Je veux m’adresser aujourd’hui aux consciences, aux peuples, aux Etats, pour que soient enfin rompus le silence et l’inaction. Pour que chacun, intellectuel, artiste, citoyen, là où il est, prenne position clairement, fermement, immédiatement. Pour que cesse cette complicité passive qui rend possibles les pires tragédies humaines. Car demain, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Nous savons, nous voyons, nous comprenons. Nous avons le devoir moral absolu d’agir, de parler, de nous opposer à cette folie meurtrière qui se déroule devant nous. Reconnaître cette vérité doit plus que jamais nous conduire à refuser tout amalgame, toute essentialisation, à rester attentifs et vigilants pour prévenir tout regain d’antisémitisme. Il est temps que la France et les nations du monde retrouvent la parole perdue de l’honneur, celle qui refuse le génocide, celle qui refuse l’inhumain. Il est temps de revenir à ce devoir premier de toute politique : protéger les vies humaines, empêcher l’irréparable, préserver l’humanité en chacun de nous. Aujourd’hui, l’histoire se déroule implacablement. Elle nous juge déjà. Ne lui laissons pas dire que nous avons échoué à sauver Gaza. Ne lui laissons pas dire que nous avons été complices par lâcheté ou par indifférence. D’autant plus que nous savons que nous pouvons agir. Nous savons que nos États sont en mesure d’apporter des réponses concrètes : en décrétant la suspension immédiate de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, tant que les violations des droits humains persistent ; en soutenant activement la poursuite effective des responsables israéliens devant la Cour pénale internationale et en appliquant ses mandats d’arrêt ; en organisant l’acheminement urgent de l’aide humanitaire par le biais d’une intervention armée légitime,motivée par le devoir international de protéger les populations civiles ; en ouvrant les portes de Gaza aux journalistes du monde entier car, plus que jamais, nous avons le droit et le devoir de savoir ; en amplifiant la mobilisation internationale pour la reconnaissance d’un Etat palestinien viable, capable de protéger ses citoyens et de vivre en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. Mais au-delà de tous ces moyens à notre disposition, c’est aujourd’hui la mobilisation de chacun d’entre nous, partout dans le monde, exprimant clairement et fermement son refus de l’inacceptable. Seuls, nous ne pouvons rien. Ensemble, nous pouvons tout. [2/2] Dominique de Villepin