système de santé abandonné et qui périclite, sinon une société livrée à la vulnérabilité ? Investir dans la santé mondiale, c’est protéger les peuples. C’est prévenir le chaos. C’est défendre l’avenir. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il est indispensable de défendre une approche ambitieuse qui réaffirme que la santé de l’être humain est une et indivisible et qui s’appuie sur l’unité du vivant, sur l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et santé environnementale. C’est l’approche « One Health ». Nous vivons une contradiction insupportable. Emmanuel Macron veut mettre en scène à Lyon, aujourd’hui mardi 7 avril, un grand sommet sur le One Health. Comment prendre cela au sérieux alors que, dans le même temps, la France affaiblit les instruments concrets, éprouvés, efficaces, du combat pour la santé mondiale ? On ne peut pas célébrer la santé du vivant dans les discours, et reculer sur les financements qui sauvent effectivement des vies. On ne peut pas invoquer la solidarité internationale à la tribune, et laisser planer le doute sur l’engagement de la France envers les grandes institutions multilatérales de santé. La France devrait être à l’avant-garde de ce combat. Parce qu’elle a une histoire. Parce qu’elle a une voix. Parce qu’elle fut, avec Jacques Chirac, l’un des grands artisans du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et d’Unitaid. Elle avait su alors montrer que la solidarité n’était pas une faiblesse, mais une forme supérieure de puissance. Elle avait compris que la santé mondiale n’était pas un supplément d’âme, mais un intérêt stratégique majeur. Aujourd’hui, au contraire, que voyons-nous ? De l’hésitation. De l’ambiguïté. Du recul. Et derrière les mots, la réalité d’un désengagement qui est une faute morale autant qu’une erreur géopolitique. Voilà pourquoi ce sommet de Lyon ne doit pas être un sommet pour la galerie. Il ne doit pas être une cérémonie de plus, un décor de plus, un instant de communication de plus. À quoi bon parler d’action, si l’on ne décide rien ? À quoi bon invoquer le multilatéralisme, si l’on ne lui donne pas les moyens d’agir ? À quoi bon se réclamer de One Health, si l’on n’assume pas les conséquences budgétaires, diplomatiques et stratégiques d’une telle ambition ? La vérité est simple : la France ne peut pas prétendre défendre sa souveraineté, son influence, son rang, et dans le même temps abandonner son leadership sur la santé mondiale. Car le Fonds mondial, comme les autres grands outils de coopération sanitaire, n’est pas une abstraction bureaucratique. C’est une digue. C’est un levier. C’est une protection concrète contre la maladie, contre l’effondrement des systèmes de santé, contre le retour des grandes déstabilisations sanitaires. Face à la montée des périls, il faut moins de communication et plus de fidélité. Moins de scénographie et plus d’engagement. Moins de sommets d’apparat et plus de décisions. Si Emmanuel Macron veut que ce sommet de Lyon n’apparaisse comme un sommet de plus, ou pire, un sommet pour rien, alors qu’il annonce clairement le rétablissement d’un effort français à la hauteur de notre histoire, qu’il confirme sans ambiguïté notre engagement auprès du Fonds mondial et dans l’aide au développement. Il n’est pas trop tard. Le sommet de Lyon peut être celui d’une France qui redevienne la nation qui agit, la nation partenaire, la nation humaniste qui protège, la nation qui tient parole. Dominique de Villepin ©️ Hilma af Klint - The Ten Largest No. 3 - Youth - 1907.
LETTRE À UNE AMIE LIBANAISE Lettre publiée le 4 avril 2026 sur @LOrientLeJour avec l’autorisation de l’auteur et de la destinataire. https://t.co/UQkzPingqK https://t.co/A6FxAkYKAA
À ce soir ! @BFMTV https://t.co/CVQsMHEBff
Ce jour de Pâques n’est pas un jour comme les autres. Ni pour les chrétiens de France, ni pour toutes celles et ceux à qui s’adresse le message de renouveau, d’espérance et de rassemblement qui est en son cœur. Ce mois de Pâques n’est pas un mois comme les autres. En l’espace de deux semaines, le monde a fêté l’Aïd-el-Fitr qui clôt le mois de ramadan ; Norouz, cette fête ancestrale héritée du zoroastrisme persan que le peuple iranien a dû célébrer sous les bombes les Pâques chrétiennes ; Pessa'h, la Pâque juive, qui a commencé mercredi, sous les bombes elle aussi. Partout, les familles ont dressé des tables et mis les petits plats dans les grands, avec de l’agneau ou les sept plats des Haft Sîn, avec un gefilte fish, une carpe farcie, ou encore des cornes de gazelle et des makrout, des chocolats et des œufs. Ils ont partagé des rites et des rires d’enfants, des mots, des traditions, souvent en mêlant ceux qui croient, ceux qui ne croient pas et ceux qui croient autrement. Partout dans le monde, les femmes et les hommes se sont rassemblés, se rassemblent, se retrouvent pour célébrer ensemble un message de fraternité. Et pendant que les cloches sonnent, ce mois-ci, le berceau des religions abrahamiques est en feu. La religion sert à nouveau de stigmate, d’exclusion et d’appel à la guerre. Le patriarche latin de Jérusalem est empêché de tenir la messe des Rameaux, l’esplanade des mosquées est fermée. Chez nous, en France, en Europe, les haines contre les religions se sont enflammées dans les dix dernières années. Prêtres catholiques et fidèles musulmans assassinés dans leur lieu de culte, rabbins agressés en pleine rue. Églises, mosquées, synagogues attaquées et dégradées. Les trois religions du Livre souffrent d’une part et doivent lutter d’autre part contre l’intolérance qui peut se réveiller dans leurs recoins obscurs. Je pense au Liban, ce pays déchiré, ce pays hanté, ce pays au bord de la perdition, et je souhaite que les fantômes laissent enfin vivre les vivants. Je voudrais convoquer en ce jour particulier la leçon de Nathan le Sage. Dans cette pièce de Gotthold Ephraim Lessing, la tolérance religieuse et le message des Lumières se retrouvent dans cette œuvre essentielle qui réunit les trois religions autour d’un message d’unité. Et je voudrais insister sur une parabole dont la pièce se fait le relais : celle de l’anneau. Un père mourant n’a à léguer à ses trois fils qu’un anneau. Quel que soit son choix, il fera deux malheureux, deux mécontents. Il décide donc de faire forger deux répliques et de transmettre trois bagues, trois anneaux qu'il est impossible de distinguer les uns des autres. Lui-même ne sait plus retrouver parmi les trois l’anneau véritable. Ainsi, aucun de ses fils ne pourra jamais savoir avec certitude s’il est le possesseur du véritable anneau. Les fils y ont-ils alors perdu ? L’humanité se retrouve-t-elle héritière d’une vérité dégradée et corrompue ? Non, les trois fils sont appelés à apprendre ainsi – avec le temps- le doute, l’humilité, le respect de la sagesse paternelle, le message de la transmission qu’à leur tour il leur reviendra un jour d’assurer. Car ils sont les transmetteurs de bien plus que d’un patrimoine, ils sont les transmetteurs de l’idée même de transmission. En ce jour, comment ne pas voir ce qui rassemble plutôt que ce qui divise ? Comment ne pas lancer une pensée républicaine en direction de l’unité, de la réconciliation, de la volonté de vivre ensemble ? Le même message parcourt en effet ces différentes fêtes et l’esprit de notre République commune. On voudrait écarter les préoccupations spirituelles de la République. Mais c’est une erreur sur la laïcité qui n’est ni la loi du silence ni le désert du sens, mais la liberté, l’égalité et la fraternité des croyants et de leurs croyances. La mémoire et la transmission collective d’abord qu’exprime ce déchirant « L’an prochain à Jérusalem ! » qui a défini pendant tant de siècles le judaïsme de l’exil. Nos mémoires doivent être des mémoires d’espoir, toujours tournées vers l’avenir, vers le renouveau, vers la renaissance, c’est bien ce que nous disent ces fêtes de printemps où demeurent aussi des vestiges de croyances plus anciennes. Le souci de la commensalité, de l’accueil et de l’hospitalité, ensuite, deux exigences centrales de tout humanisme. En effet, la fête commence toujours à la porte du voisin. Là où attend l’inconnu, la rencontre, la différence, le visage. C’est le point de départ, douloureux mais en définitive joyeux, de ce poème déchirant que sont les Pâques à New York de Blaise Cendrars. Il y parle de solitude, d’exil et de besoin de la rencontre pour illuminer l’humanité. Il y évoque la difficile possibilité de la rencontre, et invoque la figure du Christ parmi les déshérités, ceux-là même qui ont le plus besoin que le message de la foi illumine la dureté de leur quotidien dans une vie de surconsommation et d’indifférence. Dans la chambre à côté, un être triste et muet. Attend derrière la porte, attend que je l’appelle ! Et enfin ce désir toujours trompé des hommes, la paix. Comment expliquer cette énigme du mal : tous nous voulons la paix, et pourtant partout et à toutes les époques, la violence, la force, la domination imposent leur loi. C’est le cœur du message urbi et orbi, à la ville et au monde : la paix est possible. Elle est dans vos mains, dans nos mains à tous, et pas seulement dans les mains des puissants de ce monde. N’en retenons qu’une chose, de Téhéran à Jérusalem, de Washington à Paris, la paix n’est pas une attente, elle est un appel. Dominique de Villepin ©️ Abraham et les trois anges, Marc Chagall, 1966.
Ce jour de Pâques n’est pas un jour comme les autres. Ni pour les chrétiens de France, ni pour toutes celles et ceux à qui s’adresse le message de renouveau, d’espérance et de rassemblement qui est en son cœur. Ce mois de Pâques n’est pas un mois comme les autres. En l’espace de deux semaines, le monde a fêté l’Aïd-el-Fitr qui clôt le mois de ramadan ; Norouz, cette fête ancestrale héritée du zoroastrisme persan que le peuple iranien a dû célébrer sous les bombes les Pâques chrétiennes ; Pessa'h, la Pâque juive, qui a commencé mercredi, sous les bombes elle aussi. Partout, les familles ont dressé des tables et mis les petits plats dans les grands, avec de l’agneau ou les sept plats des Haft Sîn, avec un gefilte fish, une carpe farcie, ou encore des cornes de gazelle et des makrout, des chocolats et des œufs. Ils ont partagé des rites et des rires d’enfants, des mots, des traditions, souvent en mêlant ceux qui croient, ceux qui ne croient pas et ceux qui croient autrement. Partout dans le monde, les femmes et les hommes se sont rassemblés, se rassemblent, se retrouvent pour célébrer ensemble un message de fraternité. Et pendant que les cloches sonnent, ce mois-ci, le berceau des religions abrahamiques est en feu. La religion sert à nouveau de stigmate, d’exclusion et d’appel à la guerre. Le patriarche latin de Jérusalem est empêché de tenir la messe des Rameaux, l’esplanade des mosquées est fermée. Chez nous, en France, en Europe, les haines contre les religions se sont enflammées dans les dix dernières années. Prêtres catholiques et fidèles musulmans assassinés dans leur lieu de culte, rabbins agressés en pleine rue. Églises, mosquées, synagogues attaquées et dégradées. Les trois religions du Livre souffrent d’une part et doivent lutter d’autre part contre l’intolérance qui peut se réveiller dans leurs recoins obscurs. Je pense au Liban, ce pays déchiré, ce pays hanté, ce pays au bord de la perdition, et je souhaite que les fantômes laissent enfin vivre les vivants. Je voudrais convoquer en ce jour particulier la leçon de Nathan le Sage. Dans cette pièce de Gotthold Ephraim Lessing, la tolérance religieuse et le message des Lumières se retrouvent dans cette œuvre essentielle qui réunit les trois religions autour d’un message d’unité. Et je voudrais insister sur une parabole dont la pièce se fait le relais : celle de l’anneau. Un père mourant n’a à léguer à ses trois fils qu’un anneau. Quel que soit son choix, il fera deux malheureux, deux mécontents. Il décide donc de faire forger deux répliques et de transmettre trois bagues, trois anneaux qu'il est impossible de distinguer les uns des autres. Lui-même ne sait plus retrouver parmi les trois l’anneau véritable. Ainsi, aucun de ses fils ne pourra jamais savoir avec certitude s’il est le possesseur du véritable anneau. Les fils y ont-ils alors perdu ? L’humanité se retrouve-t-elle héritière d’une vérité dégradée et corrompue ? Non, les trois fils sont appelés à apprendre ainsi – avec le temps- le doute, l’humilité, le respect de la sagesse paternelle, le message de la transmission qu’à leur tour il leur reviendra un jour d’assurer. Car ils sont les transmetteurs de bien plus que d’un patrimoine, ils sont les transmetteurs de l’idée même de transmission. En ce jour, comment ne pas voir ce qui rassemble plutôt que ce qui divise ? Comment ne pas lancer une pensée républicaine en direction de l’unité, de la réconciliation, de la volonté de vivre ensemble ? Le même message parcourt en effet ces différentes fêtes et l’esprit de notre République commune. On voudrait écarter les préoccupations spirituelles de la République. Mais c’est une erreur sur la laïcité qui n’est ni la loi du silence ni le désert du sens, mais la liberté, l’égalité et la fraternité des croyants et de leurs croyances. La mémoire et la transmission collective d’abord qu’exprime ce déchirant « L’an prochain à Jérusalem ! » qui a défini pendant tant de siècles le judaïsme de l’exil. Nos mémoires doivent être des mémoires d’espoir, toujours tournées vers l’avenir, vers le renouveau, vers la renaissance, c’est bien ce que nous disent ces fêtes de printemps où demeurent aussi des vestiges de croyances plus anciennes. Le souci de la commensalité, de l’accueil et de l’hospitalité, ensuite, deux exigences centrales de tout humanisme. En effet, la fête commence toujours à la porte du voisin. Là où attend l’inconnu, la rencontre, la différence, le visage. C’est le point de départ, douloureux mais en définitive joyeux, de ce poème déchirant que sont les Pâques à New York de Blaise Cendrars. Il y parle de solitude, d’exil et de besoin de la rencontre pour illuminer l’humanité. Il y évoque la difficile possibilité de la rencontre, et invoque la figure du Christ parmi les déshérités, ceux-là même qui ont le plus besoin que le message de la foi illumine la dureté de leur quotidien dans une vie de surconsommation et d’indifférence. Dans la chambre à côté, un être triste et muet Attend derrière la porte, attend que je l’appelle! Et enfin ce désir toujours trompé des hommes, la paix. Comment expliquer cette énigme du mal : tous nous voulons la paix, et pourtant partout et à toutes les époques, la violence, la force, la domination imposent leur loi. C’est le cœur du message urbi et orbi, à la ville et au monde : la paix est possible. Elle est dans vos mains, dans nos mains à tous, et pas seulement dans les mains des puissants de ce monde. N’en retenons qu’une chose, de Téhéran à Jérusalem, de Washington à Paris, la paix n’est pas une attente, elle est un appel. Dominique de Villepin ©️ Abraham et les trois anges, Marc Chagall, 1966.
Ce jour de Pâques n’est pas un jour comme les autres. Ni pour les chrétiens de France, ni pour toutes celles et ceux à qui s’adresse le message de renouveau, d’espérance et de rassemblement qui est en son cœur. Ce mois de Pâques n’est pas un mois comme les autres. En l’espace de deux semaines, le monde a fêté l’Aïd-el-Fitr qui clôt le mois de ramadan ; Norouz, cette fête ancestrale héritée du zoroastrisme persan que le peuple iranien a dû célébrer sous les bombes les Pâques chrétiennes ; Pessa'h, la Pâque juive, qui a commencé mercredi, sous les bombes elle aussi. Partout, les familles ont dressé des tables et mis les petits plats dans les grands, avec de l’agneau ou les sept plats des Haft Sîn, avec un gefilte fish, une carpe farcie, ou encore des cornes de gazelle et des makrout, des chocolats et des œufs. Ils ont partagé des rites et des rires d’enfants, des mots, des traditions, souvent en mêlant ceux qui croient, ceux qui ne croient pas et ceux qui croient autrement. Partout dans le monde, les femmes et les hommes se sont rassemblés, se rassemblent, se retrouvent pour célébrer ensemble un message de fraternité. Et pendant que les cloches sonnent, ce mois-ci, le berceau des religions abrahamiques est en feu. La religion sert à nouveau de stigmate, d’exclusion et d’appel à la guerre. Le patriarche latin de Jérusalem est empêché de tenir la messe des Rameaux, l’esplanade des mosquées est fermée. Chez nous, en France, en Europe, les haines contre les religions se sont enflammées dans les dix dernières années. Prêtres catholiques et fidèles musulmans assassinés dans leur lieu de culte, rabbins agressés en pleine rue. Églises, mosquées, synagogues attaquées et dégradées. Les trois religions du Livre souffrent d’une part et doivent lutter d’autre part contre l’intolérance qui peut se réveiller dans leurs recoins obscurs. Je pense au Liban, ce pays déchiré, ce pays hanté, ce pays au bord de la perdition, et je souhaite que les fantômes laissent enfin vivre les vivants. Je voudrais convoquer en ce jour particulier la leçon de Nathan le Sage. Dans cette pièce de Gotthold Ephraim Lessing, la tolérance religieuse et le message des Lumières se retrouvent dans cette œuvre essentielle qui réunit les trois religions autour d’un message d’unité. Et je voudrais insister sur une parabole dont la pièce se fait le relais : celle de l’anneau. Un père mourant n’a à léguer à ses trois fils qu’un anneau. Quel que soit son choix, il fera deux malheureux, deux mécontents. Il décide donc de faire forger deux répliques et de transmettre trois bagues, trois anneaux qu'il est impossible de distinguer les uns des autres. Lui-même ne sait plus retrouver parmi les trois l’anneau véritable. Ainsi, aucun de ses fils ne pourra jamais savoir avec certitude s’il est le possesseur du véritable anneau. Les fils y ont-ils alors perdu ? L’humanité se retrouve-t-elle héritière d’une vérité dégradée et corrompue ? Non, les trois fils sont appelés à apprendre ainsi – avec le temps- le doute, l’humilité, le respect de la sagesse paternelle, le message de la transmission qu’à leur tour il leur reviendra un jour d’assurer. Car ils sont les transmetteurs de bien plus que d’un patrimoine, ils sont les transmetteurs de l’idée même de transmission. En ce jour, comment ne pas voir ce qui rassemble plutôt que ce qui divise ? Comment ne pas lancer une pensée républicaine en direction de l’unité, de la réconciliation, de la volonté de vivre ensemble ? Le même message parcourt en effet ces différentes fêtes et l’esprit de notre République commune. On voudrait écarter les préoccupations spirituelles de la République. Mais c’est une erreur sur la laïcité qui n’est ni la loi du silence ni le désert du sens, mais la liberté, l’égalité et la fraternité des croyants et de leurs croyances. La mémoire et la transmission collective d’abord qu’exprime ce déchirant « L’an prochain à Jérusalem ! » qui a défini pendant tant de siècles le judaïsme de l’exil. Nos mémoires doivent être des mémoires d’espoir, toujours tournées vers l’avenir, vers le renouveau, vers la renaissance, c’est bien ce que nous disent ces fêtes de printemps où demeurent aussi des vestiges de croyances plus anciennes. Le souci de la commensalité, de l’accueil et de l’hospitalité, ensuite, deux exigences centrales de tout humanisme. En effet, la fête commence toujours à la porte du voisin. Là où attend l’inconnu, la rencontre, la différence, le visage. C’est le point de départ, douloureux mais en définitive joyeux, de ce poème déchirant que sont les Pâques à New York de Blaise Cendrars. Il y parle de solitude, d’exil et de besoin de la rencontre pour illuminer l’humanité. Il y évoque la difficile possibilité de la rencontre, et invoque la figure du Christ parmi les déshérités, ceux-là même qui ont le plus besoin que le message de la foi illumine la dureté de leur quotidien dans une vie de surconsommation et d’indifférence. Dans la chambre à côté, un être triste et muet Attend derrière la porte, attend que je l’appelle! Et enfin ce désir toujours trompé des hommes, la paix. Comment expliquer cette énigme du mal : tous nous voulons la paix, et pourtant partout et à toutes les époques, la violence, la force, la domination imposent leur loi. C’est le cœur du message urbi et orbi, à la ville et au monde : la paix est possible. Elle est dans vos mains, dans nos mains à tous, et pas seulement dans les mains des puissants de ce monde. N’en retenons qu’une chose, de Téhéran à Jérusalem, de Washington à Paris, la paix n’est pas une attente, elle est un appel. ©️ Abraham et les trois anges, Marc Chagall, 1966.
Gabriel García Márquez nous offre, avec L’Automne du patriarche, une expérience qui va au-delà de la littérature. Le dictateur dont il dresse le portrait est un archétype universel, une figure de solitude qui règne sur un palais en décomposition où le faste côtoie la moisissure, où l’apparat du pouvoir cache la décrépitude de sa légitimité. Dans ce flux hypnotique de phrases qui vous retirent l’air, je vois poindre le mécanisme de toutes les tyrannies : une atmosphère poisseuse qui envahit les corps et les consciences, transformant la réalité en un labyrinthe de rumeurs et de silences imposés. De cette immersion, je tire quatre leçons essentielles pour notre temps. D’abord, quand le pouvoir n’a plus de limites, il dévore le réel et brise la confiance, ce ciment invisible de la nation. Ensuite, la tyrannie se nourrit de la solitude des autres ; un peuple atomisé par la peur est un peuple déjà vaincu. Troisièmement, l’alternance est une véritable hygiène de civilisation, car la quête d’éternité du tyran ne produit que de la pourriture. Enfin, j’en retiens que le grotesque est une arme, le dictateur utilisant le récit et le mythe pour effacer les faits et s’installer dans l’imaginaire collectif. En 2026, ce texte résonne comme une boussole face à la fragilité de nos institutions. Il nous rappelle que la démocratie est une discipline exigeante, une conquête permanente, qui s’effondre dès que l’on accepte le mensonge ou l’homme providentiel. Ce roman est une mise en garde brûlante : la souveraineté véritable n’est pas celle d’un homme sur un peuple, mais celle d’un peuple sur lui-même. Il n’y a, au fond, aucune dignité possible sans vérité, ni de liberté sans le courage de briser le silence.
C’est pourquoi je propose aujourd’hui une Commission des Sages, sur le modèle de la Commission Stasi de 2003 sur la laïcité. Elle aurait vocation à définir de façon unitaire le racisme, de mettre en lumière le halo du racisme et de proposer des moyens de lutte unitaire tout en formulant des termes de référence et des exemples de ce qui doit être qualifié d’actes et de propos racistes, antisémites, islamophobes. Il faudra reconstruire la République à parts égales. Remettre en pleine lumière la part noire de la République, rappeler les Lumières noires qui depuis 1789 n’ont jamais cessé d’accompagner la pensée de la République. C’est Toussaint Louverture, c’est la Société des Amis des Noirs de 1791. C’est le mouvement de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar-Senghor qui transforme le stigmate en fierté. C’est la pensée d’Edouard Glissant qui invente une pensée en archipel qui donne toute sa place à l’héritage antillais de la France. Ce sont les tirailleurs sénégalais venus deux fois libérer le territoire métropolitain. Reconstruire la France en entier, ni la nouvelle France, ni la France de souche, mais cette France vivante, universelle, diverse qui a fait notre force et notre place dans le monde depuis un quart de millénaire. Dominique de Villepin 3/3
Le halo du racisme, c’est la face immergée de l’iceberg que tous nos concitoyennes et concitoyens noirs connaissent très bien. Les regards de travers, les silences au supermarché, c’est la demande insistante sur les origines, « non pas la ville de naissance, le pays, le vrai, là-bas, vous savez ». Le halo du racisme, c’est le racisme qui se croit positif : Vous les Noirs qui êtes si joyeux, vous qui avez le rythme dans la peau, vous qui avez des prédispositions pour le sport. Le halo du racisme, c’est le racisme silencieux des discriminations au logement à l’emploi. C’est le parcours du combattant chaque jour. C’est le racisme involontaire qui invisibilise sous prétexte d’universalisme. Le racisme oublieux qui a oblitéré la mémoire des Noirs dans notre Histoire. Le halo du racisme, c’est aussi d’essentialiser des binationaux qui sont une chance et non une menace pour notre pays, de leur faire croire qu’ils ne sont pas des vrais Français, de semer le doute sur leur amour de la France et de leur fidélité parce qu’ils ne seraient pas « de souche ». Le halo du racisme, le pire peut-être, c’est celui où à force depuis l’enfance d’y avoir été confronté, on intègre l’idée que c’est comme ça, on n’a pas les mêmes droits, pas les mêmes perspectives. Le halo du racisme, c’est ce qui doit nous conduire à conclure que le racisme est déjà au pouvoir. Que le racisme est déjà et encore systémique. Que certes le combat de 2027, c’est d’empêcher le triomphe de ceux qui propagent cette imagerie raciste et qui ont été souvent condamnés pour l’avoir fait. Mais ce sera aussi le combat du déracinement du racisme qui est déjà là. La fosse est profonde et elle doit être curée à fond. Et c’est justement à cause du halo du racisme que je suis favorable à une liberté d’expression très large et que je ne suis pas favorable à l’interdiction de CNews aujourd’hui. La clandestinité du racisme ne le rend pas moins dangereux, vicieux, purulent. C’est ce racisme des bas-fonds qui rend le racisme en pleine lumière possible, pas l’inverse. L’antiracisme, ce n’est pas repeindre la façade républicaine. Ça c’était le mitterrandisme, c’était SOS Racisme. Ça n’a conduit qu’à des récupérations, des instrumentalisations et un antiracisme d’affichage officiel, donneur de leçons. Regardez où nous en sommes aujourd’hui plus de quarante ans plus tard ! Quelque chose s’est perdu dans les dernières années. C’est l’unité du combat contre toutes les discriminations qui est le cœur battant de la République. Des guerriers culturels ont eu l’idée de diviser les uns et les autres, de mettre en concurrence les victimes du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie. Dans le même temps, ils ont entrepris de vider ces définitions de leur contenu. 2/3
C’est pourquoi je propose aujourd’hui une Commission des Sages, sur le modèle de la Commission Stasi de 2003 sur la laïcité. Elle aurait vocation à définir de façon unitaire le racisme, de mettre en lumière le halo du racisme et de proposer des moyens de lutte unitaire tout en formulant des termes de référence et des exemples de ce qui doit être qualifié d’actes et de propos racistes, antisémites, islamophobes. Il faudra reconstruire la République à parts égales. Remettre en pleine lumière la part noire de la République, rappeler les Lumières noires qui depuis 1789 n’ont jamais cessé d’accompagner la pensée de la République. C’est Toussaint Louverture, c’est la Société des Amis des Noirs de 1791. C’est le mouvement de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar-Senghor qui transforme le stigmate en fierté. C’est la pensée d’Edouard Glissant qui invente une pensée en archipel qui donne toute sa place à l’héritage antillais de la France. Ce sont les tirailleurs sénégalais venus deux fois libérer le territoire métropolitain. Reconstruire la France en entier, ni la nouvelle France, ni la France de souche, mais cette France vivante, universelle, diverse qui a fait notre force et notre place dans le monde depuis un quart de millénaire. Dominique de Villepin 3/3
L’URGENCE DU REVEIL REPUBLICAIN CONTRE LE RACISME Le racisme contre les Noirs est à nouveau en pleine lumière. Les propos inacceptables de certains intervenants de CNews sur le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ne doivent pas seulement être condamnés, ils doivent donner lieu à une mobilisation, une prise de conscience et la naissance d’un mouvement de renouveau républicain autour d’un nouvel antiracisme. La France Humaniste, à travers la présence de son président, Benoît Jimenez, s’associe à la manifestation de Saint Denis, ce samedi 5 avril 2026, pour appeler à la vigilance et à l’action contre le racisme. Mais il faut aller bien au-delà. Il faut saisir ce moment pour mettre en pleine lumière ce halo du racisme sur lequel prospère le discours identitaire. Du côté de l’extrême droite et même d’une droite de plus en plus identitaire, la parole est, comme il est devenu coutumier de dire, de plus en plus « décomplexée ». C’est en général l’ironie grasse d’un sentiment de supériorité pour le moins mal inspiré. La paroleconfine même au délire, au prurit et au retour du refoulé. Comment ne pas s’étonner lorsqu’il y a quelques années un ancien président de la République ironisait sur le changement de titre du roman d’Agatha Christie « Dix petits nègres » en « Ils étaient dix » en commentant « Je ne sais plus, on a le droit de dire “singe“? ». Sur CNews encore et toujours, des savants de pacotille se promènent avec une mappemonde des QI moyen des différents pays. Du côté du macronisme, on a le sentiment de l’ignorance crasse, d’une indifférence nonchalante. Il faut des jours avant une réaction du gouvernement quand bien souvent les condamnations fusent à la minute. Et la France s’honore-t-elle en s’abstenant, aux Nations Unies, sur le vote d’une motion condamnant le commerce triangulaire, c’est-à-dire la traite esclavagiste, à laquelle elle a participé jadis ? Pire, lorsqu’à l’Assemblée Nationale une question au gouvernement est posée sur cette condamnation du commerce triangulaire, c’est le ministre du commerce extérieur qui vient répondre. C’est comme si le Ministre des sports venait répondre à une question sur la rafle du Vel’d’Hiv’. Du côté de certaines parties de la gauche, il y a cet autre réflexe mortel : « la victime n’est pas assez belle ». Sous prétexte que c’est LFI, on tord le nez, on regarde ailleurs. C’est un manque de courage politique accablant qui conduit à renoncer au combat pour une République meilleure. Alors le halo du racisme, c’est quoi ? Le halo du racisme, c’est en effet la méthode CNews : l’insinuation, le mot code, le « sifflet pour chiens » dit-on outre-Atlantique, c’est-à-dire ces ultrasons qui permettent de s’adresser aux uns sans que les autres entendent. L’élément de langage, c’était « tribal ». Avec des variations virtuoses pour bien installer dans les inconscientsl’imagerie Banania : les cases en rond, l’arbre à palabres, les hommes nus qui dansent et, tant que vous y êtes, l’os en travers du nez et le festin cannibale. Le halo du racisme, c’est aussi bien plus, c’est le club des candidats du Rassemblement National dont on découvre à chaque campagne électorale, pour l’oublier juste après, que tant d’entre eux se prélassent dans les propos abjects, contre les Noirs, contre les Arabes, contre les Juifs. Tout ce ressentiment rance qui reste dans l’ombre et qu’on ne voit que par accident. Le halo du racisme, c’est aussi la pile d’immondice des boucles WhatsApp ou des pages Facebook ou des fils X (twitter) quidégorgent de blagues immondes, d’insultes et de bêtise crasse grâce auxquelles on se fait accepter dans sa petite communauté. Le racisme aujourd’hui, en France, il faut regarder la réalité effrayante en face, c’est un lien social. 1/3
Le halo du racisme, c’est la face immergée de l’iceberg que tous nos concitoyennes et concitoyens noirs connaissent très bien. Les regards de travers, les silences au supermarché, c’est la demande insistante sur les origines, « non pas la ville de naissance, le pays, le vrai, là-bas, vous savez ». Le halo du racisme, c’est le racisme qui se croit positif : Vous les Noirs qui êtes si joyeux, vous qui avez le rythme dans la peau, vous qui avez des prédispositions pour le sport. Le halo du racisme, c’est le racisme silencieux des discriminations au logement à l’emploi. C’est le parcours du combattant chaque jour. C’est le racisme involontaire qui invisibilise sous prétexte d’universalisme. Le racisme oublieux qui a oblitéré la mémoire des Noirs dans notre Histoire. Le halo du racisme, c’est aussi d’essentialiser des binationaux qui sont une chance et non une menace pour notre pays, de leur faire croire qu’ils ne sont pas des vrais Français, de semer le doute sur leur amour de la France et de leur fidélité parce qu’ils ne seraient pas « de souche ». Le halo du racisme, le pire peut-être, c’est celui où à force depuis l’enfance d’y avoir été confronté, on intègre l’idée que c’est comme ça, on n’a pas les mêmes droits, pas les mêmes perspectives. Le halo du racisme, c’est ce qui doit nous conduire à conclure que le racisme est déjà au pouvoir. Que le racisme est déjà et encore systémique. Que certes le combat de 2027, c’est d’empêcher le triomphe de ceux qui propagent cette imagerie raciste et qui ont été souvent condamnés pour l’avoir fait. Mais ce sera aussi le combat du déracinement du racisme qui est déjà là. La fosse est profonde et elle doit être curée à fond. Et c’est justement à cause du halo du racisme que je suis favorable à une liberté d’expression très large et que je ne suis pas favorable à l’interdiction de CNews aujourd’hui. La clandestinité du racisme ne le rend pas moins dangereux, vicieux, purulent. C’est ce racisme des bas-fonds qui rend le racisme en pleine lumière possible, pas l’inverse. L’antiracisme, ce n’est pas repeindre la façade républicaine. Ça c’était le mitterrandisme, c’était SOS Racisme. Ça n’a conduit qu’à des récupérations, des instrumentalisations et un antiracisme d’affichage officiel, donneur de leçons. Regardez où nous en sommes aujourd’hui plus de quarante ans plus tard ! Quelque chose s’est perdu dans les dernières années. C’est l’unité du combat contre toutes les discriminations qui est le cœur battant de la République. Des guerriers culturels ont eu l’idée de diviser les uns et les autres, de mettre en concurrence les victimes du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie. Dans le même temps, ils ont entrepris de vider ces définitions de leur contenu. 2/3
L’URGENCE DU REVEIL REPUBLICAIN CONTRE LE RACISME Le racisme contre les Noirs est à nouveau en pleine lumière. Les propos inacceptables de certains intervenants de CNews sur le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ne doivent pas seulement être condamnés, ils doivent donner lieu à une mobilisation, une prise de conscience et la naissance d’un mouvement de renouveau républicain autour d’un nouvel antiracisme. La France Humaniste, à travers la présence de son président, Benoît Jimenez, s’associe à la manifestation de Saint Denis, ce samedi 5 avril 2026, pour appeler à la vigilance et à l’action contre le racisme. Mais il faut aller bien au-delà. Il faut saisir ce moment pour mettre en pleine lumière ce halo du racisme sur lequel prospère le discours identitaire. Du côté de l’extrême droite et même d’une droite de plus en plus identitaire, la parole est, comme il est devenu coutumier de dire, de plus en plus « décomplexée ». C’est en général l’ironie grasse d’un sentiment de supériorité pour le moins mal inspiré. La paroleconfine même au délire, au prurit et au retour du refoulé. Comment ne pas s’étonner lorsqu’il y a quelques années un ancien président de la République ironisait sur le changement de titre du roman d’Agatha Christie « Dix petits nègres » en « Ils étaient dix » en commentant « Je ne sais plus, on a le droit de dire “singe“? ». Sur CNews encore et toujours, des savants de pacotille se promènent avec une mappemonde des QI moyen des différents pays. Du côté du macronisme, on a le sentiment de l’ignorance crasse, d’une indifférence nonchalante. Il faut des jours avant une réaction du gouvernement quand bien souvent les condamnations fusent à la minute. Et la France s’honore-t-elle en s’abstenant, aux Nations Unies, sur le vote d’une motion condamnant le commerce triangulaire, c’est-à-dire la traite esclavagiste, à laquelle elle a participé jadis ? Pire, lorsqu’à l’Assemblée Nationale une question au gouvernement est posée sur cette condamnation du commerce triangulaire, c’est le ministre du commerce extérieur qui vient répondre. C’est comme si le Ministre des sports venait répondre à une question sur la rafle du Vel’d’Hiv’. Du côté de certaines parties de la gauche, il y a cet autre réflexe mortel : « la victime n’est pas assez belle ». Sous prétexte que c’est LFI, on tord le nez, on regarde ailleurs. C’est un manque de courage politique accablant qui conduit à renoncer au combat pour une République meilleure. Alors le halo du racisme, c’est quoi ? Le halo du racisme, c’est en effet la méthode CNews : l’insinuation, le mot code, le « sifflet pour chiens » dit-on outre-Atlantique, c’est-à-dire ces ultrasons qui permettent de s’adresser aux uns sans que les autres entendent. L’élément de langage, c’était « tribal ». Avec des variations virtuoses pour bien installer dans les inconscientsl’imagerie Banania : les cases en rond, l’arbre à palabres, les hommes nus qui dansent et, tant que vous y êtes, l’os en travers du nez et le festin cannibale. Le halo du racisme, c’est aussi bien plus, c’est le club des candidats du Rassemblement National dont on découvre à chaque campagne électorale, pour l’oublier juste après, que tant d’entre eux se prélassent dans les propos abjects, contre les Noirs, contre les Arabes, contre les Juifs. Tout ce ressentiment rance qui reste dans l’ombre et qu’on ne voit que par accident. Le halo du racisme, c’est aussi la pile d’immondice des boucles WhatsApp ou des pages Facebook ou des fils X (twitter) quidégorgent de blagues immondes, d’insultes et de bêtise crasse grâce auxquelles on se fait accepter dans sa petite communauté. Le racisme aujourd’hui, en France, il faut regarder la réalité effrayante en face, c’est un lien social. 1/2
« D'où vient que la maison se casse en deux à l’intérieur de nous. » - Khalil Hawi Ce grand poète libanais s'est suicidé en 1982 en apprenant l'occupation de son pays. Nous franchissons une nouvelle étape dans l'histoire du Liban. Chaque Libanais est aujourd'hui victime d'une nouvelle agression. Chaque Libanais est divisé en deux. Et le pays se divise entre des visions irréconciliables. Mesurons notre responsabilité de Français, d'Européens, vis-à-vis de ce peuple ami. Cette tragédie nous concerne, nous Français, plus que tout autre. Ce qui se casse là-bas peut annoncer ce qui, demain, pourrait se briser en Europe même.
« D'où vient que la maison se casse en deux à l’intérieur de nous. » - Khalil Hawi Ce poète libanais s'est suicidé en 1982 quand il a appris l'occupation de son pays. Nous franchissons une nouvelle étape dans l'histoire du Liban. Chaque Libanais aujourd'hui est divisé en deux. Entre ceux qui considèrent que le Hezbollah est un parti de la résistance et ceux qui considèrent que le Hezbollah prend en otage le Liban. Nous sommes en train de jouer avec la vie des peuples, avec la vie des gens.
Si la France voit Marine le Pen ou Jordan Bardella gagner l’élection présidentielle, c’est toute l’Europe qui bascule dans le camp des populistes. Et qui dirigera la France ? Monsieur Trump. https://t.co/Udq7itifXm
Il faut dire la vérité aux Français. Nous sommes devant une crise économique, nous sommes devant une crise stratégique, mais aussi devant une crise du modèle écologique. Et d’abord, il faut aider ceux qui sont le plus en souffrance dans notre pays. Je propose donc que les Maires et les intercommunalités puissent distribuer des « cartes carburant » à ceux qui ont besoin de leur voiture et qui sont en souffrance.
À ce soir ! @LCI https://t.co/4RIV41X4Yq