Cela suppose de renforcer dès maintenant la participation des salariés au sein des grandes entreprises, autant en termes d’actionnariat salarial que de décision stratégique. Notamment en matière d’IA, les représentants des salariés doivent être systématiquement associés, dans le cadre d’un dialogue social technologique, aux décisions, de l’expérimentation au déploiement et à la mise en œuvre. L’IA menace de déborder et de tout emporter avec elle. C’est la tâche de notre époque de l’encastrer dans la société et la République en adaptant tous les cadres pour l’accueillir et la domestiquer. C’est notamment le cas d’une politique culturelle fondée sur les droits des auteurs, y compris quand ils choisissent librement de créer avec l’aide de l’IA. Troisième liberté, nous devons être libres de nos pensées, de nos récits, de notre imaginaire. La puissance publique doit conserver le dernier mot sur les usages d’IA. Cela suppose d’abord qu’elle les comprenne. Garant de l’intérêt général, l’Etat doit conserver sa capacité à décider et réguler. Cela passe d’abord par la réduction des asymétries d’information qui font des Etats les captifs des grands monopoles privés. Il faut pour cela une formation intense et continue de l’ensemble de la haute fonction publique en en faisant même le cœur de l’expertise administrative de demain. Il faut également nous doter d’un grand corps de spécialistes capables de saisir en temps réel les évolutions mondiales des disciplines et de permettre des décisions informées. Nous avons besoin également d’institutions renforcées. D’abord d’un Conseil de l’IA auprès du Président de la République qui doit être le véritable lieu de gouvernance de la politique nationale sur l’IA, quand elle est trop souvent retranchée à Bercy. Il s’agit en outre de fonder une Autorité de Sûreté de l’IA, homologue à l’Autorité de Sûreté du Nucléaire, aux larges prérogatives de saisine, d’enquête et d’autorisation de nouveaux déploiements, dont l’INESIA qui fédère, sous la houlette du Secrétariat Général à la Défense et à la Sécurité Nationale, les multiples acteurs du secteur, ANSSI, Inria, LNE, PeRN, est la préfiguration. Cela suppose aussi de mobiliser l’éducation nationale pour en faire le lieu de la domestication de l’IA par tous et un lieu de transmission renforcé des savoirs essentiels, de la pensée logique et critique, de l’intelligence émotionnelle et de l’empathie, de l’union du corps et de l’esprit par l’enseignement renforcé des arts, du sport, des techniques, puisque c’est là notre vraie différence avec les modèles d’IA. Léon XIV écrit ainsi :« Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité. Elles n’ont pas de conscience morale : elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations, n’assument pas le poids des conséquences. » Investir, instituer, instrumenter. Adopter, aligner, accompagner – voilà la triple exigence de l’IA de bien commun. Voilà la politique de civilisation capable de gouverner les usages de l’intelligence artificielle. Dans ce tournant, la France a un rôle particulier à jouer. Celui d’une nation d’ingénieurs et de savants, toujours en première ligne pour engager les grandes transformations, dotée de ressources énergétiques majeures. Une nation de principes et de lois, où la souveraineté populaire et la souveraineté nationale exigent la primauté de la puissance publique. [4/5]