Le 7 octobre 2023, le monstrueux a fait son retour sur la scène mondiale. Une attaque terroriste d’une telle horreur, d’une telle ampleur qu’elle a ouvert, au-delà des blessures de chair qui aujourd’hui encore continuent à faire souffrir les blessés d’alors et les familles endeuillées des 1221 morts de cette journée, une blessure d’être pour le peuple israélien qui ne s’est pas refermée depuis. L’angoisse existentielle s’est réveillée brutalement et avec elle le doute sur le pacte de sécurité que devait garantir la fondation de l’Etat d’Israël depuis 1948. Des centaines d’attaquants du Hamas ont pu franchir la frontière et abattre la foi dans l’inviolabilité du territoire israélien. Pendant de longues heures, ils ont pu s’en prendre aux populations civiles sans que les forces armées israéliennes ne puissent réagir, bousculées au petit matin par les razzias sur quelques forts entourant la bande de Gaza. Une fête joyeuse, le festival Nova, a été balayé par la haine. Des kibboutz ont été assiégés, envahis, ravagés par les terroristes. Rien n’a arrêté la main des tueurs, et au premier chef aucune retenue d’humanité envers des petits enfants, comme des vieillards. 251 otages ont été emmenés dans Gaza, maintenus en captivité dans des conditions terribles, dont un grand nombre a trouvé la mort avant les dernières libérations d’octobre 2025. Je veux aussi exprimer une pensée particulière pour les 42 victimes françaises tombées en ce jour terrible, ainsi que pour leurs familles. Depuis ce jour, s’est refermée sur Israël la prison spirituelle d’un éternel recommencement, d’un présent sans avenir, d’une vie nationale au jour le jour. Le 7 octobre, l’avenir a été fauché le premier, et avec lui la foi dans la paix, qui habitait tant de victimes. Un événement monstre a dévoré la politique, la raison, la confiance. Aujourd’hui, à l’approche des premières élections législatives en Israël depuis les attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023, la question posée est celle-ci : qui pourra refermer la plaie intérieure ? Qui pourra restaurer la confiance ? Qui pourra redonner un avenir ? C’est de la démocratie que doit venir la renaissance des possibles. Ce que nous dit la mémoire de ce jour, c’est que toute réconciliation semble aujourd’hui inimaginable. Ce que nous dit l’Histoire, cependant, c’est qu’il n’est pas d’horreur, pas de haine dont la paix ne puisse triompher. La paix est le seul honneur qu’il reste encore à rendre, aux victimes civiles du 7 octobre comme, dans un même souffle, aux victimes civiles des bombardements furieux qui ont ravagé Gaza pendant deux années. Parce que dans les guerres les plus cruelles, c'est la mémoire des morts qui doit ouvrir le chemin que pourront emprunter les vivants. Dominique de Villepin La Paix de Pablo Picasso, 1952. Huile sur bois, isorel, 4,70 m x 10,20 m, musée national Pablo Picasso.