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Dominique de Villepin

2026-10-10 15:54 original

Le Comité Nobel a décerné son Prix pour la Paix à Navi Pillay. C’est le choix d’honorer le travail de la justice internationale, de la poursuite des crimes contre l’humanité et de la défense du multilatéralisme. Navi Pillay a mis ses talents de juriste au service de la paix pendant toute sa carrière en présidant le Tribunal pénal international pour le Rwanda et dans ses fonctions de Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme. Le fait qu’elle ait reçu l’annonce de ce Prix Nobel au moment où elle se trouvait dans la salle d’audience n°600 à Nuremberg où eurent lieu les Procès de Nuremberg nous rappelle au devoir d’être à la hauteur de l’Histoire et de poursuivre le travail du droit et de la démocratie pour faire vivre pour tous les êtres humains la promesse : « Plus jamais ça ». Le jour même, les États-Unis annoncent des sanctions sur la Cour Pénale Internationale dont elle a été jadis l’une des magistrates. Les États-Unis condamnent un « tribunal voyou » (« rogue court ») et a déclaré son intention de « mutiler » ses capacités d’action. Ce n’est pas l’attitude d’un Etat membre des Nations Unies, encore moins d’une démocratie bicentenaire, c’est le langage des empires, pour qui le droit est toujours un frein à la loi du plus fort, et le mode opératoire des Etats voyous qui se drapent dans le « deux poids deux mesures » pour légitimer leurs régimes iniques. Il faut rappeler que depuis de longs mois, 13 magistrats de la CPI, plus de la moitié, dont le Français Nicolas Guillou, sont sous sanctions et subissent un harcèlement américain, abandonnés par ailleurs par la plupart des établissements bancaires, exprimant très concrètement l’étroit contrôle financier qu’exercent les Etats Unis et le dollar sur la finance globale. Il faut rappeler également que les États-Unis mènent une campagne depuis cet été pour obtenir le retrait d’Etats africains, sous pression de l’administration Trump, pour réduire la portée du Statut de Rome de 1998, qui compte aujourd’hui 125 Etats-parties. Il est temps que l’Europe et la France ripostent par les moyens à leur disposition. D’abord en se mettant à l’abri des chantages par des moyens souverains de paiement, d’échange, de communication et d’intelligence artificielle. Ensuite par une politique courageuse d’immunisation des institutions internationales des mesures de sanction. Enfin par des sanctions réciproques contre les entités appliquant des sanctions contraires au droit international comme le sont celles des Etats Unis. La défense du droit international et du multilatéralisme doit être un combat commun, partagé par les Européens et le Sud Global au nom d’un autre ordre mondial encore possible. Dominique de Villepin ©️ Photo : RFI