L’annonce de bombardements israéliens massifs sur Beyrouth-Sud et d’une nouvelle invasion terrestre fait planer sur le Liban le retour aux heures les plus sombres. Elle s’inscrit dans une conception illimitée des intérêts de sécurité qui, sous prétexte de protection, prive un pays déjà exsangue de toute chance de stabilité politique, sociale et économique, clé d’une démilitarisation indispensable du Hezbollah. Car il faut aussi le dire : la logique d’escalade du Hezbollah, aventureuse et irresponsable, enferme le Liban dans une guerre qui n’est pas la sienne. Elle transforme tout un peuple en bouclier et en monnaie d’échange, et compromet la possibilité même d’un État souverain. Le Liban n’a pas besoin d’une guerre de plus. Il a besoin d’un État, d’institutions, d’un horizon. À force de traiter ce territoire comme une zone grise où tout serait permis, on fabrique l’inverse de la sécurité : on fabrique la revanche, la radicalisation, le chaos. La France ne peut pas trahir l’esprit de son amitié ancienne et profonde pour le Liban en se réfugiant dans le silence ou dans des formules d’équilibre qui ne nomment pas les choses. Être l’ami d’un peuple, ce n’est pas l’abandonner au fait accompli. C’est défendre le droit, la protection des civils, et une voie de désescalade. « Non à la guerre. » Oui à la souveraineté du Liban. Oui au droit, partout, sans deux poids deux mesures. Dominique de Villepin Credit photo: Banlieue Sud de Beyrouth, le 2 mars après un bombardement israélien. Mohammad Yassine / L’Orient-Le Jour.
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
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Oui, il y a de la férocité chez Julien Gracq, et une énigme qui plonge au fond de notre temps. Il y a aussi chez Julien Gracq une ironie, de la poésie, de l’attente, de la joie, de la douleur et de la force. Il y a chez Julien Gracq les contradictions du monde et celles de l’individu. Il y a finalement, chez Julien Gracq, un ferment d’humanisme dont nous pouvons aujourd’hui écouter la voix. Dans Le Rivage des Syrtes, publié en 1951, Aldo est affecté aux Syrtes, poste frontière maritime d’Orsenna face au Farghestan, dans une guerre endormie depuis des siècles. Et dans ce roman de l’attente, où il ne se passe presque rien, sinon la promesse du mouvement, nous trouvons des leçons pour 2026. La première, c’est que quand une société confond la paix avec la torpeur, elle finit par désirer la secousse, et la crise devient un divertissement dangereux. La deuxième, c’est que la transgression est un glissement. De la curiosité au désir d’événement, de l’impatience à l’irréparable. Les grands drames sont un enchaînement de petits pas. La troisième, c’est que la paix est une construction, une retenue, une patience. Préférer l’équilibre, le sens donné aux choses, l’action commune, plutôt que le spectaculaire, c’est préserver notre monde. La quatrième, la plus terrible peut-être. Il n’y a pas de bouton « annuler » dans l’Histoire. Pas de retour en arrière. Attention aux décisions prises « pour voir ». La vraie grandeur réside souvent dans la capacité à supporter le silence de la mer. Dominique de Villepin
Remplacer un empire iranien par un autre empire n’aura en rien créé les conditions d’une paix durable. Il y a désormais deux issues. Soit la répétition constante de la même logique de bombardement, dans une stratégie de la « tondeuse à gazon », comme dit l’armée israélienne, étendue à une grande région du monde. Soit la transformation de l’Iran en proxy de l’axe Washington-Tel Aviv. Mais un Iran « vassalisé » serait une bombe politique à retardement. Il produirait mécaniquement de nouvelles oppositions, de nouvelles radicalités, de nouvelles déstabilisations, parce qu’on n’humilie pas durablement une nation sans fabriquer demain la revanche. Cette dynamique pourrait réactiver le terreau du terrorisme et alimenter la tentation généralisée de la prolifération. Le rôle de l’Europe. Le Moyen-Orient est malade de la pauvreté et du mal développement, avec des inégalités de richesses colossales. Cette guerre, en installant l’insécurité et en rendant l’économie captive des armes, détourne les ressources des peuples vers la survie et la rente, et accélère l’évasion des richesses au profit de logiques de puissance. Cette guerre qui ne peut être étrangère à la volonté de maîtrise des ressources pétrolières du Moyen-Orient ne produira que l’évasion supplémentaire des richesses régionales et un nouvel approfondissement des fractures sociales. La France ne peut s’associer à une telle démarche unilatérale. Il existe une autre voie, la seule responsable, celle du droit et de la politique. Il faut d’abord arrêter l’escalade, faire cesser les frappes et les représailles, protéger prioritairement les civils, ouvrir des canaux de désescalade et de prévention des incidents. Il faut ensuite remettre la crise dans un cadre de légitimité collective, par une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies. L’Europe a un rôle à jouer par la mobilisation d’une coalition politique de puissances européennes et régionales capable de se porter garante d’une transition négociée vers la démocratie et d’une reconstruction ambitieuse du pays. L’ambition serait d’arracher à l’emprise du régime le plus grand nombre de forces économiques, sociales et politiques. Il faut enfin dissocier les objectifs. Sur le nucléaire et les missiles, seule une négociation vérifiable, encadrée, contrôlée, peut prévenir la prolifération, car la bombe ne se combat pas durablement par les bombes. Sur les droits humains, il faut une stratégie de vérité, de preuve, de sanctions ciblées contre les responsables de la répression, et de protection des victimes, sans punir collectivement le peuple iranien. Sur l’avenir politique de l’Iran, un principe intangible doit être affirmé. Il ne peut être dicté de l’extérieur. Il doit être rendu aux Iraniens, avec un horizon crédible de souveraineté, de reconstruction et de réintégration. Le Moyen-Orient n’a pas besoin d’une nouvelle guerre. Il a besoin d’un nouveau contrat fondé sur des souverainetés viables, une sécurité collective et un développement partagé. Le courage, aujourd’hui, n’est pas de frapper. Le courage est de tenir la règle quand tout pousse à la rompre, parce que c’est la seule force qui protège durablement. Dominique de Villepin [2/2]
L’IRAN, EN FINIR AVEC LA TRAGÉDIE, RETROUVER UN CHEMIN D’ESPOIR. Le peuple iranien souffre depuis cinquante ans de l’oppression d’un régime tyrannique et meurtrier, des ambitions impériales de ce régime qui déstabilisent toute la région et de la pauvreté induite par les sanctions. Aujourd’hui, il est pris en étau entre les bombes venues du ciel et les mitrailleuses d’un appareil répressif qui, sous la guerre, ne se fissure pas, il se raidit. Je mesure l’angoisse et les attentes du peuple iranien et des diasporas à travers le monde, appelant à une libération du régime des Mollahs, après avoir éprouvé l’effroi face aux massacres de dizaines de milliers de femmes et d’hommes. Je veux dire clairement que cette aspiration à la liberté est légitime et la souffrance immense. Cette intervention prétend tenir compte de cette aspiration, elle l’invoque, elle s’en pare. Mais en réalité, elle ne prend à aucun moment en compte les intérêts du peuple iranien. Elle n’a pas l’ambition de servir le rétablissement de la liberté et de la démocratie en Iran. Elle ajoute de la souffrance à la souffrance, quand des dizaines d’innocents meurent dans une frappe touchant une école de filles dans le Sud de l’Iran. Elle obéit à une logique de puissance, de coercition et de sécurité immédiate. Les peuples deviennent un argument, jamais une finalité.  Cette nouvelle guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l’Iran ne sert ni la paix, ni la démocratie, ni le droit. Elle est conduite en dehors de tout cadre collectif, et elle ouvre une spirale de représailles dont personne ne maîtrise ni l’issue, ni l’ampleur, ni le coût humain. Il y a du cynisme, et même une forme de lâcheté, à jeter, en l’appelant au soulèvement, un peuple sous les mitrailleuses du régime sans lui donner les moyens et les appuis d’y parvenir, comme il y a une irresponsabilité à exposer les pays du Golfe et du Moyen-Orient aux bombes et aux flammes sans pouvoir garantir leur sécurité, ni aujourd’hui ni demain. Je regrette aussi que les négociations n’aient jamais été menées à leur terme. À force de décourager les bonnes volontés des puissances médiatrices, on facilite encore davantage le recours automatique à la guerre. L’écrasement de toute dissidence. Le Moyen-Orient est malade de l’oppression des peuples, mais cette guerre, pas plus qu’aucune autre, n’est en mesure d’instaurer la démocratie. Sans engagement d’hommes au sol, le régime pourra survivre et se durcir encore. Sous les frappes, ce sont les Gardiens de la révolution et les Bassidji qui gagnent, l’état d’exception, la peur, les purges, les exécutions de masse, la fermeture d’internet, l’écrasement de toute dissidence. Même si chaque peuple et chaque nation sont uniques, s’il y avait un engagement au sol, nous serions dans une situation analogue à celle de l’Irak en 2003, où la chute d’un dictateur sanguinaire a débouché sur une décennie de guerre civile sanglante. Un régime qui naîtrait de ces conditions ne serait ni stable, ni légitime. Une démocratie ne s’exporte pas par ultimatum. Elle se construit par des institutions, des garanties, un État de droit, et par la volonté d’un peuple, librement exprimée. Aucune intervention militaire conduite pour changer le régime d’un grand pays vers la démocratie n’a jamais atteint son but. Le Moyen-Orient est malade du virus impérial. Mais on ne guérit pas les empires par d’autres empires. Aujourd’hui, les États-Unis et Israël s’arrogent un droit absolu d’intervenir partout et à tout moment, sans avoir de comptes à rendre à la communauté internationale. C’est le cas, outre en Iran aujourd’hui, dans le sud de la Syrie et dans le sud du Liban. Ce précédent est explosif. Il installe l’idée qu’au Proche-Orient, la règle cède devant la force, et que chaque puissance peut devenir juge et partie au nom de sa « prévention ». [1/2]
« L’Iran, en finir avec la tragédie, retrouver un chemin d’espoir » Nouvelle tribune dans @Le_NouvelObs https://t.co/kznsqplEfh
« L’Iran, en finir avec la tragédie, retrouver un chemin d’espoir » - Nouvelle tribune dans @Le_NouvelObs https://t.co/kznsqplEfh
À l’adresse de Jean-Luc Mélenchon. Ce que j’ai à vous dire ne va pas vous plaire. Nous sommes à un point de non-retour de la vie politique française, un moment où chaque geste inconsidéré peut faire basculer vers l’inconnu. J’ai eu l’occasion de donner la semaine passée ma lecture des jeux d’épouvantails politiques autour du drame de la mort de Quentin Deranque. C’est pourquoi, Jean-Luc Mélenchon, je veux vous parler aujourd’hui directement, avec franchise et exigence républicaines. Je veux en appeler à vous. Il importe que vous mesuriez le malaise profond que produisent vos paroles, chez moi, qui n’ai jamais été du même bord politique que le vôtre, comme chez de nombreux Français. Si elles relèvent de qualifications pénales, c’est à la justice d’en décider. Mais qu’elles relèvent de l’irresponsabilité politique, voilà qui ne fait pas de doute. Car ces mots écartèlent un peu plus la France et aggravent encore la dérive des continents politiques, annonciatrice de l’affrontement sans merci de 2027. Parmi ceux qui ont cru à la promesse d’émancipation républicaine, au cours de vos trois dernières candidatures aux élections présidentielles et ont été attentifs à votre discours sur la République de 2017, beaucoup se sentent aujourd’hui orphelins politiques. Parmi ceux qui ont cru, sincèrement, à votre nouvelle promesse républicaine quand vous repreniez les mots de Mendès-France, quand vous citiez en 2012 le « génie de la Bastille », quand vous faisiez de l'Olivier de la paix votre emblème, quand vous parliez d'universel, de liberté, de souveraineté, aujourd'hui, beaucoup se demandent quel sera le prochain mot de trop. Les jeux de mots sur les noms de famille à consonance juive rappellent trop de mauvais souvenirs pour laisser les rieurs de votre côté. Comment ne pas comprendre les doutes qui s’installent ? On ne joue pas avec des allumettes dans une station-service, même pour un hold-up. Ce meeting de Lyon était le pas de trop, celui qui laisse entrevoir une tactique de terre brûlée, une politique prête à sacrifier jusqu’à la République pour faire triompher, pensez-vous, votre mouvement plus tard. Ce faisant, vous aurez sacrifié l’essentiel. Vous aurez sacrifié votre image à un fantasme stratégique. Vous pensez sans doute qu’il sera toujours temps de faire marche arrière quand cela sera utile. Vous pensez que vous maîtrisez votre monture, que comme d’autres vous chevauchez les tigres. Mais ce sont toujours les tigres qui décident où les mènent leurs appétits. Vous aurez sacrifié l’avenir de votre mouvement à son présent. Cette tactique de terre brûlée, elle condamnera ceux qui vous suivent à se retrancher, à se durcir, à se rétrécir. Elle chassera de vos rangs ceux qui souhaitent le dialogue et renforcera au contraire, année après année, une avant-garde de combat et de repli, obligée de donner des gages d’une férocité toujours plus grande. Vous aurez sacrifié la sécurité de nos concitoyens juifs en laissant s’installer des ambiguïtés, des ambivalences. Il n’en faut souvent pas plus pour déchaîner la violence irrémédiable. L’augmentation massive des actes antisémites en France dans les deux dernières années n’est pas une illusion d’optique. C’est une réalité quotidienne, celle d’un sentiment d’insécurité, de rejet, d’accusation qui n’a pas lieu d’être et qui doit être combattu par tous les républicains, comme toutes les formes de discrimination et de racisme. Vous aurez sacrifié la gauche de la gauche, sa mémoire et son espoir, en la faisant sombrer hors du spectre politique légitime, à terme hors du Parlement, nourrissant ainsi l’émergence de groupuscules prêts à la violence politique et sociale, dans une logique brigadiste qui ne conduit qu’au nihilisme et à des décennies de défaites, comme l’Italie des « années de plomb ». Vous aurez arraché durablement toute légitimité aux causes que vous avez défendues. Vous emporterez la mémoire de 1793, des Quarante-huitards de la Sociale, des Communards de 1871 et même des Soixante-huitards de ce siècle vers la condamnation et l’oubli. Mais c’est le sacrifice aussi des militants de la gauche tout entière, celle de Jean Jaurès, de Léon Blum, de François Mitterrand. Cette gauche sincère, républicaine, qui veut véritablement changer la vie des Français. Ces millions de femmes et d'hommes qui s'engagent pour la justice sociale, pour l'égalité, pour des combats de vertu. Nous devons tous veiller à la sauvegarde des génies juchés sur nos épaules. Ce n’est pas un gaulliste qui oubliera ce que pèsent les dettes du passé. Vous aurez sacrifié les principes de la République. Les sacrifier à quoi ? À un calcul hasardeux. Aujourd’hui, votre responsabilité est engagée devant l’Histoire. Non parce que vous seriez sur le point d’emporter une victoire– je n’y crois pas et les sondages ne laissent guère de doute sur la question - mais parce que vous risquez de légitimer l’extrême-droite au-delà de toutes ses espérances et de stériliser durablement et pour des décennies le vote de républicains ardents et sincères, de gens qui doutent, hésitent, mais perçoivent tout le reste comme une trahison pire que la dérive dont vous faites preuve. Même si la sensibilité que vous portez n’est pas la mienne, j’ai la conviction qu’elle doit avoir sa place dans le débat démocratique et que, si elle venait à en être ostracisée, la République se couperait pour de longues années d’une partie du peuple et laisserait prospérer l’instabilité, le conflit social permanent. Au détriment de tous. Je crois qu’il y a un chemin pour revenir dans le giron républicain. Un chemin exigeant. Cela suppose des conditions simples, immédiates. Il passe par une clarification sans appel sur l’antisémitisme, la dénonciation de toute dérive au sein du mouvement, la condamnation de toute violence politique, la rupture avec toute organisation recourant à la violence, le respect des institutions et de l’Etat de droit, le respect des règles républicaines au Parlement. Le chemin de la République commence par un choix. J’en appelle aujourd’hui au vôtre : le choix d’assumer pleinement la responsabilité qui vous incombe. On peut perdre une élection, mais pas prendre le risque de perdre la République. Dominique de Villepin
24 février, quatre ans de guerre en Ukraine. Quatre ans d’une guerre revenue au cœur de l’Europe comme une déchirure de l’histoire. Quatre ans de villes meurtries, de familles séparées, de vies suspendues. Et pourtant quatre ans d’une résistance qui force le respect, celle d’un peuple qui ne plie pas, d’un État qui tient, d’une société qui s’organise. Ne nous y trompons pas. Ce conflit n’est pas seulement une tragédie ukrainienne. C’est une épreuve pour l’idée même d’Europe, pour le droit, pour la parole donnée. Quand l’agression devient méthode, quand l’énergie, les infrastructures, les civils deviennent des cibles, c’est l’ordre commun qui vacille. À l’heure où l’on invoque la paix, ayons le courage des mots justes. Il n’y aura pas de paix durable sans justice. Il n’y aura pas de cessez le feu solide sans garanties, concrètes et vérifiables. Une paix qui entérinerait la conquête par la force ne refermerait pas la plaie, elle préparerait d’autres violences. L’Europe doit choisir. L’attente ou la volonté. Les ambiguïtés ou la clarté. Soutenir l’Ukraine pour qu’elle se défende, protéger les civils, maintenir la pression sur l’agresseur, préparer la reconstruction, et bâtir une sécurité européenne qui ne soit ni sous traitée ni improvisée. En ce jour sombre, pensons aux victimes. Et gardons une exigence pour nous mêmes, « ne pas nous habituer ». Car ce qui se joue en Ukraine, c’est la dignité d’un continent, et la crédibilité de notre monde, comme de ce qui reste de l’ordre mondial. Dominique de Villepin - ©️ Photo archives | AFP / Anatolii Stepanov
La violence a-t-elle sa place en politique ? Peut-on mourir pour des idées, peut-on tuer pour des idées ? Ces questions reviennent aujourd’hui de plein fouet et me rappellent un texte majeur d’Albert Camus qui, il y a près de quatre-vingts ans, se demandait déjà : « peut-on tuer au nom de la justice sans perdre son humanité ? » Ce texte, c’est Les Justes. Une pièce qui résonne encore avec force et n’en finit plus de nous bouleverser. Ce sont les frontières morales qui constituent le socle de notre humanité. Le refus de tuer l’innocent. Le refus de rationaliser la violence. Le refus de sacrifier une vie au nom d’une idéologie, comme si l’humain n’était qu’un moyen. À l’ère des algorithmes, où les enfants ne sont plus des visages mais des points sur une carte numérique, où l’industrialisation de la violence nous inquiète, Camus nous dit qu’une victoire payée au prix de l’inhumain est une défaite de civilisation.
Entendu en débat hier à Marseille. Travail. Famille. Patrie. Dans cet ordre Montoire. Le Statut des Juifs. Sigmaringen. Dans cet ordre À tous ceux qui trouvent que je convoque l’histoire inutilement Dominique de Villepin
LA RÉPUBLIQUE CONTRE LA VIOLENCE Je suis conscient des risques que je prends à m’exprimer dans une période de si grande polarisation, d’émotion et de passion politique, mais l’esprit de responsabilité exige l’engagement et la clarté. On criera parce que je compare l’extrême droite d’aujourd’hui à celle d’hier. Je ne dis pas qu’elle est la même. Je dis qu’il y a des filiations qui ne permettent pas de les distinguer radicalement. On criera que je me gauchise et défends LFI. Je le redis : je n’ai aucune affinité, ni aucun lien avec LFI. On criera que je fais la leçon à la gauche et que je me droitise. Qu’on crie. Je crois à la nécessité de dire certaines vérités, même quand elles nous dérangent. Parce que je ressens douloureusement le fait que l’obscurcissement de ces vérités permet de maintenir l’illusion d’une vie démocratique normale quand elle ne l’est déjà plus et risque de basculer. Et parce qu’à cet instant précis, l’enjeu n’est pas de gagner une séquence médiatique : l’enjeu est d’empêcher que la France, par fatigue, par calcul, par aveuglement, ne se réveille un jour en découvrant qu’elle a sanctuarisé le danger qu’elle prétendait conjurer. Quand le réel est compliqué, il faut prendre le temps de la réflexion, de la nuance, de la perspective. L’affaire Quentin Deranque nous place face à une telle obligation. Celle de l’inconfort et de la vigilance. D’abord, il faut le dire sans détour : nous devons dénoncer toutes les violences, quelles qu’elles soient, et les dénoncer sans exception. Nous devons condamner la violence politique, toute violence politique, parce qu’elle n’a pas sa place dans une démocratie. Sans exception. Une démocratie commence là où la force recule, là où la parole remplace le coup, là où l’adversaire demeure un citoyen. Et quand la violence surgit, quand elle s’organise, quand elle se justifie, elle ne frappe pas seulement des individus, elle atteint l’idée même de République. Nous devons aussi mesurer l’importance du moment où nous nous trouvons. C’est pour la France le « moment Charlie Kirk » qu’a vécu l’Amérique trumpienne il y a quelques mois avec l’assassinat de Charlie Kirk par un meurtrier se revendiquant de l’antifascisme. C’est un moment qui vise à la délégitimation d’une partie du spectre politique et à la victimisation de l’extrême droite triomphante. L’enjeu, c’est celui d’une prise de pouvoir sur les esprits, d’une prise de pouvoir sur les rues. Alors soyons vigilants. Ne cédons pas le terrain à l’extrême droite. Nous approchons, j’en suis convaincu, d’un point de non-retour. Quelque chose commence à nous échapper. Il y a un certain confort à rejeter dos à dos toutes les violences, une conviction de se prémunir de tout risque d’avoir tort. Mais cela nous rapproche-t-il vraiment de la vérité ? On ne peut pas jouer avec la démocratie. Il y a quelque chose de troublant à voir tout le paysage politique, de la gauche de la gauche à la droite en passant par la gauche, chercher à tirer parti de la situation. L’extrême droite en est la seule gagnante. Il est des moments où les calculs personnels doivent céder à la défense de l’essentiel : la démocratie. Ensuite, il faut regarder en face ce qui, dans la stratégie et dans les réactions de LFI, nourrit le feu au lieu de l’éteindre, sans jamais confondre responsabilité politique et responsabilité pénale. La justice établira les faits, les rôles, les actes, et les responsabilités individuelles. Mais la politique, elle, répond d’un climat : celui des mots, des postures, des ambiguïtés, des proximités tolérées, de la tentation de l’affrontement permanent. Dans une France divisée, fragilisée, travaillée par les peurs et les colères, jouer sans cesse sur la rupture, sur la ligne de front, sur la dramatisation, c’est prendre le risque de créer les conditions où des acteurs se sentiront autorisés à passer du verbe au geste. Et ce risque, quel que soit le camp, n’est pas théorique : il est désormais devant nous. Je ne parle pas ici au nom d’un camp, je parle au nom d’une certaine idée de la République. Je refuse toute querelle de chapelle, tout règlement de comptes partisan, mais j’affirme en ce moment si grave une exigence de responsabilité nationale de la part de toutes les formations politiques et de tous les responsables politiques. La France Insoumise a aujourd’hui une responsabilité particulière : celle de ne pas surenchérir et de ne pas stériliser, dans une posture défensive et belliqueuse, une partie de l’électorat. La radicalité, lorsqu’elle devient un style, finit par devenir une mécanique. Et cette mécanique, tôt ou tard, échappe à ceux qui prétendent la conduire. Cela suppose pour LFI de clarifier ses positions, de tenir ses rangs, de rompre avec toute ambiguïté, et de faire prévaloir le débat sur la mise en tension permanente. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Cela suppose aussi d’accepter l’inconfort : reconnaître qu’on a pu alimenter la tension, même sans vouloir la violence. Je le dis avec force, parce que le basculement est possible. Il faut le dire sans détour : LFI fait tout autant le jeu du RN en s’arc-boutant sur sa rhétorique que certains responsables de gauche en acceptant de renvoyer dos à dos les violences. J’assume de déployer une leçon historique qui ne vaut pas comparaison : en 1933, sans l’intransigeance du parti communiste allemand, aveuglé par sa stratégie « classe contre classe » qui minimisait le risque fasciste, sans doute le parti national-socialiste n’aurait pas pu arriver au pouvoir. C’est la peur du bolchévisme qui a poussé assez de modérés à se rallier, par réflexe, à ceux qui se présentaient comme le seul rempart. Eviter le piège, cela suppose aujourd’hui pour LFI de tracer des limites nettes, de récuser toute complaisance pour la violence, et de choisir la force du débat plutôt que la logique du choc. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Je le dis avec force, parce que l’heure est grave Mais c’est ici que la vigilance doit être la plus haute : condamner la violence et critiquer LFI ne doivent pas nous conduire à la faute politique majeure, celle de renvoyer dos à dos toutes les radicalités comme si elles étaient de même nature, de même force, de même danger. Il y a en effet deux fausses idées, deux idées dangereuses, qui piègent ce débat. La première, c’est celle de la symétrie des violences de la gauche et de la droite. Plongez dans l’Histoire, dans l’agitation de la France de la IIIe République au moment de l’affaire Dreyfus et de la montée des ligues. Dans la France des années 30 et de la menace des ligues. Dans l’Allemagne de Weimar, dans l’Amérique du Sud des années 60 à 80 : l’asymétrie de la violence politique a été centrale pour imposer un pouvoir autoritaire et brutal. Le champ démocratique est un plan incliné. L’extrême droite prend le pouvoir sur fond de désordre et de violences de rue. L’extrême gauche, historiquement, sur fond d’effondrement de l’État et de défaite militaire. Les communistes des années 30 n’étaient pas des enfants de chœur, mais les renvoyer dos à dos avec les nervis fascistes, avec près d’un siècle de recul, nous semblerait fautif. Le parti social-démocrate allemand, grande force républicaine de gauche à l’époque, a eu sa part de responsabilité dans la montée du nazisme, en maintenant l’illusion d’une posture d’équivalence qui a conduit à son propre écrasement. Aujourd’hui, entendre en France des responsables du centre gauche saisir l’opportunité de régler leurs comptes et de se débarrasser d’adversaires encombrants pour s’imposer dans les sondages me paraît une faiblesse politique et une facilité d’estrade. Quant à la droite qui y voit l’occasion d’un apaisement de façade pour pouvoir s’allier à l’extrême droite sans faire de cauchemars la nuit, je ne reconnais plus rien en elle de la vigilance chiraquienne. Et qu’on se comprenne : ce tir croisé sur LFI, par calcul, par repositionnement, par opportunisme, a un effet mécanique. Il détourne l’attention du danger principal et contribue à normaliser l’extrême droite en la dispensant d’être interrogée comme elle devrait l’être. Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. Depuis 1986, rappelle l’historien Nicolas Lebourg, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite, contre six à l’ultra-gauche. C’est le retour des ligues. C’est un magma de groupuscules qui tissent un réseau de lieux, d’affinités, de thèmes. C’est une illusion sur les formes de la violence. L’extrême droite, depuis deux siècles, vise à maîtriser la rue pour imposer la violence comme politique. L’extrême gauche veut imposer une politique par la violence. Quelle différence cela fait ? Quand la gauche est violente, elle effraie et elle nuit à la politique qu’elle veut mettre en œuvre. Quand la droite est violente, elle commence déjà à mettre en œuvre sa politique. Et même quand elle perd, elle gagne en montrant l’horreur du désordre et donc la nécessité d’un ordre à tout prix, d’un ordre au prix de la violence. C’est une illusion sur les probabilités des risques. Le pays risque-t-il aujourd’hui de basculer dans un régime de gauche radicale ? Rien n’étaye cette idée. LFI stagne dans les sondages autour de 10 à 15%. L’extrême droite est, elle, à 35 ou 40 %, et tous les sondages la donnent gagnante à l’élection présidentielle de 2027, ce que tout le monde essaye d’oublier pour maintenir la fiction d’une vie politique normale. Aux États-Unis, on voit bien que le risque mortel peut venir moins de groupuscules marginaux que d’une administration Trump qui théorise le mépris du droit et le recours à la violence. Aujourd’hui, la diabolisation de LFI, par des amalgames qu’elle a rendus elle-même possibles en raison d’erreurs voire de fautes stratégiques manifestes, n’a qu’un sens : légitimer une prise de pouvoir identitaire et justifier les ralliements de plus en plus nombreux. Jordan Bardella a ainsi appelé, par une inversion du stigmate, à un « front commun » contre LFI. Faut-il vraiment oublier qu’en 1933, le parti national-socialiste prenait prétexte de l’incendie du Reichstag attribué à Van der Lubbe pour interdire le parti communiste et de nombreuses organisations de l’opposition de gauche et engager la mise au pas de l’Allemagne ? La deuxième fausse idée, c’est celle de la normalisation de l’extrême droite, considérée désormais comme une part légitime du débat politique. C’est qu’on oublie facilement que l’extrême droite n’est pas un choix comme un autre dans une démocratie, parce que souvent il n’y a pas de retour en arrière. Aucun régime de gauche radicale n’a été élu en Europe qui n’ait rendu les clés du pouvoir par les urnes. En revanche, de nombreux régimes d’extrême droite ontaccédé au pouvoir par les urnes, du moins légalement, sans le rendre : Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est suffisamment souvent le cas pour que ce soit un risque mortel qu’on ne peut prendre. Normalisation des engagements politiques de la jeunesse nationaliste ? Les choses n’ont pas tant changé. Au lendemain d’une manifestation d’hommage à Quentin Deranque à Paris, les manifestants ont laissé sur les murs une traînée de croix gammées. Quel parti accumule les condamnations de ses membres pour antisémitisme et pour racisme ? Le Rassemblement national, de manière récurrente. Ne nous laissons pas égarer par des façades repeintes. Quels sont les risques aujourd’hui ? Ils sont doubles. C’est d’abord l’installation d’une culture de guerre civile dans laquelle les violences des uns justifieraient sans fin les représailles des autres, écrasant entre elles un centre soucieux d’apaisement et de dialogue jusqu’à ne laisser qu’un face-à-face des radicalités. C’est ensuite la complicité tacite de toutes les forces politiques à la prise de pouvoir par l’extrême droite. C’est là le nœud : à force de concentrer les coups sur LFI, par tactique, par confort, par calcul, on crée un corridor de respectabilité pour le RN. On lui offre ce dont il a toujours rêvé : l’apparence de la normalité, le privilège d’être la réponse au désordre qu’il prospère à entretenir. Ce moment exige une résolution : ne rien céder à la violence, ne rien céder aux calculs, ne rien céder aux facilités de la symétrie. La République ne se sauvera ni par les postures, ni par les anathèmes, ni par l’ivresse des camps. Elle se sauvera par la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis, et le refus de sanctuariser l’extrême droite sous prétexte de combattre ses adversaires. L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. Et si la France veut éviter le point de non-retour, elle doit retrouver ce qui fait sa force quand tout vacille : la dignité du débat, l’autorité de l’État, et l’esprit de République. Dominique de Villepin - ©️ La fresque d'Obey représentant La Marianne située Paris a été repeinte avec des larmes de sang. | AFP - Greg Looping / Hans Lucas.
LA RÉPUBLIQUE CONTRE LA VIOLENCE Je suis conscient des risques que je prends à m’exprimer dans une période de si grande polarisation, d’émotion et de passion politique, mais l’esprit de responsabilité exige l’engagement et la clarté. On criera parce que je compare l’extrême droite d’aujourd’hui à celle d’hier. Je ne dis pas qu’elle est la même. Je dis qu’il y a des filiations qui ne permettent pas de les distinguer radicalement. On criera que je me gauchise et défends LFI. Je le redis : je n’ai aucune affinité, ni aucun lien avec LFI. On criera que je fais la leçon à la gauche et que je me droitise. Qu’on crie. Je crois à la nécessité de dire certaines vérités, même quand elles nous dérangent. Parce que je ressens douloureusement le fait que l’obscurcissement de ces vérités permet de maintenir l’illusion d’une vie démocratique normale quand elle ne l’est déjà plus et risque de basculer. Et parce qu’à cet instant précis, l’enjeu n’est pas de gagner une séquence médiatique : l’enjeu est d’empêcher que la France, par fatigue, par calcul, par aveuglement, ne se réveille un jour en découvrant qu’elle a sanctuarisé le danger qu’elle prétendait conjurer. Quand le réel est compliqué, il faut prendre le temps de la réflexion, de la nuance, de la perspective. L’affaire Quentin Deranque nous place face à une telle obligation. Celle de l’inconfort et de la vigilance. D’abord, il faut le dire sans détour : nous devons dénoncer toutes les violences, quelles qu’elles soient, et les dénoncer sans exception. Nous devons condamner la violence politique, toute violence politique, parce qu’elle n’a pas sa place dans une démocratie. Sans exception. Une démocratie commence là où la force recule, là où la parole remplace le coup, là où l’adversaire demeure un citoyen. Et quand la violence surgit, quand elle s’organise, quand elle se justifie, elle ne frappe pas seulement des individus, elle atteint l’idée même de République. Nous devons aussi mesurer l’importance du moment où nous nous trouvons. C’est pour la France le « moment Charlie Kirk » qu’a vécu l’Amérique trumpienne il y a quelques mois avec l’assassinat de Charlie Kirk par un meurtrier se revendiquant de l’antifascisme. C’est un moment qui vise à la délégitimation d’une partie du spectre politique et à la victimisation de l’extrême droite triomphante. L’enjeu, c’est celui d’une prise de pouvoir sur les esprits, d’une prise de pouvoir sur les rues. Alors soyons vigilants. Ne cédons pas le terrain à l’extrême droite. Nous approchons, j’en suis convaincu, d’un point de non-retour. Quelque chose commence à nous échapper. Il y a un certain confort à rejeter dos à dos toutes les violences, une conviction de se prémunir de tout risque d’avoir tort. Mais cela nous rapproche-t-il vraiment de la vérité ? On ne peut pas jouer avec la démocratie. Il y a quelque chose de troublant à voir tout le paysage politique, de la gauche de la gauche à la droite en passant par la gauche, chercher à tirer parti de la situation. L’extrême droite en est la seule gagnante. Il est des moments où les calculs personnels doivent céder à la défense de l’essentiel : la démocratie. Ensuite, il faut regarder en face ce qui, dans la stratégie et dans les réactions de LFI, nourrit le feu au lieu de l’éteindre, sans jamais confondre responsabilité politique et responsabilité pénale. La justice établira les faits, les rôles, les actes, et les responsabilités individuelles. Mais la politique, elle, répond d’un climat : celui des mots, des postures, des ambiguïtés, des proximités tolérées, de la tentation de l’affrontement permanent. Dans une France divisée, fragilisée, travaillée par les peurs et les colères, jouer sans cesse sur la rupture, sur la ligne de front, sur la dramatisation, c’est prendre le risque de créer les conditions où des acteurs se sentiront autorisés à passer du verbe au geste. Et ce risque, quel que soit le camp, n’est pas théorique : il est désormais devant nous. Je ne parle pas ici au nom d’un camp, je parle au nom d’une certaine idée de la République. Je refuse toute querelle de chapelle, tout règlement de comptes partisan, mais j’affirme en ce moment si grave une exigence de responsabilité nationale de la part de toutes les formations politiques et de tous les responsables politiques. La France Insoumise a aujourd’hui une responsabilité particulière : celle de ne pas surenchérir et de ne pas stériliser, dans une posture défensive et belliqueuse, une partie de l’électorat. La radicalité, lorsqu’elle devient un style, finit par devenir une mécanique. Et cette mécanique, tôt ou tard, échappe à ceux qui prétendent la conduire. Cela suppose pour LFI de clarifier ses positions, de tenir ses rangs, de rompre avec toute ambiguïté, et de faire prévaloir le débat sur la mise en tension permanente. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Cela suppose aussi d’accepter l’inconfort : reconnaître qu’on a pu alimenter la tension, même sans vouloir la violence. Je le dis avec force, parce que le basculement est possible. Il faut le dire sans détour : LFI fait tout autant le jeu du RN en s’arc-boutant sur sa rhétorique que certains responsables de gauche en acceptant de renvoyer dos à dos les violences. J’assume de déployer une leçon historique qui ne vaut pas comparaison : en 1933, sans l’intransigeance du parti communiste allemand, aveuglé par sa stratégie « classe contre classe » qui minimisait le risque fasciste, sans doute le parti national-socialiste n’aurait pas pu arriver au pouvoir. C’est la peur du bolchévisme qui a poussé assez de modérés à se rallier, par réflexe, à ceux qui se présentaient comme le seul rempart. Eviter le piège, cela suppose aujourd’hui pour LFI de tracer des limites nettes, de récuser toute complaisance pour la violence, et de choisir la force du débat plutôt que la logique du choc. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Je le dis avec force, parce que l’heure est grave Mais c’est ici que la vigilance doit être la plus haute : condamner la violence et critiquer LFI ne doivent pas nous conduire à la faute politique majeure, celle de renvoyer dos à dos toutes les radicalités comme si elles étaient de même nature, de même force, de même danger. Il y a en effet deux fausses idées, deux idées dangereuses, qui piègent ce débat. La première, c’est celle de la symétrie des violences de la gauche et de la droite. Plongez dans l’Histoire, dans l’agitation de la France de la IIIe République au moment de l’affaire Dreyfus et de la montée des ligues. Dans la France des années 30 et de la menace des ligues. Dans l’Allemagne de Weimar, dans l’Amérique du Sud des années 60 à 80 : l’asymétrie de la violence politique a été centrale pour imposer un pouvoir autoritaire et brutal. Le champ démocratique est un plan incliné. L’extrême droite prend le pouvoir sur fond de désordre et de violences de rue. L’extrême gauche, historiquement, sur fond d’effondrement de l’État et de défaite militaire. Les communistes des années 30 n’étaient pas des enfants de chœur, mais les renvoyer dos à dos avec les nervis fascistes, avec près d’un siècle de recul, nous semblerait fautif. Le parti social-démocrate allemand, grande force républicaine de gauche à l’époque, a eu sa part de responsabilité dans la montée du nazisme, en maintenant l’illusion d’une posture d’équivalence qui a conduit à son propre écrasement. Aujourd’hui, entendre en France des responsables du centre gauche saisir l’opportunité de régler leurs comptes et de se débarrasser d’adversaires encombrants pour s’imposer dans les sondages me paraît une faiblesse politique et une facilité d’estrade. Quant à la droite qui y voit l’occasion d’un apaisement de façade pour pouvoir s’allier à l’extrême droite sans faire de cauchemars la nuit, je ne reconnais plus rien en elle de la vigilance chiraquienne. Et qu’on se comprenne : ce tir croisé sur LFI, par calcul, par repositionnement, par opportunisme, a un effet mécanique. Il détourne l’attention du danger principal et contribue à normaliser l’extrême droite en la dispensant d’être interrogée comme elle devrait l’être. Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. Depuis 1986, rappelle l’historien Nicolas Lebourg, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite, contre six à l’ultra-gauche. C’est le retour des ligues. C’est un magma de groupuscules qui tissent un réseau de lieux, d’affinités, de thèmes. C’est une illusion sur les formes de la violence. L’extrême droite, depuis deux siècles, vise à maîtriser la rue pour imposer la violence comme politique. L’extrême gauche veut imposer une politique par la violence. Quelle différence cela fait ? Quand la gauche est violente, elle effraie et elle nuit à la politique qu’elle veut mettre en œuvre. Quand la droite est violente, elle commence déjà à mettre en œuvre sa politique. Et même quand elle perd, elle gagne en montrant l’horreur du désordre et donc la nécessité d’un ordre à tout prix, d’un ordre au prix de la violence. C’est une illusion sur les probabilités des risques. Le pays risque-t-il aujourd’hui de basculer dans un régime de gauche radicale ? Rien n’étaye cette idée. LFI stagne dans les sondages autour de 10 à 15%. L’extrême droite est, elle, à 35 ou 40 %, et tous les sondages la donnent gagnante à l’élection présidentielle de 2027, ce que tout le monde essaye d’oublier pour maintenir la fiction d’une vie politique normale. Aux États-Unis, on voit bien que le risque mortel peut venir moins de groupuscules marginaux que d’une administration Trump qui théorise le mépris du droit et le recours à la violence. Aujourd’hui, la diabolisation de LFI, par des amalgames qu’elle a rendus elle-même possibles en raison d’erreurs voire de fautes stratégiques manifestes, n’a qu’un sens : légitimer une prise de pouvoir identitaire et justifier les ralliements de plus en plus nombreux. Jordan Bardella a ainsi appelé, par une inversion du stigmate, à un « front commun » contre LFI. Faut-il vraiment oublier qu’en 1933, le parti national-socialiste prenait prétexte de l’incendie du Reichstag attribué à Van der Lubbe pour interdire le parti communiste et de nombreuses organisations de l’opposition de gauche et engager la mise au pas de l’Allemagne ? La deuxième fausse idée, c’est celle de la normalisation de l’extrême droite, considérée désormais comme une part légitime du débat politique. C’est qu’on oublie facilement que l’extrême droite n’est pas un choix comme un autre dans une démocratie, parce que souvent il n’y a pas de retour en arrière. Aucun régime de gauche radicale n’a été élu en Europe qui n’ait rendu les clés du pouvoir par les urnes. En revanche, de nombreux régimes d’extrême droite ontaccédé au pouvoir par les urnes, du moins légalement, sans le rendre : Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est suffisamment souvent le cas pour que ce soit un risque mortel qu’on ne peut prendre. Normalisation des engagements politiques de la jeunesse nationaliste ? Les choses n’ont pas tant changé. Au lendemain d’une manifestation d’hommage à Quentin Deranque à Paris, les manifestants ont laissé sur les murs une traînée de croix gammées. Quel parti accumule les condamnations de ses membres pour antisémitisme et pour racisme ? Le Rassemblement national, de manière récurrente. Ne nous laissons pas égarer par des façades repeintes. Quels sont les risques aujourd’hui ? Ils sont doubles. C’est d’abord l’installation d’une culture de guerre civile dans laquelle les violences des uns justifieraient sans fin les représailles des autres, écrasant entre elles un centre soucieux d’apaisement et de dialogue jusqu’à ne laisser qu’un face-à-face des radicalités. C’est ensuite la complicité tacite de toutes les forces politiques à la prise de pouvoir par l’extrême droite. C’est là le nœud : à force de concentrer les coups sur LFI, par tactique, par confort, par calcul, on crée un corridor de respectabilité pour le RN. On lui offre ce dont il a toujours rêvé : l’apparence de la normalité, le privilège d’être la réponse au désordre qu’il prospère à entretenir. Ce moment exige une résolution : ne rien céder à la violence, ne rien céder aux calculs, ne rien céder aux facilités de la symétrie. La République ne se sauvera ni par les postures, ni par les anathèmes, ni par l’ivresse des camps. Elle se sauvera par la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis, et le refus de sanctuariser l’extrême droite sous prétexte de combattre ses adversaires. L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. Et si la France veut éviter le point de non-retour, elle doit retrouver ce qui fait sa force quand tout vacille : la dignité du débat, l’autorité de l’État, et l’esprit de République. Dominique de Villepin - ©️ La fresque d'Obey représentant La Marianne située Paris a été repeinte avec des larmes de sang. | ©AFP - Greg Looping / Hans Lucas.
LA RÉPUBLIQUE CONTRE LA VIOLENCE Je suis conscient des risques que je prends à m’exprimer dans une période de si grande polarisation, d’émotion et de passion politique, mais l’esprit de responsabilité exige l’engagement et la clarté. On criera parce que je compare l’extrême droite d’aujourd’hui à celle d’hier. Je ne dis pas qu’elle est la même. Je dis qu’il y a des filiations qui ne permettent pas de les distinguer radicalement. On criera que je me gauchise et défends LFI. Je le redis : je n’ai aucune affinité, ni aucun lien avec LFI. On criera que je fais la leçon à la gauche et que je me droitise. Qu’on crie. Je crois à la nécessité de dire certaines vérités, même quand elles nous dérangent. Parce que je ressens douloureusement le fait que l’obscurcissement de ces vérités permet de maintenir l’illusion d’une vie démocratique normale quand elle ne l’est déjà plus et risque de basculer. Et parce qu’à cet instant précis, l’enjeu n’est pas de gagner une séquence médiatique : l’enjeu est d’empêcher que la France, par fatigue, par calcul, par aveuglement, ne se réveille un jour en découvrant qu’elle a sanctuarisé le danger qu’elle prétendait conjurer. Quand le réel est compliqué, il faut prendre le temps de la réflexion, de la nuance, de la perspective. L’affaire Quentin Deranque nous place face à une telle obligation. Celle de l’inconfort et de la vigilance. D’abord, il faut le dire sans détour : nous devons dénoncer toutes les violences, quelles qu’elles soient, et les dénoncer sans exception. Nous devons condamner la violence politique, toute violence politique, parce qu’elle n’a pas sa place dans une démocratie. Sans exception. Une démocratie commence là où la force recule, là où la parole remplace le coup, là où l’adversaire demeure un citoyen. Et quand la violence surgit, quand elle s’organise, quand elle se justifie, elle ne frappe pas seulement des individus, elle atteint l’idée même de République. Nous devons aussi mesurer l’importance du moment où nous nous trouvons. C’est pour la France le « moment Charlie Kirk » qu’a vécu l’Amérique trumpienne il y a quelques mois avec l’assassinat de Charlie Kirk par un meurtrier se revendiquant de l’antifascisme. C’est un moment qui vise à la délégitimation d’une partie du spectre politique et à la victimisation de l’extrême droite triomphante. L’enjeu, c’est celui d’une prise de pouvoir sur les esprits, d’une prise de pouvoir sur les rues. Alors soyons vigilants. Ne cédons pas le terrain à l’extrême droite. Nous approchons, j’en suis convaincu, d’un point de non-retour. Quelque chose commence à nous échapper. Il y a un certain confort à rejeter dos à dos toutes les violences, une conviction de se prémunir de tout risque d’avoir tort. Mais cela nous rapproche-t-il vraiment de la vérité ? On ne peut pas jouer avec la démocratie. Il y a quelque chose de troublant à voir tout le paysage politique, de la gauche de la gauche à la droite en passant par la gauche, chercher à tirer parti de la situation. L’extrême droite en est la seule gagnante. Il est des moments où les calculs personnels doivent céder à la défense de l’essentiel : la démocratie. Ensuite, il faut regarder en face ce qui, dans la stratégie et dans les réactions de LFI, nourrit le feu au lieu de l’éteindre, sans jamais confondre responsabilité politique et responsabilité pénale. La justice établira les faits, les rôles, les actes, et les responsabilités individuelles. Mais la politique, elle, répond d’un climat : celui des mots, des postures, des ambiguïtés, des proximités tolérées, de la tentation de l’affrontement permanent. Dans une France divisée, fragilisée, travaillée par les peurs et les colères, jouer sans cesse sur la rupture, sur la ligne de front, sur la dramatisation, c’est prendre le risque de créer les conditions où des acteurs se sentiront autorisés à passer du verbe au geste. Et ce risque, quel que soit le camp, n’est pas théorique : il est désormais devant nous. Je ne parle pas ici au nom d’un camp, je parle au nom d’une certaine idée de la République. Je refuse toute querelle de chapelle, tout règlement de comptes partisan, mais j’affirme en ce moment si grave une exigence de responsabilité nationale de la part de toutes les formations politiques et de tous les responsables politiques. La France Insoumise a aujourd’hui une responsabilité particulière : celle de ne pas surenchérir et de ne pas stériliser, dans une posture défensive et belliqueuse, une partie de l’électorat. La radicalité, lorsqu’elle devient un style, finit par devenir une mécanique. Et cette mécanique, tôt ou tard, échappe à ceux qui prétendent la conduire. Cela suppose pour LFI de clarifier ses positions, de tenir ses rangs, de rompre avec toute ambiguïté, et de faire prévaloir le débat sur la mise en tension permanente. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Cela suppose aussi d’accepter l’inconfort : reconnaître qu’on a pu alimenter la tension, même sans vouloir la violence. Je le dis avec force, parce que le basculement est possible. Il faut le dire sans détour : LFI fait tout autant le jeu du RN en s’arc-boutant sur sa rhétorique que certains responsables de gauche en acceptant de renvoyer dos à dos les violences. J’assume de déployer une leçon historique qui ne vaut pas comparaison : en 1933, sans l’intransigeance du parti communiste allemand, aveuglé par sa stratégie « classe contre classe » qui minimisait le risque fasciste, sans doute le parti national-socialiste n’aurait pas pu arriver au pouvoir. C’est la peur du bolchévisme qui a poussé assez de modérés à se rallier, par réflexe, à ceux qui se présentaient comme le seul rempart. Eviter le piège, cela suppose aujourd’hui pour LFI de tracer des limites nettes, de récuser toute complaisance pour la violence, et de choisir la force du débat plutôt que la logique du choc. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Je le dis avec force, parce que l’heure est grave Mais c’est ici que la vigilance doit être la plus haute : condamner la violence et critiquer LFI ne doivent pas nous conduire à la faute politique majeure, celle de renvoyer dos à dos toutes les radicalités comme si elles étaient de même nature, de même force, de même danger. Il y a en effet deux fausses idées, deux idées dangereuses, qui piègent ce débat. La première, c’est celle de la symétrie des violences de la gauche et de la droite. Plongez dans l’Histoire, dans l’agitation de la France de la IIIe République au moment de l’affaire Dreyfus et de la montée des ligues. Dans la France des années 30 et de la menace des ligues. Dans l’Allemagne de Weimar, dans l’Amérique du Sud des années 60 à 80 : l’asymétrie de la violence politique a été centrale pour imposer un pouvoir autoritaire et brutal. Le champ démocratique est un plan incliné. L’extrême droite prend le pouvoir sur fond de désordre et de violences de rue. L’extrême gauche, historiquement, sur fond d’effondrement de l’État et de défaite militaire. Les communistes des années 30 n’étaient pas des enfants de chœur, mais les renvoyer dos à dos avec les nervis fascistes, avec près d’un siècle de recul, nous semblerait fautif. Le parti social-démocrate allemand, grande force républicaine de gauche à l’époque, a eu sa part de responsabilité dans la montée du nazisme, en maintenant l’illusion d’une posture d’équivalence qui a conduit à son propre écrasement. Aujourd’hui, entendre en France des responsables du centre gauche saisir l’opportunité de régler leurs comptes et de se débarrasser d’adversaires encombrants pour s’imposer dans les sondages me paraît une faiblesse politique et une facilité d’estrade. Quant à la droite qui y voit l’occasion d’un apaisement de façade pour pouvoir s’allier à l’extrême droite sans faire de cauchemars la nuit, je ne reconnais plus rien en elle de la vigilance chiraquienne. Et qu’on se comprenne : ce tir croisé sur LFI, par calcul, par repositionnement, par opportunisme, a un effet mécanique. Il détourne l’attention du danger principal et contribue à normaliser l’extrême droite en la dispensant d’être interrogée comme elle devrait l’être. Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. Depuis 1986, rappelle l’historien Nicolas Lebourg, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite, contre six à l’ultra-gauche. C’est le retour des ligues. C’est un magma de groupuscules qui tissent un réseau de lieux, d’affinités, de thèmes. C’est une illusion sur les formes de la violence. L’extrême droite, depuis deux siècles, vise à maîtriser la rue pour imposer la violence comme politique. L’extrême gauche veut imposer une politique par la violence. Quelle différence cela fait ? Quand la gauche est violente, elle effraie et elle nuit à la politique qu’elle veut mettre en œuvre. Quand la droite est violente, elle commence déjà à mettre en œuvre sa politique. Et même quand elle perd, elle gagne en montrant l’horreur du désordre et donc la nécessité d’un ordre à tout prix, d’un ordre au prix de la violence. C’est une illusion sur les probabilités des risques. Le pays risque-t-il aujourd’hui de basculer dans un régime de gauche radicale ? Rien n’étaye cette idée. LFI stagne dans les sondages autour de 10 à 15%. L’extrême droite est, elle, à 35 ou 40 %, et tous les sondages la donnent gagnante à l’élection présidentielle de 2027, ce que tout le monde essaye d’oublier pour maintenir la fiction d’une vie politique normale. Aux États-Unis, on voit bien que le risque mortel peut venir moins de groupuscules marginaux que d’une administration Trump qui théorise le mépris du droit et le recours à la violence. Aujourd’hui, la diabolisation de LFI, par des amalgames qu’elle a rendus elle-même possibles en raison d’erreurs voire de fautes stratégiques manifestes, n’a qu’un sens : légitimer une prise de pouvoir identitaire et justifier les ralliements de plus en plus nombreux. Jordan Bardella a ainsi appelé, par une inversion du stigmate, à un « front commun » contre LFI. Faut-il vraiment oublier qu’en 1933, le parti national-socialiste prenait prétexte de l’incendie du Reichstag attribué à Van der Lubbe pour interdire le parti communiste et de nombreuses organisations de l’opposition de gauche et engager la mise au pas de l’Allemagne ? La deuxième fausse idée, c’est celle de la normalisation de l’extrême droite, considérée désormais comme une part légitime du débat politique. C’est qu’on oublie facilement que l’extrême droite n’est pas un choix comme un autre dans une démocratie, parce que souvent il n’y a pas de retour en arrière. Aucun régime de gauche radicale n’a été élu en Europe qui n’ait rendu les clés du pouvoir par les urnes. En revanche, de nombreux régimes d’extrême droite ontaccédé au pouvoir par les urnes, du moins légalement, sans le rendre : Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est suffisamment souvent le cas pour que ce soit un risque mortel qu’on ne peut prendre. Normalisation des engagements politiques de la jeunesse nationaliste ? Les choses n’ont pas tant changé. Au lendemain d’une manifestation d’hommage à Quentin Deranque à Paris, les manifestants ont laissé sur les murs une traînée de croix gammées. Quel parti accumule les condamnations de ses membres pour antisémitisme et pour racisme ? Le Rassemblement national, de manière récurrente. Ne nous laissons pas égarer par des façades repeintes. Quels sont les risques aujourd’hui ? Ils sont doubles. C’est d’abord l’installation d’une culture de guerre civile dans laquelle les violences des uns justifieraient sans fin les représailles des autres, écrasant entre elles un centre soucieux d’apaisement et de dialogue jusqu’à ne laisser qu’un face-à-face des radicalités. C’est ensuite la complicité tacite de toutes les forces politiques à la prise de pouvoir par l’extrême droite. C’est là le nœud : à force de concentrer les coups sur LFI, par tactique, par confort, par calcul, on crée un corridor de respectabilité pour le RN. On lui offre ce dont il a toujours rêvé : l’apparence de la normalité, le privilège d’être la réponse au désordre qu’il prospère à entretenir. Ce moment exige une résolution : ne rien céder à la violence, ne rien céder aux calculs, ne rien céder aux facilités de la symétrie. La République ne se sauvera ni par les postures, ni par les anathèmes, ni par l’ivresse des camps. Elle se sauvera par la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis, et le refus de sanctuariser l’extrême droite sous prétexte de combattre ses adversaires. L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. Et si la France veut éviter le point de non-retour, elle doit retrouver ce qui fait sa force quand tout vacille : la dignité du débat, l’autorité de l’État, et l’esprit de République. Dominique de Villepin - ©️ La fresque d'Obey représentant La Marianne située Paris a été repeinte avec des larmes de sang. | ©AFP - Greg Looping / Hans Lucas.
VISITE À LA MAISON MÉDICALE NOTRE-DAME-DU-LAC Je veux vous parler d’un déplacement, que j’ai effectué le vendredi 13 février dans une maison médicale, avec l’espoir que nous réussissions ensemble à trouver un chemin respectueux de la dignité, de l'égalité et de notre promesse humaniste : Je suis sorti de l’unité de soins palliatifs Notre-Dame-du-Lac à Rueil-Malmaison avec un sentiment rare : celui d’avoir approché une vérité humaine que le monde s’emploie d’ordinaire à taire. Là, rien ne fait semblant. La vie ne se raconte pas, elle se tient. Et cette tenue, cette retenue même, a la force d’une révélation. Car tout est lié si étroitement par une chaîne humaine qui va, du sourire de l’accueil aux équipes soignantes, aux psychologues, aux médecins, aux responsables administratifs, aux bénévoles et aux religieuses, jusqu’aux patients et à leurs familles. À chaque étape, le partage, l’écoute, l’échange. Rien qui ne soit laissé sans réponse : l’inquiétude, l’angoisse, la révolte, le dit et le non-dit… l’humanité fait le lien. Au défilé des chambres, le silence souvent, quelques chuchotements, de rares éclats de voix, mais toujours le sourire bienveillant, apaisant, de ceux qui dispensent les mille soins du quotidien. Ceux-là-mêmes, qui indispensables, demeurent les invisibles de notre société, sans que cela altère leur engagement pour la dignité de l’autre. N’oublions jamais qu’ils sont souvent le dernier visage entrevu à l’instant du départ. On entre souvent dans ces lieux avec inquiétude, des idées toutes faites, des images sombres, des réflexes de défense. On en sort autrement. Non parce que la souffrance y serait effacée, mais parce qu’elle y est regardée en face, sans théâtre. La douleur existe, la peur aussi, l’épuisement, les larmes, les silences qui pèsent. Rien n’est maquillé. Et pourtant, au milieu de cette nudité, on découvre que la fragilité n’est pas seulement une chute ; elle peut devenir un passage. Quand elle est reconnue, entourée, portée, elle cesse d’isoler. Elle fait lien. Ce qui frappe, c’est la qualité de la présence d’un groupe de femmes et d’hommes, de professions, d’origines, d’expériences si diverses, mais rassemblés au chevet de notre humanité. Une présence qui ne se substitue pas à l’autre, qui ne confisque rien, qui n’impose ni discours ni fausse consolation. Juste la bonne distance, le bon geste, l’attention au détail. Ici, un regard qui ne détourne pas les yeux. Là, une main posée, non pour retenir la vie, mais pour dire : tu n’es pas seul. Et cette simplicité bouleverse parce qu’elle est exigeante. Elle demande du courage. Il faut une force intérieure singulière pour rester près de la mort qui s’approche, sans la fuir, sans vouloir la dominer, sans en être consumé. Il y a aussi, dans cette Maison, une étrange leçon de langage. Le monde parle trop, crie trop, promet trop. Là, les mots sont rares, parce qu’ils coûtent. Ils ne servent plus à se protéger, à briller, à prendre le dessus. Ils servent à dire vrai, ou à se taire. La parole reprend son poids naturel. Et le silence, loin d’être un vide, devient un abri. Il n’efface pas la souffrance ; il la respecte. Il la tient. On comprend alors que ce lieu n’est pas seulement un espace médical. C’est une société humaine, vivante, au sens le plus haut, le plus sobre : un endroit où l’on apprend ce que vaut une communauté quand elle renonce à humilier et choisit d’accompagner. C’est une école de dignité, qui n’est pas ici l’armure du fort, mais la lumière intacte d’une personne même quand elle ne peut plus se défendre. Et cette expérience donne une lucidité nouvelle sur le monde. On mesure la violence de ce qui nous entoure, non seulement la violence des coups, mais celle, plus insidieuse, des postures, des simplifications, de l’indécence tranquille avec laquelle on exploite les blessures. On comprend ce que nous perdons quand nous transformons tout en spectacle, quand nous faisons de la fragilité une faiblesse à disqualifier, quand nous confondons le bruit avec la force. Dans une unité de soins palliatifs, devant le mystère du passage de la vie à la mort, le bruit, l’agitation deviennent indécents. L’arrogance devient grotesque et toute rancoeur dérisoire. On en sort avec une conscience plus nue, plus acérée de la vie. De son prix. De sa brièveté. De son mystère. On comprend que l’essentiel ne s’ajoute pas : il se révèle quand l’inutile tombe. Les rôles, les titres, les victoires d’ego, les querelles stériles, les ambitions qui rongent, tout cela s’éloigne. Ce qui reste, et qui résiste, c’est le lien. La capacité de dire « nous sommes là ». La capacité de ne pas mentir. La capacité de tenir la main sans s’approprier la peine. Et peut-être la visite laisse-t-elle une dernière évidence, silencieuse, mais décisive : il n’y a pas, d’un côté, la vie, et de l’autre, sa fin. Il n’y a pas, d’un côté, la force, et de l’autre, la vulnérabilité. Tout est mêlé. Et ce mélange, s’il est accueilli, peut devenir une forme de grandeur. Non une grandeur héroïque, mais une grandeur humaine, simple, grave, fidèle. On appelle cela l’amour, parfois, faute d’un mot plus juste. Mais c’est un amour sans rhétorique. Un amour qui ne promet pas d’épargner la souffrance. Un amour qui choisit seulement de ne pas laisser l’autre seul avec elle. C’est peu, et c’est immense. Et, en sortant de Notre-Dame-du-Lac, ou plutôt de cette Maison de l’amour au bord du lac, on regarde autrement le monde, la vie, la douleur. Un sourire est passé et cela suffit à changer la vie. Dominique de Villepin
Aujourd’hui s’est éteinte Leïla Shahid, infatigable voix de la cause palestinienne, qui porta durant des décennies, avec courage et dignité, l’exigence de justice et le droit du peuple palestinien à vivre libre et en paix. Diplomate engagée, femme de conviction et de dialogue, elle fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d’une paix juste et durable au Proche-Orient. Son engagement n’a jamais cédé ni au découragement ni aux vents contraires de l’histoire. Ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts, elle savait combien ces forces de l’esprit sont essentielles pour préserver l’humanité au cœur même des épreuves. Elle portait en elle cette conviction que la culture est un pont entre les peuples et un rempart contre l’oubli. Mes pensées émues vont à son époux, Mohammed Berrada, à sa famille et à ses proches. Dominique de Villepin - ©️ Leila Shahid | Photo : Hélène Fraigneux.
Je ne veux plus jamais revoir le spectacle d’une Europe soumise aux États-Unis. Quand Ursula von der Leyen signe des accords au détriment des peuples, quand les dirigeants de l’Union européenne s’assoient comme des enfants appliqués devant le Président Trump, quand le secrétaire général de l’OTAN nous fait la leçon, c’est notre indépendance que nous sacrifions. Nous nous mettons entre les mains des Américains. Ces images sont insupportables. Et elles ont une cause profonde : nos responsables politiques ne font plus de politique. Ils sont incapables de choisir, de porter un discours collectif, de se montrer capables de livrer la bataille de la souveraineté. L’Europe est puissante. Mais pour le montrer, elle doit changer d’âge, changer de méthode, changer d’ambition. C’est la liberté des Européens qui est en jeu. C’est la démocratie elle-même qui est en jeu. Entretien du 05.02.26 avec @pierrehaski à retrouver en intégralité sur YouTube : https://t.co/mEg1v7qgQX
Dans nos villes et jusque dans nos villages, nous voyons poindre les ferments du déchirement, peut-être d’un affrontement plus profond, si nous n’y prenons garde. De mort en mort, l’engrenage des passions, de la violence et de la haine est en train d’engloutir la communauté républicaine et de jeter les unes contre les autres des causes avec leurs martyrs. Au moment d’écrire ces mots, je veux dire ma peine pour la famille de Quentin D. Aucun combat politique ne devrait conduire à mourir sur un trottoir, laissé au sol sous les coups. Rien, ni la colère, ni la vengeance, ni l’idéologie, ne justifie qu’un homme soit ainsi arraché à la vie. Mais au moment où j’écris ces mots, je veux dire aussi mon immense inquiétude de voir des responsables politiques de premier plan souffler sur les braises chaudes de la colère. À peine le drame était-il connu que les premiers tweets fusaient, accusant les uns, mettant des cibles dans le dos des autres, promettant des lendemains vengeurs. Or la justice exige du temps, des preuves, de la rigueur ; la République exige du sang-froid, de la retenue et du respect. En ligne de mire, bien sûr, des calculs électoralistes de court terme. J’ai vu de près comment la parole politique pouvait frapper au cœur le contrat social et diviser le pays. J’ai vu aussi avec Jacques Chirac comment cette parole pouvait rassembler quand elle était prononcée avec le recul de ceux qui savent qu’en France, la nation et la République ne font qu’un. Liées par une promesse immortelle d’égalité devant la loi, de libertés d’expression dans toutes ses dimensions, la nation et la République tiennent par le fil étroit de la fraternité, celle qui refuse les amalgames et rappelle que nul n’est réductible à une origine, un quartier, un uniforme ou une étiquette. La tenaille identitaire dans laquelle les extrêmes nous tiennent en otage sape minutieusement cette fraternité. Les uns prospèrent sur la peur, les autres sur la rage ; chacun désigne un adversaire commode, chacun simplifie, chacun attise. Je l’écris avec gravité : face à la mort, face à des faits abominables et inqualifiables, nous avons le devoir de demeurer unis et dignes. Camus dirait que l’on doit s’empêcher. S’empêcher de céder à la colère et à la rage. S’empêcher de céder à la facilité et aux injonctions de l’instantanéité. S’empêcher surtout de dresser les douleurs les unes contre les autres, de hiérarchiser les victimes, de transformer un mort en argument. Les mois qui nous séparent de l’élection présidentielle vont pousser les uns et les autres à la surenchère. De mon côté, je préférerai toujours la sagesse des anciens qui savent qu’on ne bâtit rien de solide sur un sol fissuré. La France n’a pas besoin de pyromanes ; elle a besoin de responsables. Elle n’a pas besoin d’anathèmes ; elle a besoin d’une parole qui protège, qui rassemble, et qui refuse le vertige de la guerre des camps. Dominique de Villepin - ©️ Devise "Liberté, égalité, fraternité" sur le fronton de la mairie du 18e arrondissement de Paris | Stéphane de Sakutin / AFP
Dostoïevski est un écrivain rare parce qu’il sait relier l’intime et le commun. Il déterre ce que nous avons de plus fragile pour en faire une vérité universelle. Dans les Carnets du sous-sol, il nous tend un miroir discret mais implacable : il nous fait descendre dans cette « cave » intérieure où s’accumulent les petites humiliations, les rancœurs, la peur d’être vu tel que l’on est. Si je partage ce livre aujourd’hui, c’est parce qu’il éclaire une tentation très humaine : rester attaché à sa blessure, parce qu’elle est familière, plutôt que risquer la guérison et s’employer à vivre. Le narrateur veut être reconnu, mais il se défend de tout par l’ironie, la contradiction, le retrait. Il souffre, et il se fait souffrir encore, comme si la douleur était devenue une manière d’exister. Dostoïevski ne moralise pas. Il regarde. Et il laisse une leçon simple, presque tendre : la vengeance n’apaise pas, elle enferme ; la vérité, elle, libère. La force commence peut-être là, dans l’acceptation de sa fragilité, dans ce pas vers soi et vers l’autre qui coûte, mais qui ouvre et libère. En 2026, dans un monde où la colère circule vite, c’est une boussole précieuse : ne pas faire de sa blessure une identité, ne pas laisser le ressentiment gouverner sa vie.
Vingt ans ont passé depuis qu’Ilan Halimi fut arraché à la vie par la haine, parce qu’il était juif, laissant une plaie ouverte, au cœur de la République. Au-delà de l’horreur du crime, aucun citoyen ne doit jamais être visé pour ce qu’il est, pour son nom, sa foi, son histoire. Quand le ministère de l’Intérieur recense en 2025 plus de mille actes antisémites, ce ne sont pas des chiffres : ce sont des visages, des familles, des silences, des vies qui se replient. Et c’est une alarme pour la France. Cette dégradation n’est pas une fatalité : c’est un combat et un devoir qui nous obligent. À la mémoire d’Ilan, nous devons un recueillement et une fidélité. Fidélité à la dignité humaine, à la fraternité, à la vigilance qui ne cède rien aux renoncements. La haine ne gagnera pas, ni dans la rue, ni à l’école, ni sur nos écrans, ni dans nos consciences. Que son nom soit, pour chacun de nous, la promesse de ne jamais détourner le regard, de ne jamais banaliser l’inacceptable, et de faire vivre une France où l’on n’a pas à se cacher pour être soi. Dominique de Villepin
Vingt ans ont passé depuis qu’Ilan Halimi fut arraché à la vie par la haine, parce qu’il était juif, laissant une plaie ouverte, au cœur de la République. Au-delà de l’horreur du crime, aucun citoyen ne doit jamais être visé pour ce qu’il est, pour son nom, sa foi, son histoire. Quand le ministère de l’Intérieur recense en 2025 plus de mille actes antisémites, ce ne sont pas des chiffres : ce sont des visages, des familles, des silences, des vies qui se replient. Et c’est une alarme pour la France. Cette dégradation n’est pas une fatalité : c’est un combat et un devoir qui nous obligent. À la mémoire d’Ilan, nous devons un recueillement et une fidélité. Fidélité à la dignité humaine, à la fraternité, à la vigilance qui ne cède rien aux renoncements. La haine ne gagnera pas, ni dans la rue, ni à l’école, ni sur nos écrans, ni dans nos consciences. Que son nom soit, pour chacun de nous, la promesse de ne jamais détourner le regard, de ne jamais banaliser l’inacceptable, et de faire vivre une France où l’on n’a pas à se cacher pour être soi. Dominique de Villepin
CHRONIQUE - L’HUMANISME À L’ÈRE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Chronique disponible en intégralité sur le site de @LFHumaniste : https://t.co/oC53JembnE https://t.co/RX4lTMdgFp
Justice sociale, ordre républicain, ambition économique et exigence écologique : voilà les clés de notre combat. C’est ce que je suis venu dire aux jeunes, venus nombreux, au Musée de Grenoble, en présence du Maire et de responsables scolaires et associatifs. C’est ce que je suis venu dire aux soutiens de la France Humaniste, et vous étiez nombreux encore, en dépit de la pluie battante, pour dire votre engagement et votre détermination. Merci Grenoble !
Simone Weil (1909/1943) ce n’est pas simplement une oeuvre. C’est une vie complexe, étonnante, une vie portée par une ambition : comprendre le monde dans ses douleurs, ses souffrances, ses joies, ses espoirs, ses contradictions. Sa pensée n’est pas un commentaire, mais une expérience. Philosophe, écrivaine, elle a fait le choix de rentrer charnellement dans son oeuvre. Ouvrière chez Renault, militante anti-franquiste dans les colonnes anarchistes espagnoles, elle rejoint à Londres les engagés de la France Libre. Aujourd’hui, je vous parle de son livre majeur, l’Enracinement, qui porte en elle le germe de cette vie à rebours, au service des autres, d’un idéal. Dans ce livre, elle explique que la grande maladie moderne est le déracinement. Déracinement du travail quand il n’est plus fierté mais usure. Déracinement des communautés. Déracinement de la parole quand elle devient slogan. Déracinement de la vérité quand tout se réduit à des récits d’un camp contre un autre. Simone Weil comprend que la misère n’est pas seulement sociale, mais aussi morale, spirituelle, culturelle. Et elle propose un chemin : refaire ensemble des racines. Redonner du sens à nos existences, au travail, à la société, à la solidarité. Sa voix nous manque cruellement aujourd’hui, mais son combat pour la dignité, la vérité, l’attention portée aux autres, nous oblige, presque un siècle après elle.
Le sursaut républicain et humaniste ne viendra pas des cénacles parisiens. Il viendra du cœur de France, de Damazan, de Bourgoin-Jaillieu, de Pélissanne, de Garges-lès-Gonnesse. Il viendra de cette France qui nous rappelle que notre première richesse, c’est la qualité, l’excellence, la diversité de nos terroirs, de nos produits, de notre capacité à innover et à inventer partout dans l’Hexagone et Outre-mer. À la rencontre des maires ruraux, des Françaises et des Français qui refusent la fatalité, je me nourris de vos idées, de vos histoires, de vos talents.
Il y a des scènes qui traversent les siècles parce qu’elles parlent profondément de nous et de ce que nous sommes. Dans l’Evangile selon Saint Jean, il en est une qui nous atteint profondément, quelles que soient nos croyances, nos convictions religieuses, nos inclinaisons à la foi. Ce n’est pas une parabole au sens strict, mais elle résonne aujourd’hui particulièrement, parce qu’elle nous rappelle qu’il ne faut jamais accepter l’immédiateté du verdict, qu’il est toujours essentiel de faire commencer la vérité par soi-même, que la justice sans conscience n’est que violence, que la miséricorde n’est pas le laxisme, et que la justice ne doit jamais humilier, mais relever, redonner du corps et du souffle. En 2026, retenons l’exigence sans jeter la pierre.