Cela repose sur trois principes. D’abord, l’État stratège et les territoires acteurs : l’État fixe les objectifs nationaux, contractualise sur des trajectoires pluriannuelles, et dote les élus d’outils de pilotage réels. Les maires et les présidents de région doivent travailler ensemble pour changer leur territoire. Ils ne seront plus juste des exécutants de décisions prises ailleurs. Cela suppose des moyens humains déconcentrés, à travers un sous-préfet chargé d’assister les communes et intercommunalités. Il faut passer d’une logique de contrôle à une logique d’assistance. La décarbonation du quotidien a vocation à être mise en œuvre à l’échelle de proximité, la commune. L’État doit répartir l’effort commune par commune, en vertu de critères objectifs - caractéristiques sociales, état du bâti, dépendance à la voiture, capacité d’investissement -, avec une enveloppe pluriannuelle permettant de financer la rénovation, les mobilités, les réseaux, l’adaptation climatique et les projets concrets de transition. Ensuite, la péréquation sera améliorée pour rendre justice aux territoires. L'égalité ne signifie pas que tout soit identique partout, mais plutôt que chaque territoire ait les moyens d'assurer les services essentiels comme l'école, la santé, les transports et l'accès au numérique, en fonction du nombre de ses habitants, de la réalité de sa sociologie et de sa démographie. Cela suppose, comme pour la justice sociale, que nous ayons des moyens de mesurer la justice territoriale et il faut pour cela créer un Haut Conseil des Territoires chargé d’évaluer les caractéristiques des collectivités et le partage nécessaire de l’effort. Il faut ensuite une loi de financement pluriannuelle permettant d’engager des projets sérieux. Enfin, les communes et les collectivités doivent avoir leur voix au chapitre pour une démocratie plus représentative et un aménagement du territoire concerté. Je propose depuis plusieurs années un Conseil des territoires, présidé par le président de la République et composé des présidents de région, pour orienter efficacement la transformation territoriale. De plus, une Assemblée des communes permettrait aux maires de débattre et de se prononcer sur les grandes orientations nationales ayant un impact direct sur la vie locale. Ce pacte n’est pas une réforme parmi d’autres. C’est une refondation du contrat entre l’État et ceux qui font vivre la République au quotidien. Il exige que l’État accepte de ne plus être le seul à savoir. Il exige que les collectivités acceptent de porter une responsabilité accrue. Il exige, de part et d’autre, ce que tous les maires que j’ai rencontrés réclament : la confiance. Dominique de Villepin ©️ Frédéric Guillet/ Adobe Stock [2/2]