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Dominique de Villepin

2026-06-12 19:36 original

Ce que Paris ne comprend pas. Réconcilier la France avec elle-même   Lundi, j’étais à Thorigny-sur-Marne, à l’invitation de sa Maire, Bouchra Fenzar-Rizki et en présence de nombreux élus du territoire. Avant cela, à Saint-Etienne, Sens, Strasbourg, Rennes, Nantes, Toulouse, Damazan Fort-de-France et tant d’autres, je suis allé, des mois durant, à la rencontre de ceux qui font le pays. Maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux, élus locaux qui, chaque jour, tiennent le fil de la République dans des territoires que Paris regarde trop souvent de loin. Et parfois, de haut. Partout, un mot revient : « il faut faire confiance ». Confiance aux élus. Confiance aux territoires. Confiance à ceux qui connaissent leur ville, leur village, mieux que n’importe quel bureau de Bercy. Aujourd’hui, la relation entre l’État et les territoires est bloquée par trois impasses, qui s’alimentent mutuellement. La première de ces impasses, c’est la défiance réciproque.L’Etat ne fait plus confiance aux élus locaux pour porter l’intérêt général. Il contrôle, il norme, il multiplie les injonctions et les conditions. Les collectivités, en retour, ne font plus confiance à l’État pour tenir ses engagements financiers. Trop souvent, elles ont vu les dotations se réduire, les compétences être transférées sans que les moyens ne suivent, les budgets être construits sans elles, puis leur être imposés au forceps. La deuxième impasse, c’est celle de la bureaucratie, du millefeuille devenu illisible. La décentralisation a multiplié les acteurs sans clarifier les responsabilités. Elle devait simplifier, elle a complexifié. Communes, intercommunalités, départements, régions, agences publiques et parapubliques, préfectures : chacun tient un bout de compétence, tout le monde marche sur les pieds de tout le monde, et au bout du fil, ce sont les citoyens qui n’y comprennent plus rien et qui ne font plus confiance à la politique. La troisième impasse, c’est le court-termisme budgétaire. Tout pacte territorial sérieux exige une visibilité pluriannuelle. Les collectivités ne peuvent investir et planifier que si elles savent ce qu’elles auront dans trois ans. Or l’État opère à flux tendu. Les derniers budgets votés par le Parlement en ont été l’illustration caricaturale, avec des collectivités apprenant en cours d’année qu’on leur reprenait des ressources sur lesquelles elles avaient déjà engagé des dépenses. Ces trois impasses forment un triangle d’impossibilité : la défiance empêche le dialogue, le millefeuille empêche l’identification des responsables, l’instabilité budgétaire empêche l’engagement dans la durée. Nous devons remettre le pays en mouvement. L’Histoire enseigne que notre pays est à la recherche constante du principe d’unité qui le maintient en forme et de la liberté locale qui le maintient en vie. Chaque époque cherche son propre équilibre, chaque essor est suivi d’une période de complication, de doute, d’accumulation qui demande à être clarifiée. Comme par exemple l’Ancien Régime cherchant à se dépêtrer de ses Parlements et de ses provinces par la rationalisation de l’action de l’Etat absolutiste, mais sans parvenir à maintenir le point d’équilibre, ce qui conduisit à l’effondrement en 1789. Dans le mouvement éternel de l’Histoire, la France a toujours su trouver le chemin de crête pour éviter de sacrifier l’unité nationale sur l’autel de la différenciation et de noyer la vitalité des territoires dans les eaux troubles de la centralisation. Parce que sans un État fort, garant de l’équité et de la cohérence, il n’y a pas de nation mais un archipel. Et sans des territoires puissants, capables d’agir et de décider, il n’y a pas de démocratie vivante. Alors n’obligeons pas la France à choisir entre ces deux exigences, et réconcilions l’État avec ses territoires. [1/2]