Le halo du racisme, c’est la face immergée de l’iceberg que tous nos concitoyennes et concitoyens noirs connaissent très bien. Les regards de travers, les silences au supermarché, c’est la demande insistante sur les origines, « non pas la ville de naissance, le pays, le vrai, là-bas, vous savez ». Le halo du racisme, c’est le racisme qui se croit positif : Vous les Noirs qui êtes si joyeux, vous qui avez le rythme dans la peau, vous qui avez des prédispositions pour le sport. Le halo du racisme, c’est le racisme silencieux des discriminations au logement à l’emploi. C’est le parcours du combattant chaque jour. C’est le racisme involontaire qui invisibilise sous prétexte d’universalisme. Le racisme oublieux qui a oblitéré la mémoire des Noirs dans notre Histoire. Le halo du racisme, c’est aussi d’essentialiser des binationaux qui sont une chance et non une menace pour notre pays, de leur faire croire qu’ils ne sont pas des vrais Français, de semer le doute sur leur amour de la France et de leur fidélité parce qu’ils ne seraient pas « de souche ». Le halo du racisme, le pire peut-être, c’est celui où à force depuis l’enfance d’y avoir été confronté, on intègre l’idée que c’est comme ça, on n’a pas les mêmes droits, pas les mêmes perspectives. Le halo du racisme, c’est ce qui doit nous conduire à conclure que le racisme est déjà au pouvoir. Que le racisme est déjà et encore systémique. Que certes le combat de 2027, c’est d’empêcher le triomphe de ceux qui propagent cette imagerie raciste et qui ont été souvent condamnés pour l’avoir fait. Mais ce sera aussi le combat du déracinement du racisme qui est déjà là. La fosse est profonde et elle doit être curée à fond. Et c’est justement à cause du halo du racisme que je suis favorable à une liberté d’expression très large et que je ne suis pas favorable à l’interdiction de CNews aujourd’hui. La clandestinité du racisme ne le rend pas moins dangereux, vicieux, purulent. C’est ce racisme des bas-fonds qui rend le racisme en pleine lumière possible, pas l’inverse. L’antiracisme, ce n’est pas repeindre la façade républicaine. Ça c’était le mitterrandisme, c’était SOS Racisme. Ça n’a conduit qu’à des récupérations, des instrumentalisations et un antiracisme d’affichage officiel, donneur de leçons. Regardez où nous en sommes aujourd’hui plus de quarante ans plus tard ! Quelque chose s’est perdu dans les dernières années. C’est l’unité du combat contre toutes les discriminations qui est le cœur battant de la République. Des guerriers culturels ont eu l’idée de diviser les uns et les autres, de mettre en concurrence les victimes du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie. Dans le même temps, ils ont entrepris de vider ces définitions de leur contenu. 2/3