« Vous êtes candidat ? Vous êtes de gauche ou de droite ? À quel moment allez-vous l’annoncer ? » Toujours les mêmes questions, en boucle, sur tous les plateaux, dans tous les médias, et ces questions je les comprends. Je n’en veux à personne de les poser. Mais il y a une question que personne ne m’a jamais posée, alors je me la pose à moi-même. « Quelle France voudrais-je laisser à mes enfants ? »
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
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Cela repose sur trois principes. D’abord, l’État stratège et les territoires acteurs : l’État fixe les objectifs nationaux, contractualise sur des trajectoires pluriannuelles, et dote les élus d’outils de pilotage réels. Les maires et les présidents de région doivent travailler ensemble pour changer leur territoire. Ils ne seront plus juste des exécutants de décisions prises ailleurs. Cela suppose des moyens humains déconcentrés, à travers un sous-préfet chargé d’assister les communes et intercommunalités. Il faut passer d’une logique de contrôle à une logique d’assistance. La décarbonation du quotidien a vocation à être mise en œuvre à l’échelle de proximité, la commune. L’État doit répartir l’effort commune par commune, en vertu de critères objectifs - caractéristiques sociales, état du bâti, dépendance à la voiture, capacité d’investissement -, avec une enveloppe pluriannuelle permettant de financer la rénovation, les mobilités, les réseaux, l’adaptation climatique et les projets concrets de transition. Ensuite, la péréquation sera améliorée pour rendre justice aux territoires. L'égalité ne signifie pas que tout soit identique partout, mais plutôt que chaque territoire ait les moyens d'assurer les services essentiels comme l'école, la santé, les transports et l'accès au numérique, en fonction du nombre de ses habitants, de la réalité de sa sociologie et de sa démographie. Cela suppose, comme pour la justice sociale, que nous ayons des moyens de mesurer la justice territoriale et il faut pour cela créer un Haut Conseil des Territoires chargé d’évaluer les caractéristiques des collectivités et le partage nécessaire de l’effort. Il faut ensuite une loi de financement pluriannuelle permettant d’engager des projets sérieux. Enfin, les communes et les collectivités doivent avoir leur voix au chapitre pour une démocratie plus représentative et un aménagement du territoire concerté. Je propose depuis plusieurs années un Conseil des territoires, présidé par le président de la République et composé des présidents de région, pour orienter efficacement la transformation territoriale. De plus, une Assemblée des communes permettrait aux maires de débattre et de se prononcer sur les grandes orientations nationales ayant un impact direct sur la vie locale. Ce pacte n’est pas une réforme parmi d’autres. C’est une refondation du contrat entre l’État et ceux qui font vivre la République au quotidien. Il exige que l’État accepte de ne plus être le seul à savoir. Il exige que les collectivités acceptent de porter une responsabilité accrue. Il exige, de part et d’autre, ce que tous les maires que j’ai rencontrés réclament : la confiance. Dominique de Villepin ©️ Frédéric Guillet/ Adobe Stock [2/2]
Ce que Paris ne comprend pas. Réconcilier la France avec elle-même Lundi, j’étais à Thorigny-sur-Marne, à l’invitation de sa Maire, Bouchra Fenzar-Rizki et en présence de nombreux élus du territoire. Avant cela, à Saint-Etienne, Sens, Strasbourg, Rennes, Nantes, Toulouse, Damazan Fort-de-France et tant d’autres, je suis allé, des mois durant, à la rencontre de ceux qui font le pays. Maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux, élus locaux qui, chaque jour, tiennent le fil de la République dans des territoires que Paris regarde trop souvent de loin. Et parfois, de haut. Partout, un mot revient : « il faut faire confiance ». Confiance aux élus. Confiance aux territoires. Confiance à ceux qui connaissent leur ville, leur village, mieux que n’importe quel bureau de Bercy. Aujourd’hui, la relation entre l’État et les territoires est bloquée par trois impasses, qui s’alimentent mutuellement. La première de ces impasses, c’est la défiance réciproque.L’Etat ne fait plus confiance aux élus locaux pour porter l’intérêt général. Il contrôle, il norme, il multiplie les injonctions et les conditions. Les collectivités, en retour, ne font plus confiance à l’État pour tenir ses engagements financiers. Trop souvent, elles ont vu les dotations se réduire, les compétences être transférées sans que les moyens ne suivent, les budgets être construits sans elles, puis leur être imposés au forceps. La deuxième impasse, c’est celle de la bureaucratie, du millefeuille devenu illisible. La décentralisation a multiplié les acteurs sans clarifier les responsabilités. Elle devait simplifier, elle a complexifié. Communes, intercommunalités, départements, régions, agences publiques et parapubliques, préfectures : chacun tient un bout de compétence, tout le monde marche sur les pieds de tout le monde, et au bout du fil, ce sont les citoyens qui n’y comprennent plus rien et qui ne font plus confiance à la politique. La troisième impasse, c’est le court-termisme budgétaire. Tout pacte territorial sérieux exige une visibilité pluriannuelle. Les collectivités ne peuvent investir et planifier que si elles savent ce qu’elles auront dans trois ans. Or l’État opère à flux tendu. Les derniers budgets votés par le Parlement en ont été l’illustration caricaturale, avec des collectivités apprenant en cours d’année qu’on leur reprenait des ressources sur lesquelles elles avaient déjà engagé des dépenses. Ces trois impasses forment un triangle d’impossibilité : la défiance empêche le dialogue, le millefeuille empêche l’identification des responsables, l’instabilité budgétaire empêche l’engagement dans la durée. Nous devons remettre le pays en mouvement. L’Histoire enseigne que notre pays est à la recherche constante du principe d’unité qui le maintient en forme et de la liberté locale qui le maintient en vie. Chaque époque cherche son propre équilibre, chaque essor est suivi d’une période de complication, de doute, d’accumulation qui demande à être clarifiée. Comme par exemple l’Ancien Régime cherchant à se dépêtrer de ses Parlements et de ses provinces par la rationalisation de l’action de l’Etat absolutiste, mais sans parvenir à maintenir le point d’équilibre, ce qui conduisit à l’effondrement en 1789. Dans le mouvement éternel de l’Histoire, la France a toujours su trouver le chemin de crête pour éviter de sacrifier l’unité nationale sur l’autel de la différenciation et de noyer la vitalité des territoires dans les eaux troubles de la centralisation. Parce que sans un État fort, garant de l’équité et de la cohérence, il n’y a pas de nation mais un archipel. Et sans des territoires puissants, capables d’agir et de décider, il n’y a pas de démocratie vivante. Alors n’obligeons pas la France à choisir entre ces deux exigences, et réconcilions l’État avec ses territoires. [1/2]
Le cinéma, les séries, nous donnent un regard neuf sur le monde. Ils interrogent nos fragilités, nos faiblesses, mais aussi nos forces et nos espoirs. À Séries Mania, j’ai été heureux de vous rencontrer, par milliers, d’échanger avec vous, avec les artistes, avec les professionnels du secteur, pour mieux comprendre cet univers qui transformera durablement notre façon de voir le monde. Kaboul, Baron noir, Black Mirror, Borgen, le Bureau des Légendes : nos scénaristes, réalisateurs, comédiens français et européens ont du talent, faisons-le savoir !
Le Rassemblement national est responsable des mots qu’il emploie et des idées qu’il défend. Faire le lien entre les débordements qui ont suivi la victoire du PSG et l’immigration, c’est non seulement faire fi de la vérité, et les chiffres du Premier ministre le confirment, mais surtout diviser les Français en pointant du doigt toute une partie du pays, tous ceux de nos compatriotes qui, issus de la deuxième, troisième ou quatrième génération, souffrent de cet amalgame. Notre société est déjà fracturée. Socialement, territorialement, identitairement. La responsabilité de la République, et de ceux qui aspirent à la gouverner, c’est de juger des actes, de sanctionner des individus, mais jamais d’assigner des populations, des origines, des couleurs de peau ou des religions. Je refuse cette tentation du soupçon, de la division, entre la Nouvelle France et l’Ancienne France. Je refuse que l’on catégorise nos concitoyens, que l’on établisse une frontière entre les bons et les mauvais Français. Entretien du 07.06.26 sur @BFMTV
Un enfant toutes les trois minutes. Le drame de Lyhanna n'est pas un drame isolé. C'est toute la société qui est concernée. Dans cette société qui connaît les méfaits de la prédation, de l’ abandon et de la domination, les premières victimes sont les plus fragiles : les femmes et les enfants. Et c'est la société tout entière qui doit se mobiliser pour agir et en finir avec cet engrenage. Masculinisme, violences faites aux femmes et aux enfants, sentiment de toute-puissance : nous avons tous le devoir d'agir. Entretien du 07.06.26 sur @BFMTV
La question des violences faites aux femmes et aux enfants est une urgence nationale. Les solutions existent : l’exemple espagnol le montre, avec une diminution d’un tiers du nombre de féminicides. Mais cela requiert du courage et des actes. C’est pourquoi je propose la création d’un parquet national spécialisé dans les violences faites aux femmes et aux enfants, avec des référents dans tous les ressorts judiciaires. Il faudra aussi humaniser notre justice et travailler à l’écoute de la parole des victimes. Entretien sur @bfmtv du 07.06.26
Je veux vous parler d’un roman qui commence comme une histoire d’amour et finit en méditation sur le temps : « Le Musée de l’innocence » d’Orhan Pamuk. Istanbul, des années 1970 aux décennies suivantes. Salons, codes, pudeurs, mensonges, une ville où l’on s’aime sous le regard des autres. Kemal est promis à Sibel. Puis surgit Füsun. La passion éclate. Elle est choc, obsession, bonheur comme une fulgurance, puis la peur, puis la perte. L’innocence du titre, c’est celle du moment, cet instant où l’on croit encore que le bonheur peut durer. C’est celle d’un homme qui collectionne chaque fragment de son amour dans une ville et une société qui changent. L’amour est un travail de mémoire. Les objets sont les archives de la vie. La société fabrique des tragédies intimes. Enfin, la nostalgie peut devenir une œuvre Voilà les leçons de ce livre, et à le lire on comprend que la modernité n’est pas seulement un progrès ; elle est aussi une disparition. L’innocence est fragile, et Pamuk en fait une manière d’habiter la vie. Là où le Taj Mahal élevait l’amour dans un palais de marbre, lui l’enferme dans un palais de poussière.
Dans cette guerre contre le mal, la France a aujourd’hui le sentiment terrifiant de perdre bataille après bataille. C’est le moment 1917 de notre Ve République. Et parce que nous reculons, l’état-major accuse. Il organise son irresponsabilité comme d’autres organisent l’insolvabilité. Devant les médias, les présidents et ministres s’excusent – d’avoir fait tout ce qu’il fallait. C’est bien en-haut que règne la culture de l’excuse. La bureaucratie qui envahit la vie de toutes les premières lignes, c’est cela : un acte de défiance envers les femmes et les hommes sur le front, en leur dictant la moindre action et non seulement l’objectif à atteindre, en les faisant avancer en quelque sorte la pointe du fusil dans le dos. Et un acte d’irresponsabilité, car la multiplication des ordres et contre-ordres permet d’en trouver toujours un pour couvrir l’état-major – ou le gouvernement- en cas de défaillance. Peu importe que les ordres soient inapplicables. Pire, c’est le but qu’ils le soient. Aujourd’hui la vraie ligne de fracture de la société c’est celle entre la première ligne, la deuxième ligne et les élites, les 1% de la politique, des médias et de la fortune. La première ligne souffre et ne parvient plus à rendre le service attendu d’elle, que ce soit le service public ou le service marchand. C’est une aide-soignante qui se fait prendre à partie à l’hôpital à cause des temps d’attente. C’est une caissière de supermarché que l’on morigène parce qu’il faut ouvrir d’autres caisses pour raccourcir la file. Ce sont les serviteurs essentiels qu’on a célébrés pendant le Covid et oubliés dès le lendemain. Ils sont nombreux. La deuxième ligne ce sont tous les employés, ouvriers, acteurs qui produisent ou préparent pour que la première ligne puisse agir. Ils ont l’impression que ce qu’ils font a de moins en moins de sens parce qu’on fractionne leur action, parce qu’on les implique dans des process toujours plus longs qui à la fin ne donnent rien. Ils sont en crise de sens. Dans cette société qui perd, les 1% paniquent. Alors une fois de plus, ils divisent les 99% entre eux. Ils font sécession. Derrière des murs de ségrégation spatiale ou scolaire. Derrière des murs de papier, de mots et de médias pour le gouvernement. Derrière la désignation de boucs-émissaires commodes pour beaucoup de politiques. Derrière la formulation de propositions populistes outrancières comme Bruno Retailleau proposant une cour disciplinaire des magistrats composée de citoyens tirés au sort, dans un geste de populisme pénal qui rappelle Jean Paul Sartre à Bruay-en-Artois. Jugeons les juges ! voilà la logique du nouveau maoïsme vendéen. Alors, dans ce temps difficile, nous avons besoin d’un moment Clemenceau. Un moment d’unité, d’autorité et d’espoir. C’est seulement par le rassemblement de tous, par la responsabilité de tous, par le réalisme de tous que nous pouvons conduire une politique qui enfin fasse reculer les fléaux de notre temps. Dominique de Villepin [2/2]
Notre « moment 1917 » : l’irresponsabilité politique organisée Toute société en guerre se divise en trois groupes. Il y a le front, l’arrière, l’état-major. Quand ils travaillent ensemble pour que la première ligne puisse accomplir sa tâche, c’est l’union sacrée. Quand la victoire s’échappe, vient le temps de la division. L’état-major tend alors à masquer ses responsabilités en divisant le front et l’arrière. Il monte l’arrière contre le front en livrant en pâture les mutins qui expliquent les offensives manquées. Il monte le front contre l’arrière en les présentant comme des planqués. C’est ce qu’a connu la France en 1917, un moment de doute profond avant de retrouver la confiance. C’est aussi la logique du « coup de poignard dans le dos » qui permit à l’état-major allemand en 1918 de se déclarer irresponsable de la défaite et de repousserla faute sur l’abandon supposé des politiques. Cette légende a condamné dès le premier jour la démocratie de Weimar. Notre société est en guerre sans le dire. Elle est en guerre contre le mal, un mal invisible, multiple qui s’appelle crime, ignorance, maladie, pauvreté. Et elle envoie au front ses personnels soignants, ses policiers, gendarmes et magistrats, enseignants. Et les résultats sont de moins en moins bons. Des meurtres épouvantables nous montrent les défaillances de la chaîne pénale. Des violences sexuelles d’une ampleur incompréhensible secouent des établissements scolaires, privés et publics, montrant la défaillance de la protection des enfants et du recrutement des personnels. Aux urgences en dix ans le temps d’attente a augmenté de moitié, passant de 2h15 à plus de 3h10. A l’école l’égalité des chances et la transmission du savoir régressent de façon mesurable. Pire, la France découvre que le mal, ce ne sont pas des résidus, des manques, des accidents. Elle se rend compte qu’il y a quelque chose de structurel dont la politique ne parle pas et dont les médias ne disent rien. Parce qu’ils n’ont pas les mots. Ce que révèlent les derniers mois et années c’est une société travaillée par la prédation, par l’abandon, par la domination. La prédation parce que les prédateurs ne sont pas seulement un accident de la nature, mais une évolution de l’esprit d’appétit, de profit, d’indifférence à l’humain qui se nourrit de toutes les défaillances, qui identifie tous les trous dans la ligne de front. Les enfants et les femmes sont les premières victimes, massives, d’un dispositif construit de manipulation, d’emprise, de coercition qui permet de cacher et poursuivre ses crimes. 160 000 enfants victimes d’atteintes sexuelles chaque année. Presque 10% d’une classe d’âge concernée d’après les enquêtes de victimation. L’abandon parce que les liens sociaux se défont. La famille, le voisinage, les sociabilités. Les réseaux sociaux ont contribué à une épidémie de solitude. La santé mentale des jeunes est aujourd’hui en danger. Un quart des lycéens dit avoir des pensées suicidaires et cela devrait nous interroger sur ce que c’est que cette société qui n’a rien d’autre à offrir qu’un désir de mort. La domination enfin, parce que nous mesurons que deux cents ans après le début de notre révolution française, nous n’avons toujours pas gagné la bataille de la liberté. Il y a toujours des formes de contrôle et de domination au sein de la société, notamment masculine, qui structurent l’ensemble de nos relations sociales. Toutes les lois d’affichage ne servent à rien tant que les normes sociales ne changent pas. C’est la source de la grande dissonance cognitive de notre monde qui peut s’appeler sentiment de déconnexion des élites, vu l’écart entre ce qui est dit sur les plateaux de télé et ce qui est vécu en réalité. Elle peut s’appeler le deux poids deux mesures et la loi du plus fort, qui est perçue par beaucoup, surtout ceux qui en souffrent, comme la seule réalité tangible. Au point que cela agace quand l’une ou l’un de ceux qui n’ont jamais à en souffrir font mine de la découvrir. [1/2]
Je tiens à saluer aujourd'hui la mémoire d'une femme libre, indépendante et profondément engagée, qui tout au long de sa vie, aux côtés de Jacques Chirac, n'a cessé de faire vivre ses convictions au service des autres. Mes pensées affectueuses vont à sa fille Claude, à son petit-fils Martin et toute sa famille. Je l'ai bien connue et admirée pour la passion qu'elle mettait au service de ses convictions. Bernadette Chirac fut bien davantage qu'une « première dame ». Élue conseillère générale de la Corrèze puis adjointe au maire de Sarran, elle fut l'une des rares épouses de chef de l'État à exercer un véritable mandat électif, ancré dans ce territoire qu'elle aimait et qui le lui rendait. Cet enracinement disait tout d'elle : la proximité, la fidélité, le sens du concret. Pionnière dans l'accompagnement des plus fragiles, elle présida de 1994 à 2019 la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. À sa tête, elle donna à l'opération des Pièces jaunes une ampleur nationale, transformant la générosité modeste de millions d'enfants en chambres parents-enfants, en maisons des adolescents et en équipements anti-douleur. Vingt-cinq années d'un engagement obstiné, qui aura amélioré le quotidien d'innombrables jeunes patients hospitalisés. Elle présida également, à partir de 2007, la Fondation Claude-Pompidou, au service des personnes âgées, malades et handicapées. Au-delà du rôle protocolaire, elle a su gagner le cœur des Français par son énergie, son franc-parler et la sincérité de ses combats, pour la dignité des malades, pour l'inclusion des personnes en situation de handicap, pour ces causes que l'on n'ose pas toujours porter sous les projecteurs. Femme de caractère, femme de cœur, Bernadette Chirac laisse l'image d'une vie entièrement tournée vers les autres. La France lui doit beaucoup. Qu'elle en soit, aujourd'hui, chaleureusement remerciée. Dominique de Villepin ©️ Bernadette et Jacques Chirac en 1987. Gamma-Rapho.
Je tiens à saluer aujourd'hui la mémoire d'une femme libre, indépendante et profondément engagée, qui tout au long de sa vie, aux côtés de Jacques Chirac, n'a cessé de faire vivre ses convictions au service des autres. Mes pensées affectueuses vont à sa fille Claude, à son petit-fils Martin et toute sa famille. Je l'ai bien connue et admirée pour la passion qu'elle mettait au service de ses convictions. Bernadette Chirac fut bien davantage qu'une « première dame ». Élue conseillère générale de la Corrèze puis adjointe au maire de Sarran, elle fut l'une des rares épouses de chef de l'État à exercer un véritable mandat électif, ancré dans ce territoire qu'elle aimait et qui le lui rendait. Cet enracinement disait tout d'elle : la proximité, la fidélité, le sens du concret. Pionnière dans l'accompagnement des plus fragiles, elle présida de 1994 à 2019 la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. À sa tête, elle donna à l'opération des Pièces jaunes une ampleur nationale, transformant la générosité modeste de millions d'enfants en chambres parents-enfants, en maisons des adolescents et en équipements anti-douleur. Vingt-cinq années d'un engagement obstiné, qui aura amélioré le quotidien d'innombrables jeunes patients hospitalisés. Elle présida également, à partir de 2007, la Fondation Claude-Pompidou, au service des personnes âgées, malades et handicapées. Au-delà du rôle protocolaire, elle a su gagner le cœur des Français par son énergie, son franc-parler et la sincérité de ses combats, pour la dignité des malades, pour l'inclusion des personnes en situation de handicap, pour ces causes que l'on n'ose pas toujours porter sous les projecteurs. Femme de caractère, femme de cœur, Bernadette Chirac laisse l'image d'une vie entièrement tournée vers les autres. La France lui doit beaucoup. Qu'elle en soit, aujourd'hui, chaleureusement remerciée. Dominique de Villepin
RT @Forum_Villepin: Aujourd'hui, direction Saint-Étienne💚 Dominique de @Villepin était à la rencontre de l'équipe et des compagnons d'Emma…
Monsieur Bardella, parlez clairement. Lorsque vous attribuez les violences qui ont suivi la victoire du PSG à « l’immigration », qui visez-vous exactement ? Des étrangers ? Ou bien ces Français nés ici, élevés ici, scolarisés ici, mais dont le nom, le quartier, la couleur de peau ou la religion supposée suffiraient, à vos yeux, à les rendre suspects ? La vraie question est là : à partir de quand est-on pleinement français ? À la deuxième génération ? À la troisième ? À la quatrième ? Faut-il répondre à une condition d’origine, d’apparence ou de croyance pour être reconnu comme un enfant légitime de la République ? Je condamne sans réserve les violences, les pillages, les attaques contre les forces de l’ordre. Ceux qui ont cassé doivent être sanctionnés. Ceux qui ont pillé doivent être jugés. Ceux qui ont frappé doivent être condamnés. La République doit faire respecter la loi, partout, pour tous, sans faiblesse. Mais la République juge les actes. Elle ne juge pas les origines. Elle ne transforme pas une faute individuelle en culpabilité collective. Elle ne confond pas un délinquant avec une communauté, ni un Français avec un étranger parce que son visage, son nom ou son histoire familiale dérangent certains. Voilà ce qui nous sépare. Vous prétendez rétablir l’ordre, mais vous installez le soupçon. Vous prétendez défendre la nation, mais vous introduisez entre les Français une hiérarchie invisible : ceux qui seraient français sans discussion, et ceux qui devraient sans cesse prouver qu’ils le sont assez. Cette logique n’est pas républicaine. Elle appartient au vieil héritage de l’extrême droite française : celui qui trie, qui désigne, qui exclut ; celui qui, depuis les pages les plus sombres de notre histoire, nourrit les réflexes xénophobes, racistes et antisémites contre l’idée même d’une France humaniste et universelle. La France n’est pas une couleur de peau. Elle n’est pas une religion. Elle n’est pas un nom de famille. Elle n’est pas une généalogie. La France est une volonté commune, une loi respectée, une histoire partagée, une promesse tenue. Et cette promesse est simple : nul Français ne doit être regardé comme moins français qu’un autre. L’ordre véritable n’est pas l’ordre du soupçon. C’est l’ordre républicain : ferme contre les coupables, juste envers chacun, fidèle à l’unité nationale. Dominique de Villepin ©️L'Équipe
Marjane Satrapi, celle qui avait su dire non à toutes les oppressions, est partie, emportée par le chagrin, un an après Mattias Ripa, l’amour de sa vie. Elle, qui nous avait appris à rire de nos blessures, n’aura pas survécu à celle-ci. Il nous reste son oeuvre pour continuer à croire en la lumière. Il nous reste son trait comme horizon de liberté. Il nous reste sa voix qui nous apprit tant de fois que peine et joie forment les deux mains jointes d’une vie pleine. Il nous reste Persepolis et sa leçon d'humanité radicale, ses films et ses livres. Une part de sa singularité et de sa force restera éternelle. Je pense à sa famille, à ses amis, à ses proches, et à la famille humaine qui perd l'une de ses boussoles.
Nous protégeons mal nos enfants. Tous les jours, des enfants meurent sous les coups d’adultes dangereux, ils sont victimes de violences sexuelles et d’inceste, des fillettes de 13 ans sont livrées en pâture sur les réseaux sociaux. À Paris, Marseille, dans l’Aisne, en Bretagne, les regards commencent à s’ouvrir et les responsables politiques prennent mesure de l’ampleur du sujet. Mais il faut aller plus loin. C’est pourquoi je souhaite faire de la protection de l’enfance une grande cause nationale. Avec un prérequis, une condition : faire de la parole de l’enfant le signal structurant de toute notre action publique. Une société qui protège ses enfants est une société qui se protège elle-même et qui prépare l’avenir. C’est une société qui se transforme pour basculer vers une culture de la prévention, qui lève les tabous et qui assume enfin d’agir.
À demain matin ! https://t.co/lIIwdklvr7
Gouvernons la France comme Luis Enrique entraîne le PSG. Avec deux règles simples. La première : jouer collectif. La seconde : insuffler un nouvel esprit, casser les habitudes, remettre chacun dans le mouvement, donner à tous la même consigne : faites le travail sur tout le terrain, courez, soutenez-vous, ne séparez pas la première et la deuxième ligne. Tout le monde a sa place. Tout le monde peut agir. Tout le monde peut marquer pour son pays. C’est ainsi que nous remettrons de l’ordre dans une France en souffrance : par l’exigence, par la confiance, par le collectif. Ce week-end, les Tricolores étaient à la fête : le PSG en Ligue des champions, Victor Wembanyama avec San Antonio, Moïse Kouamé à Roland-Garros. Prenons exemple sur nos sportifs : ils nous rappellent qu’on ne gagne jamais seul, qu’on ne gagne jamais sans discipline, et qu’un pays retrouve sa force lorsqu’il recommence à jouer ensemble. Entretien du 31 mai 2026 sur @franceinfo
Alfred Hitchcock. Un œil, une pensée en mouvements. Un cinéaste qui savait dire la vie. En 1958, il réalise Vertigo. D'abord accueilli froidement, ce film deviendra l'un des plus admirés de l'histoire du cinéma. À travers l'histoire de Scottie Ferguson, policier hanté par le vertige et l'obsession, Hitchcock invente une méditation implacable sur le désir, l'image et la perte. Une spirale : celle d'un homme qui préfère son rêve à la femme vivante qui se tient devant lui. Ce film, qui nous bouleverse encore aujourd'hui, est un film qui dit non à l'amour de possession. Non à la toute-puissance du regard. Plus il regarde, moins il voit. Non, enfin, au fantasme de recommencement. Par sa forme, par ses choix d'artiste, Hitchcock fait du style lui-même une expérience morale. Vertigo nous avertit que le regard peut être une violence lorsqu'il veut imposer à l'autre la forme de son manque. Il nous rappelle qu'un homme ne se sauve jamais en voulant refaire le monde à l'image de sa blessure, et que laisser le désir transformer l'autre en fiction, c'est détruire la vérité même de la rencontre.
À ce soir ! https://t.co/mdpvYjlMxS
Le Liban ne peut pas devenir un front oublié. Avec les ordres d’évacuation donnés à des villages entiers du Sud-Liban, avec les violations répétées du cessez-le-feu, avec l’extension des zones de combat et la menace d’une occupation durable, une nouvelle étape est franchie. Nous devons le dire clairement : la sécurité d’Israël ne peut pas se construire sur la disparition progressive du Liban du Sud. Elle ne peut pas se construire sur des villages vidés, des familles déplacées, des paysages interdits, des maisons détruites, des routes coupées, des terres rendues inhabitables. Une guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi des mémoires. Elle détruit les pierres et les hommes. Elle arrache les habitants à leurs villages, mais aussi les villages à leur histoire. Elle efface des cimetières, des églises, des mosquées, des écoles, des oliviers, des collines, des maisons où plusieurs générations avaient appris à tenir ensemble. Le Liban est un pays de fragile équilibre. Un pays de blessures et de coexistence. Un pays où chaque village porte une part de mémoire, où chaque pierre dit quelque chose d’une présence, d’une foi, d’une famille, d’une langue, d’une patience. C’est pourquoi l’escalade actuelle est si dangereuse. Elle ne menace pas seulement la paix. Elle menace la possibilité même du retour. Car lorsque les villages sont vidés, lorsque les infrastructures sont détruites, lorsque la peur s’installe, lorsque les frontières deviennent des cicatrices ouvertes, ce n’est plus seulement une opération militaire : c’est une dépossession. Nous devons refuser cette logique. Il faut le désarmement du Hezbollah. Il faut la pleine souveraineté de l’État libanais sur son territoire. Il faut le renforcement de l’armée libanaise. Mais il faut aussi qu’Israël cesse les frappes répétées, les incursions, les occupations de fait et les déplacements imposés aux populations civiles. Le droit international humanitaire n’est pas une option. Le cessez-le-feu n’est pas une pause tactique avant la prochaine offensive. Il est une obligation. Une responsabilité. Une ligne à tenir. La France a une responsabilité particulière à l’égard du Liban. Elle doit agir avec ses partenaires européens, avec l’ONU, avec les pays de la région, pour empêcher que le Sud-Liban ne devienne une zone morte, un espace vidé de ses habitants et de sa mémoire. De Gaza au Sud-Liban, la même question nous est posée : acceptons-nous que la guerre redessine les cartes en effaçant les peuples ? Il est temps de dire non à la destruction des vies et à l’effacement des villages. Le Liban doit vivre. Et la paix ne peut commencer que là où les peuples ont encore le droit d’habiter leur terre. Dominique de Villepin ©️ Une boule de feu après une frappe aérienne israélienne sur Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (AFP / Kawant Haju).
Le Liban ne peut pas devenir un front oublié. Avec les ordres d’évacuation donnés à des villages entiers du Sud-Liban, avec les violations répétées du cessez-le-feu, avec l’extension des zones de combat et la menace d’une occupation durable, une nouvelle étape est franchie. Nous devons le dire clairement : la sécurité d’Israël ne peut pas se construire sur la disparition progressive du Liban du Sud. Elle ne peut pas se construire sur des villages vidés, des familles déplacées, des paysages interdits, des maisons détruites, des routes coupées, des terres rendues inhabitables. Une guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi des mémoires. Elle détruit les pierres et les hommes. Elle arrache les habitants à leurs villages, mais aussi les villages à leur histoire. Elle efface des cimetières, des églises, des mosquées, des écoles, des oliviers, des collines, des maisons où plusieurs générations avaient appris à tenir ensemble. Le Liban est un pays de fragile équilibre. Un pays de blessures et de coexistence. Un pays où chaque village porte une part de mémoire, où chaque pierre dit quelque chose d’une présence, d’une foi, d’une famille, d’une langue, d’une patience. C’est pourquoi l’escalade actuelle est si dangereuse. Elle ne menace pas seulement la paix. Elle menace la possibilité même du retour. Car lorsque les villages sont vidés, lorsque les infrastructures sont détruites, lorsque la peur s’installe, lorsque les frontières deviennent des cicatrices ouvertes, ce n’est plus seulement une opération militaire : c’est une dépossession. Nous devons refuser cette logique. Il faut le désarmement du Hezbollah. Il faut la pleine souveraineté de l’État libanais sur son territoire. Il faut le renforcement de l’armée libanaise. Mais il faut aussi qu’Israël cesse les frappes répétées, les incursions, les occupations de fait et les déplacements imposés aux populations civiles. Le droit international humanitaire n’est pas une option. Le cessez-le-feu n’est pas une pause tactique avant la prochaine offensive. Il est une obligation. Une responsabilité. Une ligne à tenir. La France a une responsabilité particulière à l’égard du Liban. Elle doit agir avec ses partenaires européens, avec l’ONU, avec les pays de la région, pour empêcher que le Sud-Liban ne devienne une zone morte, un espace vidé de ses habitants et de sa mémoire. De Gaza au Sud-Liban, la même question nous est posée : acceptons-nous que la guerre redessine les cartes en effaçant les peuples ? Il est temps de dire non à la destruction des vies et à l’effacement des villages. Le Liban doit vivre. Et la paix ne peut commencer que là où les peuples ont encore le droit d’habiter leur terre. Dominique de Villepin ©️ Une boule de feu après une frappe aérienne israélienne sur Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (AFP / Kawant Haju).
La disparition d’Edgar Morin nous laisse orphelins d’une voix rare : celle d’un homme qui n’a jamais renoncé à penser l’humanité dans toute sa complexité. Il nous lègue l’espérance d’une politique de civilisation à même de reconstruire un monde effondré. Résistant, sociologue, philosophe, il avait compris mieux que beaucoup que l’avenir ne se bâtit ni dans les certitudes closes, ni dans les simplifications brutales, mais dans l’effort patient de relier ce que notre époque trop souvent sépare : la raison et la poésie, la science et la conscience, la nation et l’humanité, la liberté et la fraternité. À l’heure où le monde cède aux réflexes de peur, de division et d’affrontement, Edgar Morin nous laisse en partage une exigence : ne jamais mutiler le réel pour le rendre commode ; ne jamais renoncer à comprendre l’autre ; ne jamais séparer la lucidité de l’espérance. Il fut un penseur du tragique, jamais du renoncement. Un homme de mémoire, toujours tourné vers l’avenir. Un Français universel. Sa pensée nous ouvre le chemin. Sa voix, si amicale et fraternelle, nous accompagnera longtemps. Dominique de Villepin
On est tenté d’imaginer une bulle de bande dessinée où un homme bâillonné et ligoté sur une chaise se voit sommé par son interrogateur : « Expliquez-vous ! » On voudrait y retrouver l’humour noir, la finesse du trait et la délicatesse du regard de Joann Sfar. Le bâillon ne peut tenir lieu de politique. On n’ouvrira pas Gaza en fermant les portes des lieux de dialogue. Les appels au boycott de Joann Sfar, invité d’un passionnant festival culturel marseillais, « Oh les beaux jours », sont scandaleux et contre-productifs. En excluant du dialogue des artistes engagés pour la paix, même lorsque les désaccords sont bien sûr permis, on contribue en réalité au silence qui règne sur Gaza, la Cisjordanie et le Liban. Il est légitime de s’interroger sur les liens de certaines institutions avec des organisations structurellement liées à l’appareil répressif israélien. Il est légitime de plaider pour des sanctions réelles, ciblées, mesurées pour être efficaces, contre l’État d’Israël et certaines personnalités dirigeantes, y compris à travers la révision de l’accord d’association avec l’Union européenne. Comment, sinon, justifier les multiples sanctions prises contre d’autres pays du monde ? Il est légitime et nécessaire d’exiger que le droit s’exprime en toute liberté et en toute indépendance sur les actes commis à Gaza. Il faut surtout rappeler sans relâche que la bande de Gaza reste soumise à des conditions carcérales et inhumaines. Rien n’est fait pour les deux millions de Gazaouis depuis le prétendu cessez-le-feu. Benjamin Netanyahou annonce que 70 % de la bande de Gaza seront désormais sous contrôle israélien, au risque d’une dépossession toujours plus grande de la population. Les colons déchaînent leur violence contre tout ce qui fait obstacle au projet extrémiste, en Cisjordanie. Mais cibler des personnes, essentialiser les positions, stigmatiser les propos comme on le fait avec l’artiste qu’est Joann Sfar, c’est accorder la victoire à la logique campiste qui a trop souvent réduit au silence la mobilisation en faveur du peuple palestinien, notamment dans les universités. Il est temps de se parler. Dominique de Villepin ©️ Alice au pays des arts. Joann Sfar, Les gagnants.
La France doit aujourd’hui exprimer une solidarité complète avec la Roumanie, frappée par l’explosion d’un drone russe sur un immeuble d’habitation à Galați. Cet événement crée une situation nouvelle qu’on ne saurait ignorer : la guerre menée par la Russie en Ukraine a désormais fait des victimes civiles directes dans l’Union européenne. Même involontaire, cette frappe constitue une escalade inacceptable sur laquelle la Russie doit s’expliquer clairement. Aux Européens de réagir avec fermeté, sang-froid, et clarté pour démontrer une détermination et une solidarité sans faille. Car c’est cela que testent, et testeront encore, les empires résurgents qui nous cernent aujourd’hui : notre capacité à tenir ensemble, à protéger notre territoire commun et à défendre la sécurité de chacun de nos peuples. Dominique de Villepin ©️ Chute d’un drone russe sur un immeuble en Roumanie. | Le Monde.