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Dominique de Villepin

2026-06-13 20:11 reply

D’abord, première liberté, nous devons être libres en tant que Français et Européens. C’est une technologie que nous ne pouvons nous permettre de rater. Il n’est pas d’investissement en la matière que nous puissions juger trop coûteux. Car celui qui subira devra obéir et payer tribut.  Il est essentiel que nous nous dotions des instruments d’une IA de bien commun, un modèle d’IA visant l’intelligence artificielle générale et répondant à trois obligations, être souveraine, sûre et sobre. J’entends souvent dire, c’est trop tard, c’est impossible. L’enjeu est trop haut pour que nous puissions risquer le défaitisme. Cela suppose de nous renforcer de façon réaliste et systématique sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA : énergie, semi-conducteurs, data centers, cloud, algorithmes entraînés, agents IA. Cela suppose de changer de méthode et de braquet. Il faut une implication plus forte de la puissance publique, comme cofondatrice de projets entrepreneuriaux et de nouveaux modèles, sans la lourdeur bureaucratique de la tutelle étatique. Un Etat coactionnaire et cofondateur, associé à d’autres Etats européens volontaires, et même au-delà à des pays aux besoins similaires comme le Canada, l’Australie, la Grande Bretagne ou le Japon, à condition de certains garde-fous, à l’image d’un consortium international comme nous l’avons fait pour ITER sur la fusion nucléaire à Cadarache, d’un côté, et à des entrepreneurs et capitaux privés de l’autre, notamment les immenses talents européens revenant d’outre-Atlantique. J’assume l’idée d’unpilotage nationalisé, plus précisément européanisé de l’effort d’intelligence artificielle et de calcul quantique, appuyée sur la mobilisation déterminée de la commande publique. Outre ces capitaux initiaux, dans le cadre d’un consortium européen fonctionnant aussi comme un centre d’expertise, de recherche et d’innovation à la manière d’un CEA de l’intelligence artificielle, il faudra mobiliser avec nos partenaires des centaines de milliards d’euros en capacité de calcul réservée, utilisant les ressources disponibles et pour l’heure excédentaires grâce à une électricité encore abordable en France, issue de notre parc électronucléaire historique. Ce sera le rôle d’un fonds de souveraineté et de solidarité, adossé à des emprunts européens, de mobiliser l’épargne française en faveur de ces investissements indispensables. Il aura vocation à mettre en place un volet de capitalisation publique et à rendement garanti, ainsi que de drainer une part de l’épargne par des incitations fiscales et successorales, tout en concentrant tous nos instruments souverains existants. Il faudra également, par une politique de recherche ambitieuse, créer les conditions du retour de talents européens et de l’accueil de talents mondiaux. Cela suppose de renforcer toute la chaîne d’enseignement, notamment la remontée du niveau de mathématiques dans le primaire et le secondaire, qui doit devenir un chantier présidentiel directement piloté depuis la Présidence de la République. Mais il faut aussi renforcer, élargir, démocratiser l’accès aux filières d’ingénieur et de techniciens et surtout les féminiser. Deuxième liberté, nous devons être libres en tant qu’acteurs économiques, producteurs comme consommateurs. Cela suppose de tirer parti des avantages réels d’une adoption profonde de l’IA, notamment agentique, y compris dans les administrations publiques, dans la santé, dans l’enseignement, mais toujours pour renforcer la part qui revient à l’homme. Le principe doit être que l’IA augmente le salarié sans le remplacer. Cela suppose une grande loi d’accompagnement de l’IA qui instaure un pilotage des compétences, des formations de reconversion permises par un revenu de transition dans les métiers les plus à risque, financé par l’adoption de l’IA. [3/5]